Homélie du 1 janvier 2008 - Solennité de Marie Mère de Dieu

Sainte Marie Mère de Dieu

par

fr. Augustin Laffay

Une curieuse pudeur empêche nombre de chrétiens, souvent parmi les plus fervents, de se réjouir comme il conviendrait pour le nouvel an. Vous avez dû entendre, vous aussi, ces personnes, ces frères trop bien intentionnés qui vous disent: «Fêter la bonne année, c’est païen, ça ne signifie rien; c’est uniquement une opération commerciale, l’occasion de ripailles!» Je le concède – c’est évident – la nuit du 31 décembre au 1er janvier offre en général le spectacle peu réjouissant d’une saoulerie collective, d’une hystérie généralisée. On ne vous blâmera pas de refuser de vous trémousser jusqu’à point d’heure! Mais il n’y a pas que cela. Un usage ancien veut que l’on cite un millésime en le faisant précéder de l’expression latine in Anno Domini (l’An du Seigneur). Chaque année nous est donnée comme une grâce, un don du Seigneur, du Maître du temps et de l’histoire alors allons plus loin…

L’église demande que l’on fête solennellement, le 1er janvier, la Vierge Marie Mère de Dieu. Elle ne le demande pas pour opposer un contre-feu édifiant aux spectacles paillards des cabarets! Elle le demande pour deux raisons très simples à comprendre:

le 1er janvier marque la fin de l’octave de Noël, de ces huit jours où se déploie un unique mystère: Dieu est avec nous; Il s’est fait Emmanuel. Ces huit jours de fête qui courent du 25 décembre à aujourd’hui sont comme le 1er jour de la re-création de l’homme par Dieu. Si Dieu est avec nous, qu’avons-nous à craindre? À Bethléem, le ciel a touché la terre; le royaume advient; nous entrons dans l’éternité de Dieu. Ce mystère de l’Incarnation associe étroitement l’Enfant Dieu et sa mère. Contemplez le spectacle de la crèche: les têtes de Marie et de Jésus sont trop proches pour que leurs auréoles ne se confondent pas. Le 25 décembre, on a chanté toute la nuit Jésus, l’Emmanuel; il est juste, au terme de l’octave de chanter Marie, sa Mère. L’épître de saint Paul aux Galates que nous avons entendue le dit avec une grande force et une grande concision: «Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils; il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi juive pour racheter ceux qui étaient sujets de la loi et pour faire de nous des fils.» (Ga 4, 4-5). Tout est dit en quelques mots: cet Enfant est le Fils de Dieu; il est né de Marie; il nous rachète pour faire de nous des fils.

– Mais il y a une deuxième raison de se réjouir le 1er janvier. Cette date n’est pas seulement un événement qui se produit sans intervention de notre part; elle est l’occasion – pour l’église et pour chaque chrétien – d’un acte accompli volontairement. Or vous le sentez bien, un premier acte a toujours une importance capitale. Bien commencer, c’est se donner toutes les chances pour bien continuer. Le premier acte d’Ève, dans la Genèse, a été de dire «non» à son Créateur; ce «non» a inauguré la tyrannie du mal sur le monde. Le premier acte de Marie, a été au contraire un «oui» limpide et définitif donné à Dieu: «Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole.» (Lc 1, 38). Nous sommes les enfants d’Ève et les enfants de Marie. En ce premier jour de l’année, nous avons à faire le choix d’Ève ou le choix de Marie. Ça ne marchera pas de manière magique: il ne suffit pas de dire «Fiat! Seigneur, que ta volonté soit faite» pour que vous trouviez magiquement du travail, que vos enfants soient sages, que vos parents soient raisonnables, que l’argent s’entasse sur votre compte bancaire… Mais si vous vous comportez dès aujourd’hui en véritable enfant de Marie, en frère du Seigneur Jésus, dans une grande docilité à l’Esprit saint, vous êtes aujourd’hui dans la bonne direction. Le cœur de Notre Père est grand ouvert, il attend que nous nous jetions en lui. Puisse cette année, être l’année d’un consentement de plus en plus profond au dessein d’amour de notre Dieu, à l’imitation et avec l’aide de la Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère.