Homélie du 25 janvier 2004 - 3e DO

« Que reste-t-il du privilège que Jésus accorda aux pauvres ? »

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Jésus, rempli de l’Esprit Saint revient à Nazareth, la petite ville qui l’avait vu grandir, pour être avec les siens. Nazareth fut le lieu de l’Incarnation du Verbe de Dieu. Ce fut à Nazareth que Marie entendit l’appel de l’ange Gabriel, lui annonçant qu’elle allait être Mère de celui qui aurait à libérer Israël (Lc 1, 26-27) ; après la fuite en Égypte et le retour en Judée, ce fut dans la maison de Joseph, toujours à Nazareth, que la Sainte Famille s’installa et que Jésus passa son enfance, son adolescence, sa jeunesse et la plus grande partie de sa vie d’adulte (Mt 2, 19-23).

Jésus, comme tous les juifs pieux, fréquentait la synagogue de sa ville. Ce jour-là, il eut à lire la parole de Dieu. Il lut le passage du prophète Isaïe qui annonçait la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux opprimés. Dans ce texte, Isaïe annonce la justice de Dieu; les affligés et les cœurs meurtris seront dans l’allégresse, car Dieu les sauvera. Aussi, les cœurs humbles sauteront de joie en louant le Dieu-Sauveur qui les libérera (Is 35, 5-6). Finalement, ce texte donne les caractéristiques de l’action du prophète qui annonce la Bonne Nouvelle (Is 61, 1-2).

Après un temps d’attente, le moment décisif arrive, quand Jésus fait connaître la nouveauté de son ministère et montre à ses interlocuteurs sa supériorité sur les prophètes. Il leur déclare: «Aujourd’hui s’accomplit cette page de l’Écriture». Vous imaginez comme moi que cette application faite par Jésus de ce passage a suscité des réactions diverses. Pour certains, cette application était de l’ordre du mystère; pour d’autres, de provocation; pour les plus incrédules, elle était sans signification. Nous, nous devons nous demander: quelle est l’originalité de ce que dit Jésus. Qu’est-ce que Jésus apporte de plus que les oracles prophétiques?

Pour répondre, soyons attentifs à la manière de Jésus! Dans les synagogues, ce sont les scribes qui commentent les textes de l’Écriture. Habituellement, ce sont les rabbins qui expliquent un texte de la Loi. Aujourd’hui, Jésus attire l’attention de tous, non sur ce qu’il lit, mais sur ce qui arrive ; non sur le Livre, mais sur sa Personne ; non sur l’exégèse d’un texte, mais sur sa réalisation. «Aujourd’hui s’accomplit à vos yeux ce passage de l’Écriture». En Jésus, la Parole de Dieu est au présent. Elle est dans sa personne. Elle ne peut être plus concrète, car toute sa personne parle de Dieu.

[Le discours inaugural de Jésus était destiné à tous, mais avec une préférence notable pour les plus pauvres, les affligés, les aveugles, les exclus et les captifs]. Deux mille ans après le Royaume annoncé par Jésus, dans le monde entier le nombre de pauvres se multiplie et ils deviennent de plus en plus pauvres. Ce qui prouve l’actualité du message d’Isaïe. Ce que dit Jésus n’est pas enfermé dans le passé. Pour nous, Jésus n’est plus présent physiquement. Cependant, Il nous a légué la responsabilité d’annoncer la Bonne Nouvelle dans notre monde, ici et aujourd’hui. Aujourd’hui, en France, n’avons nous pas un peuple à évangéliser? Aujourd’hui, dans le reste du monde, n’avons nous pas des pauvres à nourrir? Notre devoir est d’annoncer l’Évangile de la miséricorde de Dieu. Cela implique d’apporter un message de joie, d’annoncer la victoire, de proclamer le salut. Il faut que nous annoncions un royaume de paix et de bonheur pour les pauvres et les exclus d’aujourd’hui: «Celui qui annonce le bonheur est lui-même un artisan de bonheur, et il est célébré comme tel». Le temps de Jésus est un temps radicalement nouveau. Lorsque Jean était en prison, troublé et avait besoin d’être éclairé. Jésus lui faisait comprendre que les promesses prophétiques deviennent réalité: les aveugles voient, les captifs sont libérés, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (Lc 7, 22-23). Ainsi, Jésus s’oppose à tout ce qui peut séparer les hommes de Dieu, ou entre eux.

Frères et sœurs, permettez à un frère haïtien de vous dire que les pauvres d’aujourd’hui ne cessent pas d’enterrer leur espoir; ils ne cessent de voir partir devant eux leur rêve. En effet, « la nature produit en quantité suffisante ce qu’il faut pour vivre jour après jour, et si chacun se contentait de prendre ce dont il a lui-même besoin, sans plus, alors il n’y aurait plus de pauvres en ce monde; on n’y verrait plus personne mourant de faim, il y aurait simplement des hommes et des femmes libres en quête de découvrir d’autres hommes, d’autres horizons ou d’autres cultures».

Pour voir la lumière du Royaume de Dieu briller dans nos ténèbres, il faut dissiper cet aveuglement (bis). Un penseur du XXème siècle disait: «Toutes les inégalités et leur cortège de malheurs viennent de ce que nous ne tenons aucun compte de cette règle du jeu selon laquelle, de jour en jour, il est donné à chacun de recevoir son pain quotidien, et rien de plus» – Oui, il est élémentaire que la proclamation de la Bonne Nouvelle ait été entendue comme une forme de libération des opprimés. C’est dans cette perspective qu’il faut entendre la prédication de Jésus, parce qu’elle fait partie de son activité libératrice. Une Bonne Nouvelle pour les malheureux doit être une nouvelle qui donne espoir et réjouissance à tous, car nous sommes tous fils de Dieu.

Aujourd’hui, comme oint par l’Esprit, Jésus présente sa mission. Comme Messie oint, il annonce un Royaume de charité, de solidarité, de grâce et d’amitié avec Dieu pour tous les hommes. Qu’il ouvre notre cœur afin d’accueillir sa parole et de la mettre en pratique dans notre vie.

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