Homélie du 20 juin 2010 - 12e DO

Témoigner ou « vuvuzéler » ?

par

fr. Gilles-Marie Marty

Ce jour-là, les Apôtres rentraient d’une mission où Jésus les avait envoyés pour chasser les démons, guérir les malades et proclamer le Royaume. Le soir même, Jésus fait le miracle de la multiplication des pains. Puis la nuit tombe, Jésus reste seul avec les disciples, et les interroge: Les foules, que disent-elles de moi?

Les disciples sont bien placés puisqu’ils viennent de parcourir la région et de parler aux gens, sans compter les 5000 bénéficiaires du miracle. Chacun rapporte les avis entendus: Jean le baptiste, Élie le précurseur, un ancien prophète ressuscité, peut-être Jérémie: ça va un peu dans tous les sens. Si Pilate avait été là, il aurait hoché la tête: qu’est-ce que la vérité?. Il aurait raison: quand on cherche qui est Jésus, il ne sert à rien de demander leur opinion à ceux qui ne savent pas ou qui ne comprennent pas!

Et vous, qui dites-vous que je suis?: cette même question, Jésus la pose maintenant à ses disciples. Il les distingue de la foule. Il ne veut pas qu’ils répondent comme les gens, en se fiant à leurs impressions, en donnant une opinion de plus… Jésus attend une autre réponse. Les disciples ont compris. Ils se taisent. Finalement un seul parle. Ce qu’il dit, c’est bien lui qui le dit, et pourtant cela ne vient pas de lui. Pierre ouvre la bouche pour dire, non pas son opinion, mais une vérité divine. Car lorsque Pierre parle de Jésus, les mots et la pensée sont de lui certes, mais la pensée et le souffle sont de l’Esprit-Saint. La preuve, c’est que Pierre a dit une vérité infiniment plus profonde que ce qu’il en a compris sur le moment?

Ici, je dois ouvrir une parenthèse pour dire qu’il en va exactement de même quand l’Église parle du Christ. Elle ne donne pas son ‘point de vue’, elle ne propose pas une opinion de plus s’ajoutant à la cacophonie ambiante. Ne nous laissons pas égarer!

Quand les grands media parlent du Christ, on connaît le résultat. Les grands media, au fond, c’est comme les vuvuzela : il n’y a qu’une seule note (un seul son de cloche), et ça fait un bruit d’enfer, et il n’y a pas moyen d’y échapper, et en plus ils se croient intelligents? Bref: vuvuzela, gros media, même combat: ça passe pas…

Alors que, quand l’Église parle du Christ, elle parle sous l’inspiration, sous le contrôle de l’Esprit-Saint, avec son assistance. C’est Dieu qui le veut ainsi, comme Il veut, qu’en l’an 30, Pierre se soit appelé Simon bar Yonas, et qu’en 2010, Pierre s’appelle Benoît XVI. Mais refermons la parenthèse et revenons en Galilée…

Pourquoi Jésus interdit-il sévèrement aux disciples de témoigner qu’il est le ‘Messie de Dieu’, c’est-à-dire son Envoyé pour sauver le monde entier de la mort ? Parce que, en ce temps-là, personne, pas même les Apôtres, ne pouvait parler du Messie sans l’avoir d’abord connu en vérité, c’est-à-dire avant de l’avoir vu crucifié puis ressuscité, et surtout avant d’avoir reçu du Paraclet le don suprême de la foi!

Mais ce silence demandé avant la Passion, avant la Pentecôte, ne s’applique pas à nous, évidemment, puisque le baptême nous a incorporé au Messie, et la confirmation nous a confié sa mission, qui est de témoigner, de rendre compte de la foi et de l’espérance qui sont en nous (1 P 3, 15).

Or c’est justement là que se noue le drame de toute vocation chrétienne:

– d’un côté, témoigner, c’est dire des choses qui nous dépassent puisqu’il faut présenter le Christ, la Parole de Dieu, avec nos pauvres paroles humaines! On se sent si dépassé, si bégayant, qu’on a envie de renoncer tout de suite?

– de l’autre côté, il y a cette demande de Jésus, tellement frappante qu’il est impossible de l’oublier une fois qu’on l’a entendue: celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera (Lc 9, 23 s).

Mes frères, nous ne sommes pas entrés ici par hasard ou par habitude, mais pour écouter Jésus parler à chacun de nous: toi, qu’en dis-tu? Pour toi, qui suis-je? – problème: impossible de lui répondre sans avoir entendu la suite: le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté, et tué

Jésus, est-ce que tu as subi la croix à cause de mon péché, de ma souillure? Jésus, est-ce que j’accepte que tu aies versé son sang pour moi?

Et si je dis que j’accepte, est-ce jusqu’au bout, jusqu’au coup de grâce: Si tu veux marcher à ma suite, renonce à toi-même et suis-moi.

Que l’Esprit-Saint nous fasse comprendre que ‘se renoncer’, ‘perdre sa vie’, ce n’est pas s’anéantir, gâcher sa vie, mais c’est s’abandonner à Jésus dans la foi, c’est vouloir vivre pour lui, de lui, avec lui et en lui.

Dieu nous en a donné la grâce; nous en sommes capables; à chacun de voir…

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