Homélie du 17 août 2003 - 20e DO

SAGESSE:Manger La Chair du Fils de l’Homme?

par

fr. Bernard Autran

Jésus S’était proclamé le Vrai Pain de Vie: celui qui en mange ne mourra pas, mais vivra éternellement! Don du Père, s’Il vient transfigurer notre vie, c’est, plus profondément que ce qui paraît en notre vie présente, nous ouvrir à une immense Réalité. Il ne s’agit pas moins que de dépasser nos pauvres limites pour entrer dans Son Monde à Lui! Aujourd’hui, nous sommes invités à réaliser plus concrètement que cette communion à Lui passe par Sa Réalité Humaine, Sa Chair, Son Sang qu’il nous faut absorber, nous en nourrir.

La liturgie nous a évoqué au livre des Proverbes la Sagesse attentive avec laquelle Dieu prépare le Festin auquel Il nous convie. Il a bâti la Maison, sculpté sept colonnes, tout apprêté pour la table. Il invite à manger Son Pain, à boire Son Vin. C’est dire qu’Il veut partager cette Sagesse, faire vivre authentiquement. St Paul va dans le même sens. Il appelle à vivre comme des sages au milieu de son époque, comme en la nôtre, à comprendre quelle est la Volonté du Seigneur. Ne pas chercher à être heureux en ne cherchant qu’à jouir, mais, dans L’Esprit, à Lui rendre Grâces en chantant ses louanges, et en faisant rejaillir sur les frères ce qu’on a reçu.

Mais la Source, la véritable manière dont Le Seigneur a dressé la Table où Il nous nourrit de Sa Sagesse est le Don de Son Fils. S’il est question de chair donnée, et en nourriture, de Sang qui doit être bu, c’est que tout passe par la réalité bien concrète de Son Humanité. Le Feu d’Amour qu’Il vit de toute éternité en réponse à Son Père ne peut nous être vraiment découvert qu’en nous montrant la manière dont Il l’a traduit dans Sa Vie humaine. Nous ne savons pas ce que les disciples de Capharnaüm on pu saisir. Mais St Jean écrit pour les chrétiens à qui toute la carrière de Jésus a été décrite. Parler de Chair et de Sang évoque l’Amour qu’Il a vécu en son existence, mais surtout combien Sa Réponse d’Amour à Son Père s’est traduite par le Don de Lui-même jusqu’à la Croix! Chair livrée, Sang versé, c’est l’immense Force de l’Amour qu’Il a vécu pour triompher de la férocité des hommes, cette Force d’amour en laquelle Il nous entraine pour nous faire porter un fruit de joie!

Mais surtout St Jean veut nous faire entrer plus profondément dans le mystère de l’Eucharistie. Les Synoptiques ont donné le récit de la dernière Cène, lui ne l’a pas repris, mais il s’adresse à des gens qui, sur son ordre, se réunissent pour refaire en Sa Mémoire ce qu’il y avait accompli. On dirait que c’est jusqu’à l’obsession, Il insiste, redit « manger la Chair » et « boire le Sang », n’est-ce pas pour faire sentir combien la Communion à Lui, l’accueil de Son Amour pour recevoir la force de le vivre à notre tour, cela passe surtout par Le Grand Sacrement? Si nous pouvons à tout instant communier à Lui dans notre Prière personnelle, si nous savons qu’Il est au milieu de nous quand deux, trois ou plus, nous nous réunissons pour prier en Son Nom, c’est dans l’Eucharistie que sommes en contact quasi physique avec Lui, Son Corps glorieux de Ressuscité!

Alors, laissons-nous impressionner par cette insistance: «Si vous ne mangez pas la Chair du Fils de L’homme, si vous ne buvez pas Son Sang, vous n’aurez pas la Vie en vous!» «Qui mange… boit a la Vie Éternelle, et Moi Je le ressusciterai.» «Ma Chair est la Vraie nourriture… » «Qui mange… boit demeure en Moi et Moi en Lui!» N’est-ce pas la raison profonde du grand appel que nous adresse l’Église à nous assembler chaque dimanche pour l’Eucharistie? Cela avait été maladroitement exprimé dans le registre de l’obligation sous peine de sanction! Certains venaient à la Messe par peur d’une punition! cela les empêchait de saisir l’essentiel: ce à quoi ils étaient conviés était un rendez-vous d’amour. Et on avait mis tant de conditions pour pouvoir communier que beaucoup ne le faisaient que rarement ou pas du tout! En bien des messes seul le prêtre le faisait! Heureux décret de Pie X qui en a ouvert le chemin aux enfants!

Aujourd’hui la tendance est inversée. Beaucoup communient qui ne rempliraient pas les conditions légales. Mais seul un état de péché conscient s’y opposerait, ce qui, heureusement, n’est souvent pas le cas! Mais attention! le geste seul est absolument insuffisant! « La chair n’est capable de rien », dira Jésus. Ce n’est qu’en recevant avec Foi Le Corps et Le Sang de Jésus qu’on communie vraiment à Lui. Et cette Foi n’est-elle pas sous-tendue par le souci qu’on a de ne pas se séparer de ses frères si on s’abstenait de les rejoindre le dimanche?

Frappés par l’insistance à dire: « Manger … boire », comment comprendre que si longtemps l’Église Romaine ait si longtemps réservé le calice au célébrant? Bien sûr, avec le pain seul, il est dogmatiquement vrai qu’on reçoit Le Christ entier en Son Corps Glorieux. Mais en Le recevant sous les deux espèces ne proclame-t-on pas mieux que Son Amour actuel est celui en lequel Il est allé jusqu’à livrer Son Corps, verser Son Sang?

N’est-ce pas ainsi que nous nous préparons à accueillir les Dons de La Sagesse Divine qui veut éclairer toute notre vie? Bien sûr, nous ne communions à la Table du Pain et du Vin qu’après l’avoir fait à celle de la Parole. Cette écoute demande à être préparée et prolongée par la prière personnelle et la méditation de la Sainte Écriture. Mais puisque Le Seigneur Jésus a voulu venir en nous par Son Eucharistie, n’est-ce pas pour nous faire comprendre? Ne pas, selon St Paul, vivre comme des fous, mais comme des sages au milieu d’un monde qui a souvent perdu ses repères, comprendre quelle est la Volonté de Dieu, se mettre à sa vraie place devant Lui en Lui rendant grâces, devant ses frères en les faisant bénéficier de ce qu’on a eu la joie de recevoir, de cela la Source n’est-elle pas l’Eucharistie? Avec Jésus, goûtons-y combien Bon est Le Seigneur!