Homélie du 14 décembre 2003 - 3e DA

Rien de plus que cela

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Nous sommes à la mi-Avent! À mi-chemin dans notre marche vers Noël, vers notre rencontre avec le Christ Sauveur. Nous avons donc parcouru la moitié du temps que l’Église met à notre disposition pour nous préparer à cette fête. Il nous reste un temps égal pour disposer notre cœur à accueillir la grâce de Dieu. Au cœur de cette attente, par trois fois, une question est posée dans l’Évangile de ce jour, notre question: Que devons-nous faire?

Et voilà que sur les bords du Jourdain, Jean répond:

«Que celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas, que celui qui a de quoi manger fasse de même.» Aux collecteurs d’impôts, il demande de se satisfaire de la marge fixée, et aux soldats de se contenter de leur solde et de ne faire ni tort ni violence à personne!

Voila, c’est tout… Que dire… Rien de plus que cela!

Dans l’attente de notre Sauveur, impatient et heureux de cette venue, prêt, peut-être, à nous dépasser, à aller plus loin… Cette réponse a de quoi surprendre.

Remontons, frères et sœurs, pour le comprendre, le temps de notre Révélation: La surprise, celle de Naamân le Syrien dont nous parle le livre des Rois (2 Rois 5, 1-14). Ce chef de l’armée du Roi d’Aram, proche du Seigneur, fut un jour lépreux. Souffrant, il sut, grâce au conseil d’une jeune fille d’Israël, se tourner vers le Seigneur et son prophète Élisée. Mais les conseils d’Élisée parurent ridicules et méprisables à Naamân. Pourtant, que disait le prophète par rapport à cette lèpre? «Va te baigner sept fois dans le Jourdain, ta chair redeviendra nette». Rien de plus que cela. Mais Naamân s’attendait précisément à plus. Le mal est trop grand, la force qui doit se manifester mérite mieux, assurément. Et c’est déçu, plein de colère qu’il prendra la décision de repartir chez lui. Cette colère qui s’oppose à la manifestation du Seigneur. Il faudra la sagesse de son serviteur pour le persuader: «Mon Père, si le Seigneur t’avait prescrit quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait? Combien plus, lorsqu’il te dit: Baigne toi et tu seras purifié». Vous connaissez la fin de son histoire: sa chair redevient nette comme la chair d’un petit enfant. Il était guéri. Sa joie et son action de grâce emplissent désormais son cœur comme la réponse de l’homme à la délivrance divine et mystérieuse du mal.

Ainsi les conseils de Jean-le Baptiste, pouvant nous paraître timides, sont ici prophétiques. Conseiller de ne faire «que cela» ne réduit en rien la marche qui doit être la nôtre mais bien plus sûrement l’oriente. Ce chemin renvoie chacun à lui-même dans la lumière de l’Esprit. C’est un chemin de conversion: le Baptiste, dans l’Évangile, ne demande à personne de renoncer à sa fonction, de changer de métier, pas même aux soldats. Il dit à chacun de ne pas occuper tout l’espace créé par leur désir: «N’exigez pas, contentez-vous de, partagez». Il ne met pas en cause le désir lui-même, constitutif de l’homme, mais il invite à ne pas céder à tous ces caprices pour ouvrir un champ libre dans lequel pourra avoir lieu la rencontre de l’autre, et en particulier de cet autre qu’est Jésus. Mais Jean va plus loin. C’est un prophète, il parle comme un prophète, de manière énigmatique. Il annonce celui qui doit venir. Ce sera un juge puissant auquel tout le respect est dû. Puissant certes mais qui, dans l’enfant de la crèche, a pris le vêtement de la faiblesse.

C’est pourtant dans l’Esprit Saint et dans le feu qu’il nous baptisera. La force même de Dieu se répand dans nos cœurs et de cette source inépuisable jaillira tout bien que nous pourrons accomplir. Certes, il ne faut pas négliger les résistances qui, en nous, entravent l’action de l’Esprit de Dieu et c’est pourquoi l’enseignement de Jésus sur la justice vaut encore et combien! Mais que serait la justice sans l’amour? La bonne nouvelle du don que Dieu nous fait: la venue de son fils, l’effusion de son Esprit, se réaliseront pour nous si, comme Jean, nous reconnaissons dans l’humilité, le Fils qui vient et l’Esprit qui nous est donné. La réconciliation avec le Seigneur est un don gratuit qui n’attend que notre acquiescement.

Notre vraie grandeur est de faire dans notre vie, la place de plus en plus grande à la présence de Dieu. Laissons nous habiter par lui et marchons vers sa lumière.

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