Homélie du 24 octobre 2004 - 30e DO

Pharisien et Publicain : loin de la fausse, vivons la VRAIE PRIÈRE

par

fr. Bernard Autran

Le bon et l’affreux! Jésus, avec cette parabole, oriente notre choix. Mais de sa part c’était une violente provocation: ses auditeurs étaient bien persuadés de l’inverse! Le pharisien était le bon Juif, attaché à la Loi de Dieu observée jusqu’au scrupule. Et le publicain, l’exploiteur honni, s’enrichissait sur le dos de ses compatriotes au profit de l’occupant, mais aussi des chantiers d’Hérode énormes et coûteux. On peut encore en contempler les restes. Mais Jésus ne critique pas les pharisiens de l’extérieur. Il est des leurs, et avec Lui ses Apôtres et son entourage. La Foi que proclamera Marthe est celle d’une pharisienne: elle croit que son frère ressuscitera. Mais s’il est bien de servir Le Seigneur en observant la Loi, les précisions tatillonnes qu’on y avait ajoutées prêtaient le flanc à des dérives qu’Il dénonce. En la parabole, Il les pousse jusqu’à la caricature! Beaucoup s’imaginaient être « en règle », fiers de pouvoir revendiquer une récompense pour ce qu’ils avaient accompli, souvent sans y avoir mis leur cœur. Et ils méprisaient ceux qui ne s’y soumettaient pas.

Les Évangiles des dimanches précédents nous ont rappelé cette valeur fondamentale qu’est la Prière. Le lépreux avait été sauvé, dans sa Foi, pour avoir rendu grâces. L’insistance de la veuve nous avait fait signe: avec quelle persévérante ardeur il nous faut crier au Seigneur que nous ne pouvons rien sans l’immense puissance de Sa Miséricorde. Sinon, nous ne nous mettons pas à notre place face à Lui. Prier est Lui dire que nous recevons tout de Lui. Cette attitude peut être réelle même si nous n’en avons pas pleinement conscience. Aujourd’hui l’homme fait mine de prier, mais qu’en est-il réellement? S’il nomme Dieu, s’adresse-t-il à Lui? En réalité, il ne s’abaisse pas, mais se vante devant Lui. Ce dont il se glorifie est peut-être bon, mais il n’en rend grâces qu’à lui-même! Il joue tout faux car il lui manque la racine de tout ce qui nous met à notre place face au Seigneur: confesser qu’on reçoit tout de Son Amour, Lui en rendre grâces, puis le faire rejaillir sur ses frères.

Au contraire, la prière du publicain lui obtient d’être justifié. Pourquoi? Parce qu’il se met à sa vraie place face au Seigneur, se reconnaît pécheur et implore Sa Miséricorde. Que nous soyons chargés ou non de gros péchés n’est pas indifférent mais il est bien plus fondamental d’avoir conscience de tout recevoir, de demander et le pardon, et surtout la force de répondre à l’amour dont nous sommes l’objet! C’est que Dieu, selon la première lecture, ne fait pas de différence entre les hommes. Il n’y a pas devant Lui de « droits acquis », il ne sert à rien d’être dans une catégorie privilégiée. La Bible fourmille d’exemples de gens dont la vie a été plus que douteuse et qui sont loués pour avoir imploré sa Miséricorde. De la Samaritaine à la pécheresse et au bon Larron, pour combien Jésus est-Il venu non pour les « justes », mais pour les pécheurs?

Mais la prière de Paul ne nous pas surprend-elle pas? Ne ressemble-t-elle à celle du pharisien? Pourtant ce qu’il constate n’est pas une obéissance scrupuleuse à un règlement! Mais sa vie a été totalement investie par la Personne de Jésus et consacrée à son œuvre. Il attend la récompense du vainqueur, non pas donnant-donnant comme un avantage auquel il aurait droit pour les prestations qu’il aurait fournies, mais la joyeuse rencontre avec Celui qui est tout pour lui et à qui il s’est donné à fond! Surtout, sa conviction la plus profonde qui ressort d’autres textes, est que tout lui vient de Sa Miséricorde! Lui, le persécuteur, sans aucun mérite de sa part il a été appelé et cette force d’amour telle que rien ne l’a arrêté dans son service, il l’a reçue!

Cette récompense, Son Maître l’avait demandée avant lui. « Père, glorifie Ton Fils! » Lui, Le Père a l’ambition, dans son Amour de Le combler de Sa Joie! puis Paul et nous tous à sa suite. Cette joie ne sera pas un salaire, mais l’épanouissement de celle dans laquelle, après Lui, dès à présent Il nous appelle à grandir. Répondre à cette ambition est chose difficile, divine. Jésus l’a fait pleinement Se donnant comme Son Père S’était donné à Lui! Ce fut l’engagement de toute sa vie jusqu’à Sa Mort en Croix! En cet amour infiniment exigeant, comme en Marie, Le Seigneur veut aussi faire en nous des merveilles! Nous donner en réponse nous plonge dans l’immense Vie, l’abîme d’Amour qui unit Le père, Le Fils et L’Esprit! Seul celui-ci peut nous entraîner à ce véritable don de nous-mêmes. Lui seul nous inspire la Prière véritable et nous éveille à cet amour vrai. C’est en ce sens qu’il nous faut crier vers Le Père pour qu’Il soutienne notre marche: C’est tout le prix de notre vie qu’elle s’épanouisse dans Sa Gloire au jour où Il pourra nous illuminer de Son Visage!

Seul, coupé de cette immense réalité, ce dont se glorifiait le pharisien n’était que clinquant. De lui-même, Il visait trop bas, simples apparences, brouillard qui serait vite dissipé! Au contraire Le Seigneur nous appelle à nous abaisser pour recevoir de Lui en totale confiance. Alors rien ne L’empêchera de nous ouvrir à la merveilleuse réalité: Il veut nous élever jusqu’à Lui. Quelle qu’ait été jusqu’ici notre vie, sachons imiter l’humilité du publicain. En Sa Parole, Son Corps et Son Sang, nous allons communier au Christ tout donné! Qu’Il nous apprenne à faire un pas de plus pour nous donner nous aussi en retour. Un jour, malgré notre faiblesse et notre péché, Il nous révèlera la Splendeur de l’amour auquel Il nous aura entraînés!