Homélie du 3 octobre 2004 - 27e DO

Serviteurs « inutiles » mais si précieux aux yeux du Seigneur!

par

fr. Bernard Autran

Ne sommes-nous pas surpris de voir ce serviteur corvéable à merci! S’il existe encore bien de pays où les travailleurs restent aussi exploités pour des salaires de misère, la législation du travail a bien évolué dans les nôtres. Mais à l’époque de Jésus on ne s’étonnait pas de ces exigences. Si sa Bonne Nouvelle va, peu à peu, faire évoluer les mentalités, Lui ne les attaque pas de front, n’apprécie ni ne conteste, Il prend seulement comme comparaison ce qui se fait chaque jour. Mais demandons-nous de quel service Il veut parler?

N’est-ce pas précisément celui de ses Apôtres: bien conscients de leur faiblesse, de l’immense disproportion entre leurs moyens et ce à quoi Il les appelle. Ils Lui demandent: «Augmente en nous la Foi »! Il s’agit de bien plus qu’une simple conviction intellectuelle, mais de cette adhésion vive à Sa Personne qui fera briller en eux un vrai reflet de ce qu’Il est venu vivre au milieu de nous. Paul est si heureux d’avoir reçu gratuitement de Lui, ce Don de Dieu qu’il a eu l’honneur d’être chargé de transmettre à son disciple Timothée. Malgré la lourdeur de la tâche et l’hostilité du monde, bien qu’il puisse être tenté de perdre cœur comme Habacuc, il sait que, même s’il faut attendre, peiner, souffrir, la Parole de Dieu se réalisera! Cette assurance vient de ce grand Don de Dieu, cette Foi dont Luc dit de la part du Seigneur: «Si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici ‘déracine-toi et va te planter dans la mer»!

Pourquoi une telle Puissance est-t-elle attribuée à la Foi? Précisément parce qu’en nous reliant à Jésus, elle nous transforme à Son Image, et, à travers Lui à celle du Père dont Il est, de toute éternité, le reflet fulgurant. Lui, Le Père, dans son insondable richesse n’est que Don. Il ne garde rien, mais comble Son Fils de Sa Splendeur. Il Lui donne tout, d’être Dieu reçu comme Lui est Dieu donné. Ceux qui ne Le connaissent pas se l’imaginent solitaire, jaloux de ses prérogatives, se soumettant ses créatures par volonté de puissance! C’est se L’imaginer à la manière d’un petit potentat humain. Mais la Bible nous avait prévenus: celui qui ne dispose que de peu de puissance a besoin de la faire sentir. Lui est trop grand pour s’abaisser à cela. Infiniment riche d’Amour, Il ne pense qu’à partager Sa Joie à Son Fils, à L’Esprit, et, pas delà, à toutes ses créatures. C’est ainsi Lui qui Se fait fondamentalement et le Premier, Serviteur de tous ceux qu’Il aime!

Ainsi ne peut-il y avoir de joie véritable qu’à l’image de celle du Fils, une joie reçue et qui rayonne. C’est souvent masqué par les conditions matérielles, mais déjà, inconsciemment, les créatures inanimées répondent à ce don en le faisant rejaillir sur d’autres. C’est ainsi que notre monde évolue depuis des milliards d’années et qu’il nous est habitable! Mais, de loin au sommet de tout ce qu’Il a appelé à la vie, les Personnes ne trouvent cette joie que librement à travers une immense reconnaissance! Au cœur de tout ce qui les conditionne, elles l’expriment, et par l’Action de Grâces, et en prolongeant le Don de Celui qui, leur Créateur, S’est fait Serviteur, en se le faisant à leur tour, de leurs frères.

S’il nous est naturel, comme en l’amour des parents pour leurs enfants, de vivre entre nous un certain amour mutuel, savoir combien Dieu nous aime et y répondre vraiment est œuvre divine. La triste expérience de l’humanité nous montre combien c’est au delà de nos moyens! Aussi, dans son désir de nous élever à rien moins qu’à être Ses Enfants, partageant la Joie de Son Fils Unique, Le Père L’a envoyé Se faire L’Un de nous. Dans une vie humaine semblable à la nôtre, Il est venu y vivre Son émerveillement du Don reçu, et Sa Réponse éperdue à Lui qui S’est fait Serviteur de Sa Joie et de la nôtre. Il l’a fait en Se donnant à Lui et à nous à travers toute Sa Vie, et jusqu’à la caricature en se livrant à la mort, et sur une Croix!

Ainsi nous révèle-t-Il le secret de toute joie véritable et nous entraîne à la vivre. S’il est anormal pour un maître humain d’exploiter ses semblables à la manière de notre parabole, notre rapport au Seigneur est aussi exigeant, mais dans un sens tout différent. Lui n’a rien à obtenir de nous à son avantage, mais Il Se fait purement notre Serviteur. Ce qu’Il exige de nous n’est que Don de Sa part: tout ce en quoi nous nous mettons à Son Service nous fait ressembler à Son Fils, nous fait briller d’une Splendeur qui est reflet de la Sienne. Son œuvre, Il aurait pu la faire autrement, mais en nous faisant l’honneur d’y travailler, Il fait de nous Ses Enfants, nous prépare à la joie de nous émerveiller éternellement, de contempler Son Visage rayonnant.

Le Don que rappelle Paul à Timothée est celui de ministre de l’Évangile, service éminent en lequel il est appelé à refléter celui du Christ. Mais nous en avons aussi tous reçu un au Baptême. Le Seigneur nous a doués de capacités diverses pour nous mettre au service les uns des autres. Ces dons sont bien peu de chose au regard de l’œuvre à accomplir! Mais ils sont transfigurés par le premier d’entre eux, la Foi qui nous fait vivre du Christ! Grâce à elle, apprenant à quelque peu refléter Son Amour, nous pouvons porter un fruit véritable. Nous aurions remué ciel et terre, nous n’aurions fait que notre devoir! Mais, si modestement que nous nous soyons faits serviteurs, c’est pour Lui infiniment précieux de nous voir ainsi commencer à Lui ressembler!