Homélie du 28 janvier 2024 - Fête de saint Thomas d'Aquin

Avec saint Thomas connaître le Christ

par

fr. Olivier de Saint Martin

Croix de cendre. C’est un thriller médiéval édité en août dernier qui évoque la cité de Toulouse dans une période marquée par la guerre, la grande peste et une crise de l’Église. Le mal y semble omniprésent. L’un des personnages centraux est un dominicain doté d’une forte corpulence, d’une intelligence fulgurante et du désir de servir l’Église. Ce sont là quelques-unes des caractéristiques de Thomas d’Aquin. Mais voilà : le grand inquisiteur du roman est un esprit froid et manœuvrier. On ne trouve pas trace, en lui, de l’œuvre de la grâce, cet amour que Dieu répand dans notre cœur et qui fait grandir en nous l’enfant de Dieu. Quelle tristesse que de voir ce personnage rater l’essentiel !

Et je m’interroge : est-ce que je permets à la grâce d’agir en moi ? Et je regarde frère Thomas, devenu saint Thomas. Au départ, c’était un homme comme vous et moi. Mais il a pleinement accueilli la grâce, coopérant sans réserve avec elle. Son humanité, alors transformée, est devenue comme un reflet de la gloire du Seigneur… Cela nourrit mon élan vers Dieu, pour que je m’appuie un peu plus sur le Christ qui nous dit : Sans moi, vous ne pouvez rien faire.

Qu’a donc fait Thomas pour être ainsi transformé et qui pourrait me servir ? Il a notamment cherché la Vérité, non pas une vérité conceptuelle, mais Celle qui est une Personne, le Christ. Pour l’aimer et le faire connaître. De l’âge de 8 ans à la fin de son existence, sa grande question était : Qu’est-ce que Dieu ? Ayant reçu le talent d’une intelligence exceptionnelle, il l’a fait fructifier, travaillant sans relâche pour ne pas s’arrêter à des saisies trop partielles de la richesse insondable du Christ.

Conscient que nulle intelligence ne peut saisir, à elle-seule, le mystère caché depuis toujours en Dieu, il a étudié ce que les autres en disaient. Convaincu qu’il n’y a aucune connaissance qui soit absolument fausse et ne contienne une part de vérité (cf. ST, IIa-IIae, q. 172, a. 6), il a scruté tous les auteurs, faisant aussi droit, selon le mode du débat médiéval, aux objections qui pouvaient être faites à la foi.

Frères et sœurs, si notre intelligence est faite pour la Vérité et donc connaître Dieu, nous pouvons tirer de nouvelles questions : Quelle place et quel temps donnons-nous à la lecture de la Parole de Dieu, à l’approfondissement du mystère de la foi ? Quelle place laissons-nous au débat courtois qui écoute les arguments, les objections des autres pour mieux avancer sur le chemin de la Vérité ? Combien cela nous éloignerait des invectives modernes où l’on semble moins chercher la vérité qu’à imposer notre pensée à coup de punchlines !

Mais ce n’est pas tout. Confiant en la réalisation de la prière du Christ pour que ses disciples soient consacrés par la Vérité, frère Thomas a prié pour que l’intelligence lui soit donnée, que l’Esprit de sagesse vienne en lui pour avoir une idée qui soit à la mesure des dons de Dieu et ainsi en parler avec justesse. Chercher à connaître le mystère de Dieu n’est jamais séparable de la prière qui nous rend intimes avec lui. Ce ne sera jamais fini : nous ne sommes unis et ne connaissons qu’imparfaitement Dieu sur cette terre, comme s’il restait toujours un peu un inconnu (cf. ST, Ia, q. 12, a. 13, ad 1).

Frères et sœurs, laissez-moi vous redire cette grande et belle Vérité : chacun de nous est fait pour Dieu. Dieu s’est fait homme pour nous diviniser, pour que nous le connaissions et pour que nous puissions le contempler face à face. C’est là notre bonheur. Chercher à le connaître, c’est se préparer à l’accueillir. Saint Thomas l’avait saisi et a mis dans cette quête toute son intelligence et son cœur. C’est là sa sainteté. Sur son lit de mort, il a prononcé ces paroles : Jésus, que maintenant je vois comme voilé, quand sera ce que tant je désire : te voir à visage découvert et être heureux par la vision de ta gloire ?

Et si, par son intercession, ce désir et cette quête devenaient nôtres pour que, chacun, nous devenions ce que nous sommes aux yeux de Dieu ?