Homélie du 30 octobre 2011 - 31e DO

Parole divine, parole humaine

par

fr. Alain Quilici

La liturgie de ce dimanche pose un problème délicat, une question posée tant à ceux qui écoutent la prédication qu’à ceux qui ont la charge de prêcher. La question est la suivante : lorsque vous lisez un prophète dans la Bible, aujourd’hui le prophète Malachie, est-ce un homme qui vous parle ou est-ce Dieu ? Dans ce que nous venons d’entendre, est-ce le prophète qui donne la parole à Dieu ou Dieu qui donne la parole cet homme ?

Et saint Paul ? En l’écoutant, entendez-vous Dieu ou Paul ? il vient de nous dire : Quand vous avez reçu de notre bouche la parole de Dieu, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement : non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants. Pour Paul, il n’y a pas de doute : il dit ce que Dieu veut qu’il dise, et c’est comme telle que qu’il faut recevoir sa parole.

Et les scribes et les pharisiens dont parle Jésus. Il ne faut sans doute pas vivre comme ils vivent, quand ils vivent mal, mais il n’en faut pas moins les écouter quand ils enseignent, car ils enseignent dans la chaire de Moïse. Et nous, quand nous prêchons ? Et vous, quand vous écoutez la prédication ? Comment parlons-nous ? Comment écoutez-vous ?

Comment le prédicateur prépare-t-il ? Doit-il avoir soucie de réussir une belle prédication ou celui de servir la parole de Dieu ? Et vous, en rentrant à la maison, dans la voiture ou dans le métro, comment réagissez-vous à la parole que vous avez entendue (si tant est que vous vous en souveniez) ? En parlez-vous comme d’une parole d’homme plus ou moins bien tournée, à laquelle vous donnez une note comme à l’école ? ou la recevez-vous comme une parole qui contient quelque chose que Dieu veut vous dire ?

Avouez que la question est délicate, tant pour le prédicateur que pour l’auditeur.

Le prédicateur doit éviter d’être humain trop humain, comme de se prendre pour Dieu qui parle. L’auditeur doit éviter d’écouter comme un juge qui évalue la parole humaine, très humaine, mais se soucier de capter ce que Dieu a voulu lui dire.

Là est le mystère. Cette parole d’homme parle de Dieu dans nos cœurs. Elle agit comme malgré nous. Elle parle malgré les balbutiements du prédicateur et les distractions de l’auditeur, malgré les imperfections du prédicateur et les résistances de l’auditeur. C’est une parole d’homme à recevoir comme une parole de Dieu.

Nous sommes au cœur du Mystère chrétien. La parole de Dieu s’incarne. Le Verbe s’est fait chair. La perfection du Verbe de Dieu se manifeste dans l’imperfection de la chair. La perfection de la parole de Dieu passe par l’imperfection de celui qui parle comme de celui qui écoute. Notre Seigneur Jésus, le premier, a été écouté par certains comme un homme qui parle. Il était pourtant la Parole de Dieu par excellence. Mais on pouvait s’y tromper et on s’y est trompé.

Aussi faut-il toujours l’intervention de l’Esprit-Saint pour qu’une parole d’homme agisse comme parole de Dieu dans le cœur de ceux qui la reçoivent.

Voilà pourquoi, nous ne devons pas nous donner du Maître, du Docteur, ou du Père, car il n’y a qu’un Maître, qu’un Docteur, qu’un Père, c’est Dieu le Père qui parle, Dieu le Verbe qui est la parole et Dieu l’Esprit qui illumine les esprits.

Sa Sainteté notre pape Benoît XVI dans un récent écrit sur la parole de Dieu, cite un texte de saint Jérôme dont je vous cite un extrait : A la messe, si une miette du pain consacré vient à tomber, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu, et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles et nous pensons à autre chose. Pouvons-nous imaginer le grand danger que nous courons ?

Mes frères, que l’on soit prédicateur ou auditeur, nous ne devons jamais perdre de vue que nous vivons un vrai mystère, celui sans cesse réactivé de l’intervention de Dieu dans notre histoire.

Dieu intervient dans la consécration du pain et du vin, sur une simple parole dite par un homme et en y communiant nous tenons dans la foi que nous recevons réellement le Corps et le Sang du Seigneur.

Eh bien, Dieu intervient aussi dans la parole du prophète, dans celle de saint Paul, dans celle du pharisien qui prêche aujourd’hui et dans l’auditeur à qui toujours le Seigneur Jésus et l’Esprit-Saint réservent une parole pour qu’ils en vivent.

En vérité, il est grand le mystère de la foi. Amen.