Homélie du 31 mai 2015 - Trinité

Que verrons-nous au ciel ?

par

fr. Édouard Divry

Une chrétienne récemment m’avouait son désarroi : Jésus était apparu 40 jours après sa résurrection d’entre les morts et il n’avait jamais parlé de notre vie au Ciel, quelle déception ! L’étude biblique compte, de fait, 12 récits dans le Nouveau Testament qui évoquent une apparition ou un vision de Jésus ressuscité mais rien qui nous parle de manière très descriptive de la résurrection d’entre les morts, « la sienne et la nôtre » dit Bède le Vénérable, à propos du récit de la Transfiguration, anticipation de notre vie glorieuse. Saint Paul, dans le texte le plus ancien du Nouveau Testament, s’aventure en quelque sorte à déclarer, mais, soyons-en sûr, assisté du Saint-Esprit : « Voici […] ce que nous avons à vous dire sur la parole du Seigneur. Nous, les vivants, nous qui serons encore là pour l’Avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis. Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu ; après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur toujours. Réconfortez-vous donc les uns les autres de ces pensées » (1 Th 4, 15-18). C’est tout, mais c’est énorme, puisque saint Paul atteste que nous pouvons nous réconforter par ces pensées.

Aujourd’hui, il s’agit d’un mystère encore plus profond, celui de la vie intime de Dieu, Père, Fils et Saint-Eprit : la Trinité elle-même. Les Orientaux n’ont pas osé avoir une telle fête ! Sans doute, Dieu ne peut pas être vu avec les yeux du corps (cf. Jn 1, 18). Cependant, nous verrons Dieu, c’est le Seigneur qui l’a promis, mais ce sera avec les yeux de l’âme, c’est-à-dire avec le cœur : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5, 8) ; alors « nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3, 2), non plus en miroir mais « face à face » (1 Co 13, 12). Comment se fera cette connaissance inouïe ? : « Dans ta lumière, nous verrons la lumière » (Ps 34/35, 10) indique le Psalmiste. Cette lumière de gloire réhaussera notre âme pour pouvoir contempler ce que nous tenons actuellement dans la foi : le Fils unique engendré éternellement par le Père ; le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils. Nous verrons aussi avec nos yeux charnels les corps glorieux du Christ, de la Vierge, des saints, et peut-être des Anges s’ils se prêtent à être ainsi vus, ce sera une vison seconde de Dieu en acte à travers les corps glorieux. Nous verrons « briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ » (2 Co 4, 6) et sera alors aussi sur la face des saints.

Aujourd’hui le Seigneur nous donne le chemin simple et exigeant pour y accéder en nous appuyant sur le motif de notre espérance, sa toute-puissance : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. » Et il ajoute : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

En plus de la mission que nous portons dans notre prière et dans nos actions apostoliques, le Seigneur nous enseigne dans cette finale de l’évangile de saint Matthieu quatre étapes pour atteindre le but de notre espérance : une liturgie, elle qui commence avec notre baptême, une vérité à croire qui prend sa source dans ce nom même de Dieu, Père Fils et Saint-Esprit une loi morale renouvelée à vivre tous les jours de notre vie à travers tout ce que Jésus nous a prescrit, et une vie spirituelle dans la certitude qu’il est « avec nous jusqu’à la fin des temps ». Ne sont-ce pas justement les quatre parties de notre Catéchisme de l’Église catholique ? : le credo qui affirme ce à quoi nous croyons, avec au centre la Trinité très sainte, la liturgie en ses sept sacrements qui nous rassemble chaque jour de notre vie chrétienne, la vie morale qui nous ajuste à la volonté de Dieu, l’enseignement sur la prière de l’Église qui nous apprend à nous unir à notre Seigneur Jésus le Christ dans l’Esprit pour permettre, à tous qui seront sauvés, de rentrer dans la maison du Père. « La vie profonde d’un vrai chrétien est une participation à la vie de la Trinité… Nous vivons dans la mesure où nous connaissons la Trinité » (Rupert de Deutz). Avec quel milieu divin dès ici-bas ? La liturgie. Que croire ? La foi en la Trinité bienheureuse. Que faire ? Agir par la charité selon ce que Jésus nous a « prescrit ». Vers quelle espérance tendre ? Jésus avec nous tous les jours de notre vie jusqu’à la fin du monde.

Vivons donc dans ce regard émerveillé de Dieu qui nous aime et qui repousse les assauts du Monde contre la foi, l’espérance et la charité. Souhaitons-nous un beau combat dans un grand amour et une reconnaissance sans borne pour la sainte Trinité qui a choisi de demeurer en nous. Souhaitons à chacun et à nous-mêmes cette élévation, le plus possible, de notre esprit et de notre cœur vers la Trinité : que l’Esprit de Sainteté nous aide à fixer « notre respectueuse et affectueuse attention » sur cette Beauté infinie. Amen !