Homélie du 24 septembre 2023 - 25e Dimanche du T. O. - Journée mondiale du migrant et du réfugié

Quand Dieu embauche

par

fr. Gilles Danroc

Connaissez-vous l’adresse postale de Dieu ? Question d’un jeune dans un groupe de préparation à la confirmation. Après avoir écrit à son évêque, il voulait écrire à Dieu. Mais comment ? Le groupe a cherché et a proposé :
1. Place du Temple à Jérusalem, mais adresse introuvable aujourd’hui ;
2. Le ciel. Mais où ? Le ciel, c’est grand ! La Bible parle des Cieux des Cieux pour les siècles des siècles ! Personne ne peut escalader le ciel. Les gratte-ciels et la tour de Babel n’ont pas pu y arriver (Gn 11, 1-9).

Voilà une bonne nouvelle, car le Très-Haut est Souverain et donc sans rival. Rien ne peut limiter ou mettre en cause son bon vouloir comme dans le domaine des dieux des mythologies païennes remplies de la jalousie et de tensions rivales. Nous croyons en un seul Dieu qui est Lumière et Amour (1 Jn passim). Car c’est lui qui a choisi de se révéler à nous. Le livre de la Création nous ouvre à la louange (Rm 1, 20), aussi nous chantons à la messe « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

C’est lui qui vient à nous et les psaumes révèlent à ceux qui sont en prière que Dieu fait le grand écart : « Il compte les étoiles et appelle chacune par son nom : il guérit les cœurs brisés et bande leurs blessures… Il a fait le Ciel et la Terre / Il rend justice aux opprimés. » Le Très-Haut est Dieu qui aime souverainement, il aime sans limite, il aime infiniment, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Dieu nous aime dans le grand écart de l’Amour qui se révèle en premier aux cœurs brisés, aux opprimés, aux plus petits, « les vieillards avec les enfants » sont invités à la louange. « Il est sublime, lui seul, la majesté de son nom est par-dessus la Terre et le Ciel » (Ps 146, 147, 148).

Si l’homme ne peut pas escalader aux Cieux des Cieux, Dieu a choisi en « sa Sagesse et par Amour » de nous créer et de venir à nous dans sa Création. C’est son choix et c’est notre émerveillement. Nous sommes créés en dernier, le 6e jour, et Dieu vit que cela était très bon. « Dieu dit : faisons l’homme à notre image comme à notre ressemblance… Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1, 26-27). Nous sommes donc le don excellent de Dieu, en recevant la vie nous recevons Dieu qui se donne à nous et nous crée à son image comme à sa ressemblance.

Mais quand l’homme a préféré être comme des dieux (Gn 3, 4) plutôt que d’accueillir la vie et l’amour comme un don excellent, alors le mal est entré dans le monde. Désormais chacun est tenté d’être le premier, le plus grand, le plus haut. Il veut occuper la hauteur pour mieux dominer. L’homme est devenu un loup pour l’homme. La violence règne en place de l’Amour et depuis Caïn la culture du mal veut nous enrôler aujourd’hui dans cette lutte à mort de tous contre tous.

Mais pour notre joie, une joie véritable, « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils bien-aimé, non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 16). C’est le comble du grand écart de l’Amour de Dieu : il est venu habiter parmi nous. Grâce au « oui » libre de Marie, Dieu est devenu l’un de nous et Jésus est le Sauveur du monde à l’initiative de Dieu le Père.

Le mystère pascal, l’évènement de la Croix-Résurrection, est ce moment où l’histoire de l’humanité qui allait vers la mort va résolument de la mort à la vie (1 Jn 3, 14), vers la résurrection et la vie où Dieu sera tout en tous (1 Co 15, 28). Telle est notre foi, telle est notre espérance radicale, telle est notre vie selon l’amour de Dieu.

Dès lors, nous pouvons entrer résolument dans la parabole des ouvriers envoyés à la vigne du Seigneur. La vigne est cette terre (Jn 15, 1-17), là où l’Amour de Dieu vient nous sauver par le travail de transformation de notre terre qui produit « le vin du Royaume éternel » (offertoire de la messe). La création tout entière est appelée à devenir la vigne, prémices du Royaume que Jésus, en ouvrant les bras sur la Croix, a ouvert pour nous.

Dieu créateur et sauveur est le maître de la vigne. Il se lève tôt, de toute éternité, pour nous embaucher. Et ce travail consiste à faire fructifier les dons, les talents que chacun de nous a reçus car aucun être humain vient au monde sans un talent nécessaire à la vie de tous. Travailler à la vigne pour qu’elle donne du fruit, c’est travailler au bien de tous par la fructification des dons de chacun.

Le denier que chacun reçoit, c’est la vie à l’image de Dieu comme à sa ressemblance. Sur la question de l’impôt à César, Jésus a demandé une pièce à l’image de César et a pu clarifier la question du pouvoir : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). Car César n’est pas Dieu et Dieu n’est pas César. Quel est donc ce denier d’argent donné par Dieu sinon la vie de chacun de ses enfants créés à son image ! Grâce à l’Évangile, nous pouvons passer notre vie à devenir de plus en plus semblables à Jésus, à apprendre à « aimer nos frères comme il nous a aimés » (Jn 13, 34).

Qui sont les premiers ? Ce sont ceux qui veulent avoir ou être plus que les autres, fascinés par cette course au « plus » qui caractérise notre époque. Cette concurrence devenue mondiale fait oublier aux premiers qu’il y a des derniers. Et l’accumulation des « plus » multiplie les « moins ». Cette élite des premiers, qui ne sont pas sans mérite, peut créer un monde déséquilibré où les laissés-pour-compte sont les plus nombreux et les plus abandonnés.

En ces temps de rentrée des classes, permettez-moi de donner un conseil aux élèves de primaire comme aux candidats aux grandes écoles. Si vous êtes dans les premiers, soyez d’autant plus sensibles aux derniers, restez humains sinon votre réussite vous rendra indifférents à ceux qui sont en échec. Le fait d’être premier vous donne la responsabilité et le souci de comprendre pourquoi il y a des derniers. Que la chance que vous avez grâce à votre famille, votre travail et vos talents n’est pas la même pour tous. Le monde est ainsi construit sur la domination des uns sur les autres. Dans la vigne du Seigneur, les premiers sont les frères des derniers et construisent le monde à partir des derniers pour que tous puissent vivre dans l’Amour de Dieu.

Qui sont les derniers ? Regardez bien, c’est nous-mêmes car, en écoutant cette parabole et en la mettant en pratique, nous sommes invités à travailler au bien, au bonheur de tous selon la volonté de Dieu, selon son Amour sans limite. Joie ! Car la charité n’a pas d’heure. Le baptême n’est pas une garantie de salut derrière nous mais l’invitation à nous convertir jusqu’à notre dernier souffle, à notre onzième heure. Et la conversion est notre joie car l’Évangile nous apprend le monde selon Dieu et la vie selon son Amour. Son Amour est descendu du ciel comme une pluie (Is 55, 10-13, la suite de notre première lecture) pour féconder le profond de la Terre pour que tous trouvent dans le partage le meilleur de la vie. L’Amour du Très-Haut commence par le plus bas pour l’élever à lui.

Avec Marie réjouissons-nous : il élève les humbles, Magnificat ! Jésus élevé de terre sur la Croix, assis à la droite du Père « attire tout à lui » (Jn 12, 32).

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