Homélie du 9 décembre 2007 - 2e DA

Une attente joyeuse

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Convertissez-vous! Le cri retentit dans le silence du désert. C’est la voix d’un homme, Jean, le précurseur, c’est-à-dire celui qui vient avant pour annoncer. On peut se demander: de quel droit, de quelle autorité parle-t-il ainsi? Cette question ne se pose pas pour les habitants de Jérusalem, de la Judée et du Jourdain. Car ils étaient dans l’attente. Et ces gens-là se rappellent d’une prophétie d’Isaïe: Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers! Peuple de mémoire, peuple attentif. Il savait discerner les signes des temps.

Et nous, sommes-nous dans une attente? Oui nous aussi? Nous attendons un Messie-Sauveur. Cependant il y a déjà deux mille ans qu’il nous est né. Deux millénaires que ce Messie attendu a pris notre humanité, partagé notre fragilité humaine, «Homme parmi les hommes» sauf, bien sûr, le péché.

Et pourtant, ce Messie, nous attendons encore qu’il vienne dans la gloire. Tel est le mystère de la foi que nous proclamons sans cesse à chaque Eucharistie. Certes, le Messie divin est venu mais il reviendra en sa fonction de Juge de l’histoire humaine et de chacune des histoires humaines. Nous hâtons quotidiennement cette venue imminente quand nous disons dans le Notre Père: «Que ton Règne vienne». Tel est le sens du temps de l’Avent. Nous préparons aujourd’hui cet avènement glorieux, eschatologique. Et toute notre histoire personnelle et commune est tendue entre ces deux venues.

Mais qu’attendons-nous de ce Messie? Le prophète Isaïe nous aide à cerner notre attente. Il révèle les attributs du Messie. Oui, sur lui repose la plénitude de l’Esprit Saint: «l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de crainte de Dieu». Voilà ce que nous attendons à un moment de notre histoire où tout semble quasiment perdu pour certains. Le Messie divin nous fera renaître de l’Esprit Saint. Il nous rétablira au cœur même d’une nouvelle création. Il inaugurera un règne de justice et de paix. Et pour cela, notre attente doit être joyeuse. Notre espérance doit être grande.

Mais attention! Cette attente ne peut être passive. Il faut nous préparer à cette venue car Dieu ne compose pas avec notre péché. Cette préparation consiste en un «repentir», c’est-à-dire un retour à Dieu. Rappelez-vous qu’à chaque eucharistie le prêtre nous invite à: «élever notre cœur»; ce à quoi nous répondons: «Nous le tournons vers le Seigneur». Voilà tout le sens de la conversion: se tourner sans cesse vers le Seigneur. Dieu nous a fait pour Lui, pour être avec Lui. Il veut que nous nous fixions sur Lui. Il veut que nous fassions de Lui notre modèle. Et c’est pourquoi Jean nous presse de préparer le chemin du Seigneur, d’aplanir les sentiers qui le conduisent jusqu’à nous. Cet appel à nous ouvrir à Dieu, il mérite aujourd’hui même une réponse!

Oui, le Seigneur vient. Il vient vers nous pour nous tourner vers Dieu. Mais plus encore, il vient en nous pour nous transformer de l’intérieur, nous restaurer pleinement dans l’amour de Dieu, bref nous diviniser. Si vous entendez Sa voix, ne fermez pas votre cœur mais laissez-vous purifier, rectifier par Dieu lui-même. Car notre Dieu est fidèle au point de se servir de toute situation, y compris de la faiblesse de l’homme. Autant dire, notre précarité figure dans le Dessein divin. Dieu prend les situations douloureuses et absurdes pour les transformer en joie et espérance. Pour le dire autrement, tout ce qui compose nos vies peut être route pour le Seigneur qui vient vers nous.

Aplanir les chemins du Seigneur c’est accepter que toute situation puisse devenir pour lui l’occasion de nous rejoindre. Aplanir ses chemins c’est accepter que les entraves de ce monde ne mettent pas en échec la certitude de la fidélité du Seigneur. C’est entrer dans le dynamisme d’une repentance, c’est se mettre d’accord «selon l’Esprit du Christ». Bref, c’est faire germer les prémisses du règne de paix de notre Seigneur. Ce règne de paix où Dieu lui-même prendra possession de tout.

Frères et sœurs, nous marchons vers Noël comme si nous marchons vers le dernier avènement du Christ dans la gloire. Dieu vient nous rejoindre dans nos détresses pour en faire des occasions de rencontre, des lieux de renouvellement de l’alliance. Préparer cette venue c’est faire de toutes les vieilles souches de nos vies le terreau des rameaux de l’alliance nouvelle et éternelle. Le temps nous presse.

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