Homélie du 2 avril 2023 - Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Passion selon saint Matthieu

par

fr. Ghislain-Marie Grange

Chaque évangéliste a sa manière de mettre en lumière l’enjeu réel de la Passion. Le destin du Christ est à première vue tragique, certes, mais combien de personnes dans l’histoire ont-elles eu un destin tragique ?
Le chemin accompli par le Christ est tout à fait unique et chaque évangéliste le rend par de petits détails. Qui en réalité ne sont pas des détails, mais dévoilent le cœur du drame. En surface, nous entendons le récit d’un juste innocent mis à mort par jalousie. En profondeur, nous voyons un roi qui s’avance vers la victoire. « Voici que les étendards de notre roi s’avancent », dit la célèbre hymne de Venance Fortunat que nous chantons pour les Rameaux. Celui qui s’avance sur un âne vers Jérusalem, la ville royale, s’avance également vers sa Passion.

C’est sans doute chez saint Jean, dans le récit que nous entendrons Vendredi que c’est le plus clair. Dès le moment de l’arrestation, les gardes semblent obéir aux paroles de Jésus. C’est Jésus qui mène sa Passion. Il va sur la Croix pour racheter le monde.
Saint Matthieu, dans le récit que nous avons entendu, nous donne aussi quelques détails significatifs. Au moment de l’arrestation, Jésus dit à celui qui sort son épée : « Ne penses-tu pas que je puisse faire appel aux légions d’anges de mon Père ? » Jésus n’est pas arrêté parce qu’il est trop faible pour se défendre. Il est arrêté parce qu’il choisit d’être faible, parce que l’heure est venue. Il pourrait disposer de la force, mais il choisit la faiblesse pour que sa force pénètre au cœur de la faiblesse.
Pilate lui pose une seule question : « Es-tu le roi des Juifs ? » C’est la question fondamentale qui donne le sens de la Passion. Et Jésus répond par l’affirmative. Sa Passion est une intronisation, la proclamation de sa royauté sur le monde. Alors que les rois humains s’appuient sur les honneurs pour glaner ce qu’ils peuvent de la puissance, le Christ règne par les apparences les plus contraires, mais en vérité, pour nous associer à son royaume. Au moment de la crucifixion, le panneau qui explique le motif de sa condamnation porte la mention suivante : « Jésus, le roi des Juifs ». Aucun crime dans ce titre mais la véritable signification de sa crucifixion. Le roi est sur son trône entouré de deux compagnons, les deux larrons.

Si nous versons une larme en entendant la Passion, ne nous trompons pas d’émotion. Le vrai drame qui se joue est l’affrontement entre le roi de l’univers et le péché du monde. C’est donc sur nos propres péchés qu’il faut pleurer. Non pas pour nous recroqueviller sur nous-mêmes mais pour nous disposer à recevoir le salut qui vient de Dieu. Pour que la royauté du Christ illumine toutes les parties de notre être. Bien sûr, il y a des zones en nous qui sont bien éclairées par la grâce de Dieu. Mais d’autres sont encore dans l’obscurité. Laissons le Christ pénétrer au cœur du mal pour y faire advenir son règne de lumière, de douceur et de paix.