Homélie du 16 novembre 2025 - 33e dimanche du T.O. - 9e journée mondiale des Pauvres

Seigneur, c’est Toi mon espérance

par

fr. Gilles Danroc

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« Voici que vient le Jour du Seigneur, il brûle comme une fournaise. » Voici l’ultime prophétie de l’Ancien Testament, à 4 versets du Nouveau ! Dimanche prochain, nous dirons avec encore plus d’insistance : « Que Ton règne vienne » pour clore notre année liturgique. Le prophète Malachie récapitule toutes les prophéties qui annoncent un avenir qui vient de Dieu, un bouleversement de nouveauté qui passe par la clarification de la vie du monde si embrouillé.

Un feu ça brûle ou ça brille, ça détruit ou ça éclaire. Le Jour du Seigneur brûlera les arrogants et les impies. Qui sont-ils ? Ceux qui veulent prendre les premières places et dominer ceux qui sont en-dessous jusqu’à les détruire. Ils sont proches des impies qui prennent la place de Dieu, les gourous des idoles à leur service comme Mammon, le dieu de l’argent ou comme César, le dieu du pouvoir. Mais le Jour du Seigneur brille comme un jour de justice qui guérit les craignant-Dieu, ceux qui veulent aimer Dieu en retour car ils reconnaissent que Dieu les a créés et les aime en premier. Ils savent humblement leurs faiblesses, leurs limites, leur vulnérabilité. Marie reprend cette prophétie dans son Magnificat : « Il disperse les superbes et renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. »

Mais la vie humaine est plus compliquée que ces deux camps, les arrogants et les petits. À bien regarder nos vies, il y a des pointes d’arrogance et des reconnaissances d’humilité dans le cœur de chacun. Que vienne le Jour du Seigneur pour brûler l’arrogance et faire grandir l’humilité.

Dans la foi de l’Église, nous affirmons que Jésus vient accomplir les prophéties. Dans l’Évangile de ce jour, il réalise trois moments prophétiques dans sa propre vie où il porte à sa plénitude la Parole de vie pour son peuple.

Première prophétie, le temple de Jérusalem sera détruit — jusqu’à ce jour — par l’armée romaine aux ordres de Titus 40 ans après la Pâque du Seigneur en l’an 70. Mais comme l’annonce Jésus lui-même cette prophétie est à double détente car il prophétise le « passage » du temple de pierre au « sanctuaire de son corps » (Jn 2, 18-22).

Deuxième réalisation, la plus spectaculaire, la liste grandiose des catastrophes. Mais ce qui est annoncé n’est-il pas l’aujourd’hui de l’humanité qui va d’une guerre à l’autre dans un enchaînement infernal de catastrophes et de famines ? L’Évangile dénonce ici la violence du monde que Dieu n’a jamais voulue ou même utilisée. La violence destructrice est l’œuvre de l’homme arrogant et impie depuis Caïn meurtrier du premier mort de l’humanité, son frère Abel (Gn 4). Prophétisant la fin des temps par la catastrophe, Jésus dénonce la violence autodestructrice de l’humanité dans son histoire qui la conduit à sa propre fin. Aujourd’hui, enfin, l’Église catholique a pu éclairer son histoire au milieu des nations à l’aube du XXIe siècle. Le pape Jean-Paul II a déclaré que l’Église ne peut prendre des moyens violents ou de domination pour imposer l’Évangile. Car la foi se propose à des libertés. Dans le même mouvement, le pape a demandé « repentance » pour toutes les fois où l’Église l’avait fait.

Jésus, la Parole de Dieu faite homme, a ainsi clarifié l’histoire de l’humanité jusqu’à sa fin. Il annonce ainsi que les trois « moments » de la vie : l’origine, la Pâque du Christ Sauveur et le Royaume de Dieu sont des actes d’amour de Dieu pour ce « monde qui passe ». Et saint Augustin fait commencer l’Église « depuis Abel ». Elle apprend que Dieu lui-même « écoute le sang d’Abel qui crie du sol » (Gn 4, 10).

La troisième prophétie, peut-être la plus terrible et la plus bouleversante, annonce le moment le plus intense de l’histoire qui désigne véritablement le Jour du Seigneur qui vient comme un feu qui brûle et qui brille. Mais avant tout cela « on vous persécutera à cause de mon nom » (Lc 21, 12) que nous venons d’entendre. La persécution de ceux qui suivent Jésus est l’œuvre maximale du mal et du Malin. Elle s’insinue dans les consciences, elle influence et diffuse le mal dans les familles par la plus grande perversité de l’arrogant et de l’impie : la dénonciation.

C’est ainsi que Jésus a été injustement condamné par le châtiment réservé aux esclaves et a été crucifié entre deux brigands.

La lumière de l’amour de Dieu, ce soleil de justice qui guérit, dénonce la violence mortifère de l’humanité qui, en crucifiant Jésus porte l’autodestruction à son comble « car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le pardon demandé par Jésus à son Père renverse l’histoire du monde vers le Royaume : « L’envoyé du Père accomplit sa volonté à Gethsémani » et ouvre, en étendant ses bras sur la croix, le Royaume à la multitude des petits et des humbles. Ils ont répondu comme ils peuvent à l’amour de Dieu. Alors il les accueille dans sa résurrection.

L’évènement pascal, le Jour du Seigneur, éclaire et manifeste à jamais l’histoire du monde. Voilà pourquoi les puissants de ce monde, les trois pouvoirs : politique, économique et religieux, Pilate, Hérode et Caïphe, se sont entendus pour éliminer Jésus. Et par voie de conséquence ceux qui suivent Jésus, qui vivent de l’amour et du pardon de Dieu au milieu du monde : « Ne vous étonnez pas, dit saint Jean, si le monde vous hait. » Et la Pâque, le passage à travers la mort, de Jésus crucifié inverse le mouvement de l’histoire qui allait de la vie à la mort en un chemin qui va de la mort à la vie. Ce chemin qu’est précisément la Vérité de la Parole de Dieu pour le monde, la vie de Jésus crucifié et ressuscité.

Aussi, continue saint Jean : « Nous — entendez ceux qui suivent Jésus, à la fois personne et communauté Église — nous savons — de pratique et d’expérience — que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères… » (1 Jn 3, 11-15).

La fraternité fondée sur l’évènement pascal de Jésus — unique sauveur du monde — manifeste la mission principale de l’Église dans son rapport au monde : révéler la vérité du monde et sauvée par Dieu par sagesse et par amour. Être témoin en acte et en vérité de cet amour de Dieu qui aime la fraternité. Chemin qui conduit de la mort à la vie, de la violence à la douceur. Et ce chemin c’est le Christ, vérité et vie. Ce chemin est un passage, une pâque, une traversée de la mort comme la traversée du désert…

C’est ainsi que le Jour du Seigneur, la lumière de l’Évangile éclaire la présence du Seigneur et précise ce chemin en proclamant le mystère de la foi : nous annonçons Ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons Ta résurrection, nous attendons Ta venue dans la gloire.

Cette « attente » n’est pas simplement passive même si le Ressuscité est à l’initiative et au terme de l’ouverture du Royaume de Dieu : nous attendons que se réalise cette bienheureuse espérance, l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur.

Le Jour du Seigneur prophétisé par le prophète Malachie s’est bien réalisé lors de l’évènement pascal de Jésus le Christ. Cet évènement pascal devient le temps de passage de la mort à la vie. Ce « passage » conduit au Royaume de Dieu et « nous ne savons ni le jour, ni l’heure, pas même le Fils, seul le Père » (Mt 26, 31). Ainsi l’évènement pascal est le temps du chemin qui conduit de la mort à la vie.

La croix brille comme ce soleil de justice qui guérit de l’arrogance et de l’impiété par le pardon du Père dans la douceur de l’Esprit Saint. La croix brille du don de la Résurrection de Jésus, lumière sans déclin qui ouvre le chemin.

Le soleil de justice dénonce l’injustice de la violence des hommes qui ne savent pas ce qu’ils font quand « l’homme tue l’homme ». La violence mortifère ne vient pas de Dieu mais de l’humanité quand elle refuse la Parole de Dieu et l’Alliance avec son peuple.

Aujourd’hui, journée mondiale des pauvres, dans son message le pape Léon XIV inscrit ce chemin « à partir des plus pauvres » dans la tradition vivante de la charité qui va de l’évènement pascal au Royaume de Dieu. Ce chemin qui va de la mort à la vie est annoncé par les plus pauvres, au plus bas de la société, par leurs vies brisées et broyées. Ils dénoncent cette violence du monde qui les jette au fond du trou.

Le message de l’Église au monde ne sera crédible que si la communauté chrétienne locale établit des relations durables, mutuelles, avec les invisibles de nos sociétés devenues arrogantes et vouées aux idoles de l’argent et du pouvoir. Le règne de l’individu conduit à la lutte de tous contre tous. Cette lutte pousse les plus petits, les plus vulnérables, dans les marges de l’échec permanent. Or c’est précisément dans cet échec que le monde de la réussite ne veut pas voir que les plus pauvres témoignent en à peine quelques mots que j’ai entendus en Haïti et ici à Toulouse : « Si je suis vivant, c’est grâce à Dieu. » Ils disent le fondement de notre espérance chrétienne, là où s’ouvre le chemin qui va de la mort à la vie.

Chemin du salut où s’efface l’arrogance et où le mépris devient dérisoire, triste mensonge de ceux qui pensent et parlent sans connaître. Chemin de salut où précisément toutes les caricatures de Dieu, l’attirance des idoles et l’artifice des influences n’ont plus aucune consistance. Car Dieu se révèle comme Celui qui a vu la misère de son peuple (Ex 3, 7) et Il envoie Moïse dans une mission de libération que Dieu accompagnera pas à pas. Voilà pourquoi Jésus nous dit de ne pas avoir peur de notre défense et même de nous-mêmes quand nous marchons sur ce chemin. Seules les précautions de la charité sont à respecter : ne pas agir seuls mais en Église car l’Esprit Saint rassemble ceux que la souffrance et la misère isolent. Agir dans la prière sous le regard de Dieu. Là, dans cette communauté inespérée, peut naître la joie comme celle des enfants qui jouent avec rien dans les bidonvilles du monde. Une joie que nous sommes en train de perdre car elle ne s’achète pas. Là Marie chante le Magnificat car Dieu joue avec les plus petits et élève les humbles. Là le soleil de justice guérit de ses rayons les invisibles de nos sociétés et fait briller leur dignité que personne ne peut leur enlever : la dignité d’enfants de Dieu.

Là Jésus exulte de joie car son Père se révèle aux tout-petits : « Venez à moi quand la vie est trop lourde et je vous donnerai le repos. Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 28). Là sont cachés tous les trésors de la sagesse car la douceur de Dieu est plus forte que la violence des hommes.

Textes : Malachie 3,19-20 – Psaume 97 – 2 Th 3, 7-12 – Luc 21,5-19

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