Homélie du 27 juillet 2025 - 17e dimanche du T.O.

Seigneur, apprends-nous à prier

par

fr. Ghislain-Marie Grange

Comment accéder à Dieu ? Est-ce vraiment si facile ? Nous nous souvenons de Moïse qui, dans le livre de l’Exode, n’ose pas s’approcher du buisson ardent, manifestation évidente de la présence de Dieu. Et la stratégie très orientale d’Abraham pour infléchir le cœur de Dieu ne se comprend que par son manque d’assurance. Comment négocier avec Dieu sinon pas à pas ? Dieu est le très saint dont l’homme ne peut s’approcher qu’avec un infini respect.
Même si nous n’avons pas peur de prier Dieu, nous sentons bien que cette démarche est délicate, qu’elle ne peut pas être tout à fait comme les demandes que nous formulons à nos proches.
Au-delà de quelques rares éclairs mystiques, la prière s’enferme vite dans le monologue. Quant à ses effets, à l’exception de quelques miracles toujours bienvenus, ils apparaissent rarement à nos yeux.

Malgré ces difficultés, l’homme éprouve un besoin vital de prier. Il doit prier car il voit que son action est très limitée et que seul Dieu peut résoudre les problèmes du monde pécheur. Il doit prier car il pressent que son existence ne se limite pas à quelques courtes années passées sur terre. Et si l’on met de côté l’homo technicus des dernières décennies qui, le smartphone à la main, croit son avenir assuré, l’homme a toujours prié. Même le chasseur-cueilleur du paléolithique offrait des animaux à la divinité. Mais a-t-il vraiment réussi à obtenir quelque chose ?

Pour obtenir le seul bien qui importe à l’homme, c’est-à-dire le salut et le bonheur, il faut que Dieu vienne lui-même à son secours. Alors il ne lèvera plus vainement les mains vers le ciel, mais il obéira au commandement de Dieu qui veut lui octroyer ses bienfaits par la prière.
Et pour une fois, les disciples ont tout compris. Pour une fois, ils sont dans le coup. Pour une fois, l’un des disciples (on ne sait pas lequel) prononce la phrase qu’il faut : « Seigneur, apprends-nous à prier. »
Car la prière s’apprend. Elle ne s’apprend pas à l’école comme la lecture ou les mathématiques. Elle ne s’apprend pas par quelques techniques comme la méditation orientale ou par quelques formules comme la magie. Même une semaine d’exercices spirituels de saint Ignace n’est qu’un premier pas dans l’apprentissage de la prière. La prière s’apprend en suivant le Christ, qui lui-même passait de longues heures en prière. La prière, c’est la respiration de la vie chrétienne, disait Jean-Paul II.

Car qu’est-ce que le Notre Père sinon un résumé de toute notre vie chrétienne et de toute prière ? Nous demandons à Dieu que son règne vienne : c’est le but du chrétien. Nous demandons à Dieu le pain quotidien, à la fois le pain matériel pour nourrir notre corps et le pain spirituel pour nourrir notre âme. Ils nous permettent d’avancer dans notre existence. Nous demandons à Dieu de nous pardonner nos péchés et de nous délivrer du mal, c’est-à-dire de retirer les obstacles qui nous ralentissent.
La prière est donc pour une part extrêmement facile : elle n’est que l’expression orale des besoins de notre vie chrétienne. Demandez et vous recevrez. Et combien de saints n’ont eu qu’à lever le petit doigt pour obtenir d’immenses bienfaits de la part de Dieu. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait commandé de la neige pour sa prise d’habit au mois de mars et l’avait obtenue. Ou de manière plus sérieuse, elle avait obtenu la conversion d’un grand criminel à la veille de son exécution. Les saints ont obtenu des guérisons, des miracles et bien sûr des conversions. Nous qui sommes bien plus éloignés de Dieu trouvons la prière beaucoup plus difficile.
Et en effet, elle est ô combien difficile. Car elle ne se résume pas à l’expression verbale de quelques caprices mais elle doit être l’expression de toute notre foi, de notre espérance et de notre charité. C’est pourquoi la prière exige une grande persévérance. Dans une autre parabole sur la prière, celle du juge inique (Lc 18, 1-8) Jésus explique qu’il faut prier sans se lasser. Sans se lasser, cela peut être des années.
Apprendre à prier c’est donc apprendre à vivre en chrétien. Le Notre Père est comme un diapason qui nous permet de vérifier la justesse de notre prière mais aussi de toute notre vie chrétienne. Si nos actions sont en conformité avec les paroles du Notre Père, alors notre vie est véritablement chrétienne.
C’est pourquoi nous récitons si souvent le Notre Père comme un concentré de toute prière. Ne nous lassons pas de le répéter pour que petit à petit notre vie s’accorde à notre voix, pour que nos paroles imprègnent notre existence et que notre existence se nourrisse de la prière. Pour que le règne de Dieu advienne dans le monde et dans nos existences.

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