Homélie du 12 décembre 2021 - 3e dimanche de l'Avent

Retrouver le chemin de la joie !

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Au cœur de l’Avent, la liturgie de ce dimanche de Gaudete — d’après le premier mot de l’introït grégorien — nous invite à retrouver le chemin de la joie : « Pousse des cris de joie fille de Sion. Réjouis-toi ! De tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! » (So 3, 14). Et saint Paul le répète par deux fois : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur, je le redis soyez dans la joie. Ne soyez inquiets de rien » (Ph 4, 4.6). Mais nous avons tant de raisons d’être inquiets, tristes, troublés, amers, peut-être, désespérés même par la « situation », par l’état du monde, par l’incertitude de l’avenir, par les affaires, par les scandales, par nos péchés… C’est comme s’il n’y avait plus de chemin vers le Royaume, comme si le paradis était à nouveau fermé comme après la chute, par nos fautes.

Malgré tout — car la joie fait partie de la longue litanie des « malgré tout » —, malgré tout ce qui va contre, nous sommes toujours dans la joie ! Parce que nous sommes chrétiens, la tristesse n’est pas notre lot, ce n’est pas ce que Dieu veut pour nous. Bien sûr, c’est difficile ; parfois, c’est plus fort que nous, mais il ne faudrait jamais s’accoutumer à la tristesse ; il ne faudrait jamais céder au désespoir. Rappelez-vous dans quelles circonstances des prophètes, comme Sophonie, invitent Israël à la joie : ils ne s’adressent pas à un peuple pour qui tout va bien, confiant dans ses princes, sûr de lui et dominateur, qui n’a besoin de personne et surtout pas d’un Sauveur, à un moment glorieux de son histoire ! Non, ils s’adressent à un peuple qui va mal, qui traverse une mauvaise passe, à une société, dirait-on aujourd’hui, « malade », où tous les commandements ont été bafoués, où idolâtrie, violences, mensonges, orgueil des puissants, écrasements des petits font loi. Et pourtant, il y a, au cœur même de cet effondrement, une promesse de renouveau et je dirais même de résurrection : « Le Seigneur ton Dieu est en toi … il aura en toi sa joie et son allégresse. Il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira comme au jour de fête » (So 3, 17-18). Mesurons-nous la densité de cette parole, de cette proposition ?

C’est que la Parole de Dieu n’est pas hors sol, elle est descendue du ciel, elle est entrée dans la grande Histoire des hommes et dans nos misérables petites histoires, et elle prendra de plus en plus, nous le savons, ce chemin d’humanité et d’incarnation. Car la joie qui nous est donnée et dans laquelle il nous est fait précepte de demeurer, c’est la joie de Jésus, la joie qu’il a semée dans la douleur du monde : « Je vous ai dit cela [toutes ces paroles] pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15, 11). La joie de Jésus, c’est d’abord celle d’être Fils — Fils unique du Père —, et que les enfants de Dieu que nous sommes la reçoivent ! Qu’elle soit en nous et qu’elle soit parfaite, c’est-à-dire qu’elle remplisse nos pauvres joies humaines, qu’elle comble notre vie, qu’elle en soit la forme. Quand nous accueillerons pleinement cette joie, quand nous en vivrons, quand nous en témoignerons vraiment, alors nous n’aurons plus aucune raison d’être inquiets, bien au contraire : « Ni la mort ni la vie, ni le présent ni l’avenir, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rm 8, 38-39), rien ne pourra nous enlever cette joie de savoir qu’il reviendra, qu’il est là.