Homélie du 23 juin 2002 - 12e DO

Soyez sans crainte!

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Comme vous le savez, frères et sœurs, au terme de cette semaine, cinq d’entre nous, les frères étudiants, seront ordonnés. Témoigner de Jésus-Christ dans le monde, n’est-ce pas, frères et sœurs, la vocation fondamentale de tout chrétien? Proclamer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, n’est-ce pas l’une des tâches principales de tout ministre institué?

Cependant, frères et sœurs, pouvons-nous, chrétiens, prétendre être assez prompts à témoigner de Jésus-Christ? Ordinand diacre et ordinands prêtres qui sommes ou qui allons être institués hérauts de la Bonne Nouvelle, ne serons-nous pas constamment tentes de nous taire ou d’édulcorer le message, qui pour plaire à telle catégorie de personnes, qui pour n’avoir pas à témoigner jusqu’au bout, je veux dire jusqu’au sang? Parce que, comme le prophète Jérémie, nous serons sans cesse assaillis d’oreilles qui n’auront pas voulu du message, parce que nous serons fréquemment épiés, calomniés par ceux qui se sentiront choqués par notre témoignage (Jr 20, 8-10).

Je frémis à l’ampleur du défi. Les dangers qui nous guettent sont multiples. Car le message du Christ n’est pas un message qui laisse de tout repos: il est tranchant. Les oreilles ont parfois besoin d’autres messages. Elles souhaitent entendre autre chose: des paroles qui endorment et fascinent, des paroles qui subjuguent et emprisonnent (Jr 20, 8). Qui voudra de cette Parole dont nous sommes et serons institués serviteurs? Elle est trop provocante, trop incisive, trop blessante. Pire encore, nous ne valons pas mieux que Jérémie: nous ne savons pas parler, nous sommes des enfants, des timides, mal dégrossis, peu raffinés (Jr 1, 6).

Et comme Jérémie, nous serons tentés par le découragement, par la peur. La peur de nous faire rabrouer, la peur d’être marginalisés, d’être traités de maladroits, de fous. Mais, au fond de notre détresse, au cœur de nos hésitations, ne devons-nous pas avoir la conviction que l’Esprit de Jésus-Christ sera toujours là pour nous murmurer: «n’allez pas les craindre» (Mt 10,26; cf. Jr 1,8)?

N’allez pas craindre ceux qui vous rabrouent, qui vous mettent sur la touche, qui vous  » satanisent « ! Ne l’ont-ils pas fait pour Jésus lui-même? Ne l’ont-ils pas traité de possédé (Mt 12, 24), de fou (Mc 3, 21), de subversif (Jn 18, 30; 19, 12.21)? Ne l’ont-ils pas tué au nom de Dieu? Mais Dieu ne l’a-t-il pas ressuscité? Jésus n’a-t-il pas vaincu la mort (Mt 20, 17 ss)? Tous vos cheveux sont comptés. La Providence gouverne toute chose. N’ayez donc aucune crainte (Mt 10, 26)!

Frères et sœurs, cette exhortation fut adressée par Dieu à Jérémie presque aussitôt après qu’il l’eût établi prophète (Jr 1, 4-8). Elle apparaît dans l’Évangile de Matthieu juste après que Jésus eût commencé à associer des hommes à sa mission de rédemption (Mt 10, 26). Il guérissait les malades (Mt 14, 34 ss), apaisait les tempêtes (Mt 8, 18.23-27), remettait l’homme debout dans sa dignité d’être aimé de Dieu (Mt 9, 1-8). La moisson se montrait abondante, et il ne voulait pas tout vendanger sans le concours de l’homme. Aussi appelait-il Matthieu, un travailleur de douane (Mt 9,9). Auparavant, il avait appelé Pierre, André, Jacques et Jean, des pêcheurs de poissons qu’il transforme en pêcheurs d’hommes (Mt 4, 18 ss). Le groupe des douze est vite constitué. Et comme le fit plus tard saint Dominique pour ses frères, les apôtres sont aussitôt envoyés en mission (Mt 10, 5; cf. Mc 3, 13-19; 6, 7-11; Lc 6, 12-16; 9, 1-5; 10, 3). «Blé entassé pourrit!» Voilà frères et sœurs ce que balança saint Dominique à ceux qui voulaient qu’il retranche derrière des fortifications les tout premiers frères qui se sont joints à lui afin de les préserver du monde, afin d’en faire de pieux religieux enfermés sur eux-mêmes, parce que l’on devait faire comme ça…! Et qu’importe si les hérésies pullulent! Qu’importe si les âmes se perdent!

Ils ne sont pas du monde, mais ils sont dans le monde (Jn 17, 14-16)! Le monde, ce n’est pas seulement le Mauvais. Le monde, frères et sœurs, c’est aussi un champ immense d’âmes à labourer, à ramener à Dieu. Le monde est notre lieu de témoignage, le monde est notre lieu d’engagement.

Mais attention, la mission n’est pas une simple ballade, une simple partie de plaisirs. Elle n’est pas non plus une fuite en avant, de la dispersion, la débandade. On n’y va pas n’importe comment: il faut y aller sans bâton ni sac (Lc 9, 3)! C’est-à-dire mendiant, dans la fragilité.

On ne va pas n’importe où, il faut aller d’abord vers les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 10, 6)… Des persécutions vous attendent (Mt 5, 11 s, cf. Lc 21, 12; Ac 7, 52). Car, les enfants de la maison d’Israël vous livreront au Sanhédrin. Ils vous feront comparaître devant les rois (Mt 10, 17 s). Autrement dit, ils utiliseront tous les moyens: autorités politiques et religieuses pour vous fermer la bouche. Le disciple n’est pas plus grand que le maître (Mt 10, 24). S’ils m’ont ainsi traité, comment vous épargneront-ils? S’ils m’ont mis à mort, comment ne chercheront-ils pas à vous faire la peau (Jn 15, 20)? Mais n’allez pas les craindre (Mt 10, 26)! Ils peuvent bien vous éliminer physiquement et moralement, ils pourront bien tuer le corps, mais ils ne pourront rien contre l’âme (Mt 10, 28), Ils ne pourront rien contre le souffle de Dieu qui vous habite.

Alors parlez! Parlez en toute assurance. Ce que je vous ai dit en secret, dites-le au grand jour. Criez le message par-dessus les toits (Mt 10, 27). Témoignez de l’amour de Dieu pour les hommes. Dites que Jésus est le sauveur du monde. Dites qu’il ne veut pas d’hommes et de femmes « zombifiés », dites qu’il veut des hommes et des femmes debout, des hommes et des femmes vivants!