Homélie du 8 août 2022 - Solennité de saint Dominique

Un peu de fantaisie en un jour de fête ?

par

Lettre de saint Dominique à ses frères                             Paradis, 8 août 2022

Mes chers frères,

En honorant aujourd’hui ma mémoire, l’Église honore les dons de l’Esprit Saint que Dieu a répandus dans le monde par mon ministère et mes humbles mérites : dons de conversion, d’enseignement, de Prédication, de fondation.

Je vous écris aujourd’hui pour vous redire, en guise de présent, ma promesse : « Je vous serai plus utile au Ciel que sur la terre. »

Le Seigneur m’a donné l’Esprit de prophétie afin que, à la manière de Jérémie le prophète, je puisse et mes fils avec moi « arracher et renverser, exterminer et démolir, bâtir et planter » (Jr 1, 10).

La Prédication à laquelle vous êtes consacrés par les vœux de religion et à laquelle tant de frères et sœurs — laïcs aussi — participent, est notre œuvre commune. Commune : vous et moi, nos saints compagnons du Ciel, les moniales en silence, les chercheurs des universités, hommes et femmes d’action, de prière et d’étude, hommes de parole. Des plus anciens, avec leur caractère et leur fragilité, pères et modèles de fidélité, aux plus jeunes : témoins éloquents et joyeux de l’urgence de l’annonce de l’Évangile, ensemble nous allons aux limites du monde enseigner la vérité et dans l’obscurité du mensonge et du péché répandre la grâce du pardon.

Nous, oui ! Vous et moi dans l’Esprit Saint qui seul réalise l’œuvre de la Parole du Christ et lui fait porter des fruits de sainteté et de joie, visibles et invisibles.
Nous, oui ! L’Esprit Saint d’abord, source de notre unité, force de notre parole ; l’Esprit de Charité, douce et sensible sans laquelle vous ne seriez que des cymbales bavardes et stériles, savantes et menteuses. Sans l’Esprit de Vérité, l’esprit de vanité nous égare à la manière de « ceux qui ne supportent plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, vont se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau ».

Et saint Paul, de nous encourager : « Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère », « proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire » (2 Tim 4, 5.2). Traquez le péché, mes frères, débusquez le mensonge, avec la douceur du Christ secourez les pécheurs, sauvez les âmes.

En moi Dominique, l’Esprit a accompli son œuvre, en vous aussi il l’accomplit :
pour arracher et renverser,
pour exterminer et démolir,
pour bâtir et pour planter.
Vous, ne vous vantez pas des saints de notre Ordre, imitez-les plutôt. Nous les saints, nous ne sommes jamais des saints empaillés dans leurs niches, des livres ou sur des images, mais des vivants pour la gloire de Dieu et de l’Église, des âmes vivantes pour la gloire de Dieu et pour vous. Ne vous découragez pas. Vous n’êtes ni Catherine, ni Thomas, ni Angelico, ni Albert le Grand ou Martin le Petit, vous n’êtes ni Mgr Claverie, ni le P. Lacordaire ou le P. Lagrange. Ne vous racontez pas d’histoires, vivez notre Histoire ! Elle est sainte. Soyez de dignes héritiers car c’est à vous que j’ai transmis la mission de la Prédication, c’est à vous que j’ai promis ma prière. C’est vous aujourd’hui que j’aime et que j’admire dans mon jardin qu’éclaire de sa pureté Marie, Notre Dame, Rose mystique, du très saint Rosaire.
Nos saints ? C’est votre humilité que leurs mérites éclairent.
Puissions-nous vous pousser plus loin encore dans la sainteté du Prêcheur, par la puissance de l’Esprit qui nous unit.

…pour arracher et renverser
l’ivraie et Babylone,
« il faut fermer la bouche à ces gens qui, pour faire des profits malhonnêtes, bouleversent des maisons entières, en enseignant ce qu’il ne faut pas », « toujours menteurs, mauvaises bêtes, gloutons fainéants ! » (Tite 1, 11.12).

…pour exterminer et démolir
l’hérésie et la haine, la pauvreté, l’injustice, le péché et la mort.

…pour bâtir et planter
des couvents où l’on s’aime vraiment sans chichis, sans formalisme, sensiblement et sans cynisme,
des écoles de théologie et de science, universitaires et maternelles.

Pour bâtir et planter, pour semer la Parole de Jésus, semer le Verbe, incarné, mort et ressuscité que nous célébrons, contemplons et prêchons. J’ai tant pleuré pour les pécheurs, répandez la miséricorde et sauvez des âmes pour l’amour de Dieu et notre joie.

– « Que vois-tu ? », demande le Seigneur à Jérémie.
– « Je vois une branche et des veilleurs », répond le prophète.
Alors Dieu dit :
– « Tu as bien vu, car je veille sur ma parole pour l’accomplir. »

Prêcheurs, soyez veilleurs. Par vous, le Seigneur accomplit sa Parole.
Je vous écris et je vous aime.

Aimez-moi et répondez-moi.

Votre dans le Seigneur, avec Marie, mère des Prêcheurs.

Fr. Dominique