Homélie du 24 août 2003 - 21e DO

Tu as Les PAROLES de la VIE ÉTERNELLE!

par

fr. Bernard Autran

Nous voici arrivés à la conclusion des discussions qu’a provoqué la Multiplication des Pains. Jésus a refusé d’être pour les gens un roi qui leur rendrait la vie facile. Il les a appelés à ne pas s’arrêter à la joie de ce grand pique-nique improvisé, mais à aller à ce dont il ne devait être que le signe. L’important était, au cœur de la vie présente de s’ouvrir à ce qu’Il appelle la «Vie éternelle», cette entrée dans l’amour du Père et des frères qui, commencée dès maintenant ne finira pas. Et Celui qui, par la Résurrection en ouvre le chemin, Lui Se présente comme «Le Pain de Vie». Travailler aux œuvres de Dieu ne consiste pas à accumuler observances, efforts et actions, mais à croire en Lui, Le recevoir par la Foi. Et, quoiqu’aient pu en comprendre les auditeurs, à travers ces Paroles, Jean amène ses lecteurs jusqu’au Sacrement de l’Eucharistie. Jésus veut pour tous les siens Se faire Le Pain qui les fera vivre authentiquement. Ce doit être très concrètement dans le contact avec Lui, en se nourrissant, en absorbant Son Corps et Son Sang ressuscités, témoins de Son Amour jusqu’à la Croix.

Certains s’étaient étonnés de ses prétentions, Lui qu’ils croyaient être simplement le fils de Joseph! Maintenant ils crient que c’est intolérable! on ne peut plus L’écouter! Il les renvoie au jour où Il sera Glorifié, ce qui passera par son Élévation en Croix, Son Corps livré, Son Sang versé. C’est l’Esprit qui fait vivre, non la « chair ». On n’atteint à la Vraie Vie que par une nouvelle naissance qui est Don de l’Esprit. On n’y accède pas en se laissant guider par de simples ambitions naturelles, mais en accueillant Sa Parole qui est inspirée par L’Esprit et éveille à la Vie véritable. On ne le fait que grâce à un Don du Père qu’il faut humblement désirer! Cela, Il s’en était déjà ouvert à Nicodème, cette Nouvelle Naissance ne peut être que le prix de l’Élévation du Fils de L’Homme! C’est en laissant ainsi contempler Son Amour qu’Il va tout attirer à Lui.

Nous venons d’entendre St Paul comparer cet Amour à celui des époux dans le mariage. Il avait appelé à vivre selon une vraie Sagesse en rendant grâces au Seigneur, inspirés par L’Esprit Saint. Cette sagesse, dans le mariage comme en toutes nos relations consiste, par amour, à nous soumettre les uns aux autres. C’est ainsi qu’il nous faut manifester notre reconnaissance, nous qui recevons du Seigneur à travers nos frères. Et c’est d’autant plus vrai des relations privilégiées entre époux! C’est à cet amour, sommet de ce qui se vit sur notre terre lorsqu’il est authentique, que Paul compare la relation du Christ avec nous, Son Église! La réalité va, bien sûr, bien plus loin que l’image! entre Lui et nous, c’est une relation d’Amour. De sa part, Il S’y est engagé totalement. L’Eau du Baptême par laquelle Il fait de nous Ses Frères, Enfants de Dieu, n’est-elle pas celle qui a coulé de Son Cœur ouvert sur sa Croix? Il nous appelle à y répondre, et Son Esprit nous éveille à le faire.

Mais à cet Appel, nous ne pouvons répondre que librement. Lui est trop grand pour désirer une soumission feinte, obtenue par peur, pression, violence! Il avait refusé facilité, richesses ou prestige, n’a envoyé ni forces armées ni légions d’anges pour amener à Lui! Mais un premier engagement envers Lui peut être fugitif! Le Livre de Josué nous a rappelé la belle façon dont le Peuple l’avait fait envers Son Seigneur. Cet enthousiasme a été à l’origine de beaucoup de belles actions à travers toute son histoire. Pourtant combien ont été infidèles! En combien de pages la Bible en résonne! Et quand Jésus a relevé Lazare d’entre les morts, de ceux qui L’ont acclamé en criant «Hosanna», combien, Le voyant humilié devant Pilate, ont crié «Crucifie-Le!»

St Jean ne parle pas de la confession de Pierre à Césarée de Philippe. Celle que nous venons de lire en est le parallèle. Mais remarquons en bien et la force, et la limite. Pierre a proclamé Son Maître Messie et Fils de Dieu. Mais quand Jésus lui annonce qu’Il doit monter à Jérusalem pour toute autre chose qu’un triomphe humain, il se récrie: «Non, cela ne T’arrivera jamais!» Et il se fait traiter de « Satan« , c’est-à-dire de tentateur qui essaye de Le détourner du difficile Acte d’Amour en lequel Il doit sauver le monde.

En St Jean, la nuance est autre. La Passion n’est pas annoncée directement, mais c’est au milieu de cet abandon de beaucoup que les Apôtres affirment leur Foi en Jésus. Ce n’est peut-être pas avec enthousiasme qu’ils répondent, mais, même si bien des choses leur restent obscures, éclairés par l’Esprit, ce qu’ils ont déjà vécu avec Lui leur fait confesser: « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les Paroles de la Vie éternelle! » et, en conséquence, ils proclament: « Nous croyons et nous savons que Tu es Le Saint, Le Saint de Dieu! »

À nous maintenant de nous préparer à communier au Christ, de nous laisser entrainer dans Son Eucharistie, Son immense Action de grâces. Pour cela, nous allons à notre tour proclamer cette Foi de l’Église. Nous allons le faire avec toute notre bonne volonté. Si nous ne nous y refusons pas, c’est grâce à L’Esprit qui nous a été donné, mais nous le faisons avec les faiblesses qui étaient celles des Apôtres au jour de Capharnaüm. Mais nous avons sur eux alors l’avantage d’être portés par les développements de la Foi de l’Église. Nous connaissons mieux Le Père par Son Fils « Dieu né de Dieu, Lumière née de La Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu! » Si, immense Fils de Dieu, Il S’est fait humblement L’Un d’entre nous, s’Il est allé jusqu’à accepter de mourir, et sur une croix, Il nous ouvre une perspective insondable sur l’Amour qui L’anime. C’est cela que nous allons proclamer. Que les mots «Je crois en un seul Dieu» ne soient pas un simple signal de service induisant une séquence, mais la réponse émerveillée à Celui qui, par Amour, nous a apporté les Paroles de la Vie éternelle!