Homélie du 22 juin 2025 - Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

« Quelle est mon offrande ? »

par

fr. Maxime Arcelin

Écouter l’homélie

Les enfants, avez-vous apporté quelque chose ? Avez-vous apporté quelque chose pour la messe ? Vous venez pour recevoir le corps du Christ, vous ne vous attendiez peut-être pas à cette question, et pourtant elle est très importante ! C’est la question de notre offrande, celle qu’on va présenter à l’offertoire. Peut-être que vos parents, derrière vous, et tous les paroissiens avec eux ont apporté quelque chose pour la messe ? Qu’avez-vous apporté pour la messe ? J’en vois qui se tournent vers leur porte-monnaie pour regarder s’ils auront de quoi donner à la quête qu’on fait justement au moment de l’offertoire. Ce n’est pas une mauvaise idée.

Regardons Melchisédech, dans la première lecture, il vient avec le pain et le vin. Quand j’étais petit, en Bourgogne, mon père et les autres vignerons apportaient le vin pour la messe de sorte que le curé n’avait jamais à en acheter, et c’est heureux. Quand on va au pèlerinage du Rosaire, les gens des îles nous illuminent et nous enchantent par la profusion de leurs offrandes qu’ils apportent dans leurs plus beaux vêtements, en esquissant quelques pas de danse — car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Petit détail : on remarque que lorsqu’ils présentent leurs offrandes — qui représentent en fait celles de toute l’assemblée — ils se présentent eux-mêmes au prêtre qui les reçoit. L’offrande de ce qu’ils apportent ne veut-il pas symboliser un don plus grand ? Celui de tout leur être ?

On peut apporter toutes les bananes et autres goyaves que l’on veut, il faudra surtout qu’on fasse comme Melchisédech, qu’on apporte le pain et le vin. S’il fallait choisir l’offrande à faire, il faudrait se resserrer sur ce qui sera absolument essentiel à la célébration de la messe. Et pourquoi faut-il du pain et du vin ? Eh bien d’abord parce que Jésus a institué l’eucharistie avec du pain et du vin. Et peut-on savoir pourquoi il a choisi ça plutôt que — je ne sais pas — du pois chiche et du lait de chèvre ? Parmi les raisons qu’on peut avancer, on pense que Jésus a choisi le pain et le vin car ce sont des nourritures de base qui se conservent assez bien et que l’on peut trouver dans plein d’endroits. Le pain est un peu la dernière nourriture dont on manquera, c’est donc comme notre vie qui en dépend. Le pauvre, aux jours de grande disette, renonce à acheter de la viande, du Nutella, des fruits, des légumes pour ne garder que le pain. Et si le pain lui-même vient à manquer comme au temps d’Élie, alors il ne peut plus que se résigner avec la veuve de Sarepta : « Nous mourrons ». Ayant tout consommé, nous serons consumés.

Dans notre malheur, une opportunité incroyable nous serait offerte : passer du symbole à la réalité. Offrir non une petite chose symbolisant l’offrande de notre vie, mais offrir notre vie elle-même à la manière de Jésus sur la croix et de Charles de Foucauld dans sa méditation : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout. Pourvu que ta volonté se fasse en moi […]. Je remets mon âme entre tes mains. Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains, sans mesure, avec une infinie confiance. »
Je comprends que l’on puisse dire, toujours avec le Christ : « Seigneur, éloigne de moi ce calice ! » Je me sens incapable d’un si grand don à chaque messe. J’ignorais que mon offrande au prêtre pour qu’il célèbre la messe ou à la quête put représenter un si grand don ! Pourquoi Dieu en demande tant ?

D’abord à cause de ce que dit saint Paul : « Que n’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4, 7). Nous ne sommes pas les vrais propriétaires de ce qu’on possède, on les gère pour le Bon Dieu. C’est lui qui nous a donné notre vie : « Béni sois le Dieu Très-Haut », dit Melchisédech en apportant le pain et le vin. « Béni sois-tu Dieu de l’univers, nous recevons de ta bonté ces biens que nous te présentons », dit le prêtre au moment de l’offertoire.
Ensuite je m’appuierai sur ce chant d’offertoire : Offrons-lui ce que nous sommes, car le Christ va nous transformer en lui ! Les enfants, voulez-vous être comme Jésus ? Oui ! Voulez-vous être comme Dieu ? Oui ! Alors offrez-vous à lui ! Petit moyen simple pour aujourd’hui : proposez-lui à nouveau votre amitié. Dieu vous donnera de vous convertir pour ressembler à votre ami.

Quand on offre le pain et le vin, Jésus le prend et l’assimile, comme quand on mange un saucisson on l’assimile, il va fortifier nos petits bras dodus, nous donner de jouer et de faire du sport. Mais Jésus, toutefois, n’assimile pas le pain et le vin en le prenant dans sa bouche ; il l’assimile grâce à la parole qui sort de sa bouche. Avant même qu’il ne le mange et qu’il ne le boive : Ceci est mon Corps ! Ceci est la coupe de mon Sang ! Conformément à ce qu’il a dit.
Jésus n’a eu qu’à prononcer ces paroles pour convertir ce pain en son corps, convertir ce vin en son sang, pour convertir notre offrande en la sienne, pour convertir ce que nous avons apporté et tout ce que nous sommes (puisque nos offrandes sont le symbole de notre vie offerte) à lui et en lui.

Si nous avons mis dans ce pain tout ce que nous sommes — puisque ceci est son corps — nous pouvons dire après en vérité que nous sommes le corps du Christ et j’insiste là sur la première personne du pluriel qui rappelle que nous ne nous offrons pas tout seul, que la messe n’est pas réductible à un tête à tête exclusif avec Dieu pour avoir mon Dieu à moi dans mon petit cœur, mais qu’il est bien la réunion en un seul corps des enfants de Dieu dispersés, l’assemblée qui, d’un seul cœur, s’offre à Dieu pour ne faire qu’un seul corps, un seul pain, un seul peuple. Celui qui a apporté beaucoup partage avec celui qui a peu pour que nous tous qui avons répondu à l’invitation du Christ puissions manger son corps, boire son sang ! Et nous aurons Jésus en nous ? Ce n’est pas assez dire ! Nous serons tous en Jésus. D’habitude on assimile ce que l’on mange — quand je prends mon saucisson, je l’assimile de sorte qu’il devient ma substance, ce n’est pas moi qui deviens saucisson — mais là c’est Jésus qui nous assimile à lui en se laissant manger par nous : nous devenons le Corps du Christ, nous recevons la Vie de Dieu.

Les enfants, que vous soyez venus avec un cadeau, une offrande ou les mains vides, vous êtes tous invités en ce grand jour à offrir à Jésus votre amitié, Jésus vous prendra chacun pour amis et tous pour sa bande de copains capable d’aller sur les sommets. Par cette amitié scellée par votre offrande, il vous transformera comme il fait déjà pour tous ceux qui communient. Si vous êtes venus aujourd’hui les mains vides, demain, pour Jésus et vos amis, vous trouverez quoi offrir. À tous, il nous donnera de nous convertir plus profondément, d’être tous en lui, tout près de son cœur.

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