Homélie du 9 décembre 2012 - 2e DA

« Préparez le chemin du Seigneur ! »

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J moins douze! Frères et sœurs, il ne reste plus que douze jours avant la fin du monde. Alors, qu’allez-vous faire d’ici le 21 décembre? Profiter de la vie? Ou bien, comme nous invite à le faire le prophète Jean-Baptiste, «préparer le chemin du Seigneur» (Lc 3, 4)? Vous me direz que nul ne sait ni le jour ni l’heure, même pas le Fils de l’homme (Mc 13, 32). C’est entendu. Mais après tout, pourquoi ne pas saisir l’occasion pour nous y préparer? Car si ce n’est pas le 21, ça sera bien un autre jour. Voici donc trois propositions pour bien nous préparer:

[| Nous devons nous y attendre |]

Soyons déjà certains que la fin du monde viendra. Après tout, tout le monde la prévoie, les Mayas, les astrophysiciens, alors pourquoi pas les chrétiens? Il faut donc s’y attendre. Et s’y attendre, c’est déjà s’y préparer. Nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, saint Paul demande aux Philippiens de «marcher sans trébucher vers le jour du Christ» (Ph 1, 10). Ce «Jour du Christ», c’est le retour du Christ, que saint Paul attendait fermement et croyait imminent. Il faut dire que le Christ lui-même l’avait promis à ses disciples, juste avant son Ascension dans le Ciel: «Je m’en vais, et je reviendrai vers vous» (Jn 14, 28). Ce retour du Christ peut se comprendre de quatre manières:
-* Il s’entend d’abord de la résurrection de Jésus, bien-sûr, et des apparitions du Ressuscité, aux disciples;
-* Il s’entend ensuite de la venue quotidienne du Ressuscité qui visite le cœur des fidèles dans l’Esprit;
-* On peut le comprendre aussi de la venue du Christ à l’heure de la mort de chacun;
-* Enfin, ce «Jour du Christ» correspond à la parousie, au retour du Christ à la fin des temps. C’est le Christ qui revient dans la gloire, établissant une communion définitive entre les hommes et Dieu, tout en tous.

Frères et sœurs, lorsque Jean-Baptiste crie dans le désert, il annonce la première venue du Christ, son premier avènement dans l’humilité de la crèche. Mais aujourd’hui, ce cri doit résonner dans notre cœur: il nous concerne personnellement. Nous devons prendre au sérieux l’invitation de Jean-Baptiste à «préparer le chemin du Seigneur» pour son deuxième avènement, un retour plus triomphal, glorieux. Le Christ ne reviendra pas le 21 décembre, n’en doutons pas. Peut-être qu’il ne reviendra pas non plus au cours de notre vie terrestre. Mais tenons-nous prêts, toujours prêts: car alors nous serons peut-être prêts pour l’heure de notre mort.

[| Nous devons y tendre |]

Oui, il nous faut regarder la fin du monde en face, et nous devons même l’espérer. Car un cadeau nous sera offert ce jour là, et nous avons tout à gagner. Le premier avènement du Christ, c’est la bonne nouvelle de Noël, le salut qui commence à se réaliser. Le deuxième avènement du Christ, la parousie, son retour dans la gloire, c’est la bonne nouvelle du salut qui s’accomplit pleinement. La fin du monde marquera la fin de l’aventure historique de l’homme, la fin de toute l’économie du salut. Mais ce ne sera pas un retour dans le néant. Bien au contraire, la fin de l’histoire humaine coïncidera avec le «passage» dans le Royaume. C’est bien ce que nous espérons lorsque nous prions le Notre Père: «Que ton règne vienne». Le retour du Christ coïncidera également avec la résurrection des corps, pour tous. Toutes les âmes des défunts de nos familles, de nos amis, de tous les humains qui nous ont précédés, toutes ces âmes séparées de leur corps retrouveront enfin un corps de gloire. Nous devons donc désirer le Ciel, frères et sœurs, dans l’espérance. Car le retour du Christ est une bonne nouvelle: la bonne nouvelle du salut pleinement achevé.

[| Nous devons tous l’attendre |]

Regarder la fin en face, ce n’est pas morbide ou déprimant. Au contraire, croire en la fin du monde et l’espérer, c’est aussi donner un sens à sa vie. Et c’est surtout prendre le chemin dans le bon sens, en visant le but. C’est comme une course d’orientation: quand on voit la balise rouge au loin, on est content, on sait où on va, et on court plus vite. Mais quand on ne voit pas la balise, alors, on est un peu perdu. On peut même parfois tourner en rond. Mais se diriger vers la fin du monde, c’est beaucoup plus qu’une simple course d’orientation. Nous devons être dans l’attitude d’un jeune garçon quelques secondes avant un premier rendez-vous amoureux: un mélange d’impatience et de crainte. C’est l’impatience de retrouver celle qu’on aime, mais c’est aussi la crainte de manquer le rendez-vous, ou de ne pas être à la hauteur. Avouez frères et sœurs qu’il serait bien dommage d’aller se cacher à Bugarach le soir du 21 décembre, juste parce qu’on a peur de ce rendez-vous amoureux. Oui, la fin du monde vécue dans l’amour peut réellement donner un sens à notre vie. Vous serez attentifs à l’oraison finale de la messe de ce jour. Vous savez, c’est cette prière que le prêtre dit juste après les annonces faites par le curé (ces fameuses annonces que vous avez déjà lues pendant l’homélie sur le bulletin de liaison): «Apprends-nous le vrai sens des choses de ce monde et l’amour des biens éternels». Il ne s’agit pas de mépriser les choses de ce monde, mais il s’agit de relativiser le bien que peuvent nous procurer les choses de ce monde, comparé à Dieu, source de tout bien, pour l’éternité. Regardez combien de familles se déchirent lors des partages de biens à la suite du décès des parents, pour une simple cuillère en argent. Qui est premier? Dieu et sa rencontre amoureuse lors de la fin du monde? Ou la cuillère en argent que justement nous n’emporterons pas au paradis? Saint Paul nous le dit dans la deuxième lecture, nous devons «progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui nous fera discerner ce qui est plus important». Oui, il s’agit de faire le tri dans notre vie, entre ce qui est important, en regard de ce but à atteindre, et ce qui l’est moins.

Que ferions-nous si la fin du monde était prévue demain? Simplement profiter de la vie? Frères et sœurs, il y a une manière chrétienne de vivre sa vie en regardant la fin du monde en face, en préparant le chemin du Seigneur. Il faut s’y attendre: nous devons mettre notre foi dans la fin. Il faut y tendre, dans l’espérance du salut. Il faut tous l’attendre, comme deux amoureux qui ne pensent qu’à se retrouver. La fin du monde vécue dans la foi, l’espérance et l’amour, voilà une fin du monde chrétienne qui peut donner un sens à ma vie.