Homélie du 21 novembre 2004 - Solennité du Christ Roi

Réjouissons-nous avec le Larron, allons à la Maison du CHRIST, notre ROI!

par

fr. Bernard Autran

Voici Jésus cloué en Croix, totalement impuissant, soumis par ses adversaires à l’atrocité et à l’humiliation, exposé nu et sanglant. Sommet de son parcours terrestre, Il renverse notre apparente sagesse humaine! Fils Unique de Dieu, né dans une crèche loin des grands de Jérusalem, Il a vécu comme un simple artisan, puis Il a annoncé la Bonne Nouvelle du Royaume. Pierre L’a déclaré Messie, autrement dit Roi. Il lui a imposé le silence, car on n’aurait pas pu saisir quel genre de Messie Il venait être! Mais Il avait prédit de loin ce qui Lui arrive aujourd’hui. À la Transfiguration Le Père avait manifesté la Splendeur d’Amour que comportait Son Choix. Il S’était mis en route vers Jérusalem, et maintenant c’est à cette Croix qu’Il a abouti!

Pourtant, en la suprême déchéance d’être aux yeux de hommes comme un condamné, un écriteau L’y proclame « Roi« ! Les puissants ricanent, les soldats se moquent et un de ses compagnons de supplice L’injurie. Mais l’autre proclame: «Souviens-Toi de moi quand Tu viendras comme Roi!» Ce malfaiteur qui reconnaît avoir mérité son sort ose le dire de la loque sanglante qui pend en croix à côté de lui! Et Lui, royalement lui fait le Don le plus merveilleux qui puisse être: « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis! »

Dans les petits peuples de l’antiquité, le roi, idéalement, était proche des siens, veillait à la justice, mais surtout, dans une poussière de petits groupes qui ne cessaient de se piller mutuellement, exposait sa vie pour les défendre. Malgré ses fautes et les turbulences auxquelles il avait dû faire face, David restait l’image de celui qui avait sauvé son peuple en affrontant Goliath. On l’en aimait et on l’avait choisi pour roi en lui affirmant: «Tu es l’os de nos os et la chair de notre chair!» Plus tard, Salomon et ses successeurs s’étaient, en leur splendeur humaine, éloignés du peuple. Et la corruption régnait à Jérusalem. Aussi, le prophète Michée avait annoncé que le Messie n’y naîtrait pas, mais, comme David le berger devenu roi, à l’humble Bethléem.

Roi, Jésus venait l’être à l’extrême opposé de l’apparente grandeur humaine de ceux qui à Jérusalem Le rejetaient atrocement. Il l’a proclamé de bouche, mais maintenant Il nous fait comprendre en acte comment Il veut l’être, de la seule manière qui soit authentique! Il refuse tout mensonge, toute tromperie, toute violence pour imposer sa volonté. Il appelle à se tourner vers Lui, Le suivre, trouver la seule vraie Joie en se consacrant à son œuvre de réconciliation: Par Amour, pour Se lier à nous, Il accepte, humainement, de tout perdre. Le Larron n’a-t-il pas été saisi de l’entendre dire de ceux qui exerçaient contre Lui la haine la plus atroce: « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Au sommet de ce qui sépare, haine, férocité, Il répond par la puissance de cet Amour qui réunit, dépasse à l’infini le péché des hommes!

Le Larron avait proclamé ce dont il allait contempler la Splendeur de ses yeux éblouis! D’autres l’avaient pressentie! De ceux qui avaient réclamé sa crucifixion ou y avaient applaudi, certains se sont frappé la poitrine en revenant du Calvaire! Pierre et les Apôtres le clameront à la Pentecôte: c’était déjà, dans une infinie discrétion, l’immense Réalité: ce sommet de l’Amour que venait de vivre Le Fils de Dieu devenu L’Un des nôtres était la Splendeur dont l’avant-goût révélé à la Transfiguration n’était qu’un bien pâle reflet! Il réalisait dans notre humanité la réplique de l’abîme d’amour en lequel, en une immense joie, Fils éternel du Père, Il est relié à Lui en Se donnant en retour du Don qu’Il reçoit d’être Son Fils, en plénitude de sa Divinité!

Alors, s’Il est venu ainsi vivre parmi nous cette Splendeur en un Corps et une Âme d’homme, c’est pour nous faire ce Don inestimable, nous relier, nous ouvrir au bonheur d’être plongés dans cet Abîme d’Amour. Il partage tout avec nous! Image du Dieu invisible, Premier-né avant toute créature, Il a tout créé. Nous Lui devons tout, Lui en qui tout subsiste. Mais, par Sa Venue parmi nous, Il est venu, par Son Amour tellement plus grand, nous arracher aux ténèbres de notre péché et nous faire entrer dans Son Royaume. Ainsi, nous apprenant à lutter contre l’égoïsme qui nous stériliserait, Il nous entraîne à L’imiter, Se met à notre Tête, nous transfigure pour que nous devenions Son Corps, l’Église. Il nous rend capables d’avoir part, dans la Lumière, à l’héritage du Peuple Saint. Il nous réconcilie en faisant la Paix par le Sang, l’Amour de Sa Croix!

Ses Choix au désert, Sa Passion et Sa Résurrection, Sa Gloire, Sa Puissance exercée à travers ses Apôtres dès la Pentecôte, nous les suivrons pas à pas en célébrant le Mystère Pascal. Aujourd’hui, à travers l’ignominie et la Splendeur de Sa Croix, nous fêtons le Sommet de l’Amour qu’Il y a vécu et la perspective qu’Il nous ouvre. Apprenons à L’accueillir comme Le Roi qui nous saisit par Son Amour. Malgré notre faiblesse et nos chutes, demandons-Lui humblement de nous prendre par la main pour nous faire mener la lutte avec Lui. Ainsi pourrons-nous être plus forts que nos égoïsmes et faire dominer l’Amour en nous. La splendeur un jour nous en éblouira! Mais dès à présent, dans le clair-obscur de la Foi, sachons mettre le point d’orgue à notre année liturgique en faisant nôtres les paroles du Psaume: « J’étais dans la Joie, alléluia, quand on m’a dit ‘Allons à la Maison du Seigneur’ »