Homélie du 11 février 2024 - 6e Dimanche du T. O.

Partagez l’espérance du lépreux !

par

fr. Hugues-François Rovarino

« Si tu le veux, tu peux me purifier. »

1. « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Qui d’entre nous n’a pas ainsi lancé vers le Seigneur, « un beau jour ou peut-être une nuit », comme une ardente prière, exprimant tout soi-même, nous projetant dans le cœur du Seigneur ! À toute heure du jour, à toute minute de nos nuits ! C’est autant un appel sans égal qu’un désarroi total qui parfois viennent se mêler, comme le cri jailli jadis d’un cœur, intensément porté par une attente, l’espérance du lépreux !
Mais un mot nous est offert pour formuler cette demande : purifié ! Il ne s’agit pas seulement de parler de la guérison d’un mal. L’Évangile propose un nom, et accorde une ampleur sans mélange à cette demande ; le mot de purification ! Une réalité incomparable, qui puisée au cœur de Dieu, rayonnera sur toute une existence et la transformera.
Si nous sommes aujourd’hui saisis par l’espérance d’un malade, nous mesurons aussi l’enjeu de ces instants de jadis. Celui qui appelle à sa purification en appelle à sa dignité, à la grâce du Seigneur et à la vérité de Dieu.
Alors que le Seigneur s’approche, il se voit lui-même, il sait ce qu’il espère ; il voit son Seigneur et sait quoi lui demander ; il voit sa situation, et il sait ce qui sera transformé — ou devrait l’être. Dans l’intensité de sa prière, tout est posé de ce que chacun de nous peut aujourd’hui encore guetter pour soi-même, pour ses proches, ou devrait guetter.
Nous contemplons la plénitude d’une rencontre : elle unit la perception de ce que seul Dieu peut offrir et la vérité de ce que je sais en espérer ! « Si tu le veux, tu peux me purifier. » C’est radical, comme la lutte de toute la personne. C’est brut : comme un combat pour la vie ! C’est sa vie, celle d’une personne créée pour toujours et « à l’image de Dieu » !

2. Certes, en remarquant ce lépreux venu au milieu de la ville, quand la Loi de Dieu aurait dû l’en éloigner, un poète aurait pu dans l’émotion confier : « Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur » ; ou encore : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ».
Mais ce lépreux de Capharnaüm, ou les malheureux de la terre, qui aspirent à la guérison, ont un tout autre désir ! La radicalité du souffrant formulera sans fard : qui va me secourir ? Qui le voudra vraiment ? Et qui le pourra, en vérité ? Suis-je fatalement seul, rongé par mon mal ? Quelqu’un pourra-t-il compatir à mon épreuve ; entendre mes cris ; s’arrêter près de moi ? Pour lui, il ne s’agit pas de faire vibrer des mots, ni de demeurer stoïque ni de rester dans l’émotion ; mais de vivre ou mourir !
Le lépreux a parlé de purification ; voilà la hauteur où il nous hisse. Et qui va le purifier, sinon le Saint, le seul pur, le seul qui pourra purifier ! Le seul qui à jamais aura osé toucher cet homme, malgré les recommandations du livre du Lévitique ; et devant tous, l’aura délivré du mal. On comprend que le lépreux guéri ait enfreint le secret demandé…

3. Mais arrêtons-nous un peu sur cette détresse. Qui n’a un peu, un jour, été comme ce lépreux un temps écarté ? Regardé de loin avec embarras, ou simplement ignoré, isolé par le rythme de vie « des autres », les bien-portants… ?
a. Alors, si un jour vous avez murmuré : « Qui suis-je, rejeté de tous, pour adresser au Seigneur une demande de guérison ou une purification ? », le lépreux, ce malade rejeté, nous apprend l’audace de la prière, sa confiance, sa foi.
b. Si un jour vous avez pensé : « Dieu n’est plus pour l’impur que je suis. Le Sauveur pourrait-il vraiment penser à moi ? », ouvrez les yeux et regardez le lépreux implorant : Jésus vous a déjà manifesté la tendresse de Dieu. Votre espérance est là.
c. Si un jour vous avez craint : « Dieu ne peut plus rien pour moi ! Et je resterai loin, à l’écart ? », Jésus vous dit : « Ma grâce te suffit. Ma puissance se déploie dans la faiblesse. Accueille ma charité. »
d. Et autrement, si un jour vous avez malheureusement rejeté ou condamné une personne, quels que soient son âge, ses fautes, les raisons de sa venue au monde, ses maladies ou sa faiblesse, Jésus s’adresse aussi à vous : « Je suis avec toi pour te délivrer. Recherche la paix et le pardon. Celui qui fait la vérité, vient à la lumière. Redécouvre la vie ! »
Mais Jésus ne vient pas seulement donner une parole de réconfort.

4. Car aujourd’hui, en diffusant sa grâce, particulièrement par le sacrement des malades, Jésus dit à chacun : « Je le veux, sois purifié. » Et il le réalise.
Il le dit, le réalise et il le signifie par une action personnelle et communautaire, celle du Seigneur en son Église, où la sanctification des uns aide à la sanctification des autres ; où la grâce, portée par la Croix, descendue avec elle, nous visite, plaçant sur vos lèvres la prière de Jésus : « Abba-Père, tout t’est possible, que ta volonté soit faite », espérant sans relâche par la force de Dieu pour crier : « Délivre-nous du mal ».
Aujourd’hui, plus étonnamment encore dans notre famille des enfants de Dieu, tout membre souffrant de l’Église soulage et fortifie les autres ; vous, moi, qui — dans le Seigneur — sommes de sa famille, et qui avec chacun, rend grâce à Dieu !
À Capharnaüm, la supplication lucide et la réponse de grâce ont jadis eu un effet visible. Mais si l’esprit d’enfance, la confiance filiale sont venus à la lumière à Capharnaüm, ils sont aussi là aujourd’hui. Alors, si aujourd’hui la guérison visible n’est pas toujours manifestée, nous savons, nous croyons, que la présence du Sauveur et plus encore l’attente de sa rencontre à jamais, notre espérance, prennent leur place dans nos vies ; pour la transfiguration de chacun — à commencer par les souffrants, les familiers de la Passion de Jésus.
Aussi, en paix, écoutons-le, goûtons sa parole et vivons par sa grâce !