Homélie du 16 septembre 2007 - 24e DO

Une paroisse

par

fr. Olivier de Saint Martin

Qu’est-ce que c’est qu’une paroisse? On pourrait être tenté de dire qu’une paroisse, c’est un ensemble d’activités et de services qui sont proposés à des chrétiens qui vont pouvoir ainsi approfondir leur lien au Christ. Ce n’est pas faux, mais c’est très partiel. Je vous exhorte, écrit saint Pierre, comme des gens de passages et des étrangers – littéralement comme des paroissiens – à vous abstenir des convoitises charnelles. Conduisez-vous avec crainte durant le temps de votre passage sur la terre – durant le temps de votre paroisse. Une vie paroissiale, c’est une vie de passage, une vie d’étranger. C’est d’ailleurs l’étymologie du terme.

Dans Paroisse, il y a para qui veut dire à coté. Et il y a Oikia qui veut dire habitation. Un paroissien, c’est quelqu’un qui habite à côté. C’est quelqu’un qui n’est que de passage. Son habitation est provisoire et, en un certain sens, précaire. Souvenez-vous, Jésus parle de ses disciples qui sont dans le monde mais qui ne sont pas du monde. Au fond, paroissien et chrétien ce sont deux synonymes: leur véritable patrie, c’est le ciel. Un paroissien, c’est quelqu’un qui n’a pas ici-bas de demeure permanente. C’est quelqu’un qui est en marche vers la Jérusalem céleste. Une paroisse, c’est un lieu qui nous rappelle sans cesse notre condition de pèlerin et nous conduit à ce paradoxe: vivre pleinement engagé mais pas installé. Vous êtes-vous déjà dit que si les gens que nous rencontrons sont indifférents à l’évangile, c’est souvent parce les chrétiens ne sont pas différents d’eux, que nos convenances sociales, nos habitudes nous empêchent de vivre différemment.

Alors, oui, ce que doit nous proposer la vie paroissiale, c’est d’habiter dans le monde mais sans être du monde. Elle doit nous provoquer sans cesse à vivre différemment de ce que propose la société. Une journée de rentrée paroissiale, une journée où un homme entre en catéchuménat, c’est une journée qui nous porte dans la foi. Mais dès que nous retournerons dans le monde, demain matin, la pression s’exercera en sens inverse, pour que nous soyons comme les autres, que nous fassions du monde notre résidence. Et reconnaissons-le, on est tous tentés par la spiritualité du caméléon. Être chrétien quand l’environnement est chrétien et se fondre dans le paysage si l’environnement est différent. Mais avez-vous demandé à un caméléon si c’était confortable de vivre ainsi? En particulier devant un tissu écossais! Non, comme paroissien nous sommes appelés à être différents. A être le sel de la terre.

Par exemple, en ces temps de coupe du monde, il est courant de refaire le match. Mais ce n’est que le reflet d’une tendance bien commune de souligner les fragilités et les défauts des autres. Quitte à être injuste. Je rencontre beaucoup trop de gens qui souffrent, des années plus tard, de choses dures ou injustes qui ont été dites sur eux. Rappelons-nous sans cesse que notre langue peut tout aussi bien détruire qu’édifier ou encourager. Garde ta langue du mal dit le Psaume. Nous arrivons dans une discussion où on est en train de dire du mal de quelqu’un. Comme le Fils aîné de la parabole, je peux dire ce que je sais. Mais non, un seul est juge, celui qui peut juger. Et on sait comment il a jugé. C’est encore le père qui pleurait le plus. Alors, il ne reste qu’une solution: prendre le point de vue de Dieu sur toute personne en se rappelant que le Christ a donné sa vie pour elle. Et souligner les qualités des autres. Cela vaut aussi pour nos oreilles. Écoutons-nous plus volontiers la Parole de Dieu ou les ragots? Voilà une manière d’être un paroissien, d’être différent.

Un autre moment où il est tentant de faire comme les autres, ce sont les soirées. Il est courant de boire jusqu’à être ivre. Il est normal de flirter, de fumer… de jouer avec mon corps. Vais-je suivre les autres? Pourtant, c’est Dieu qui l’a tissé ce corps dans le sein de ma mère. Depuis mon baptême, il est devenu le Temple de l’Esprit Saint. Et chaque dimanche, le Seigneur me donne son Corps. Ne dois-je pas découvrir que mon corps est fait pour aimer en vérité. Qu’il est fait pour Dieu? Alors, tout à l’heure dans l’eucharistie, vous pourrez donner votre corps à Jésus puisqu’il vous donne le sien. Ce sera la meilleure manière de ne pas succomber à la sollicitation de l’alcool en soirée, du flirt, de la drogue. Si le monde nous encourage à la convoitise, l’eucharistie nous apprend à regarder la création avec les yeux de Dieu.

Et puis il y a le pardon. Frères et sœurs, sommes-nous prêts à pardonner? Sommes-nous prêts à emprunter la porte de la miséricorde qui est si large mais nous paraît si étroite. Sommes-nous prêts à donner à l’autre la possibilité de repartir ou, au contraire, l’enfermons-nous dans sa faute, dans sa fragilité? Il n’y a pas de place, chez Darwin, pour les faibles. Ce sont eux que le Christ est venu sauver. Il n’y a pas tellement de place pour la miséricorde, la vraie, dans le monde. Le paroissien, le chrétien y puise la force de se relever pour repartir. Il l’utilise pour les autres.

Puisque je suis lancé, je termine avec nos biens matériels. Il n’est pas interdit d’en avoir, ni de gagner de l’argent et d’en profiter. Mais faisons attention à ne pas être de ceux dont De Gaulle disait qu’ils sont des possédants, possédés par ce qu’ils possèdent. Le remède, c’est la générosité de la compassion. Soyons généreux.

Tout ceci implique certains sacrifices. Cela veut dire abandonner ce que nous savons être mauvais pour nous, ce qui nous détruit. Cela veut dire être prêt à rendre témoignage de notre espérance et de notre foi dans un monde qui est devenu indifférent ou hostile. Mais c’est la condition pour devenir des paroissiens. Un paroissien, un être de passage, un chrétien, c’est quelqu’un qui dans la vie de tous les jours, essaye d’être cohérent, honnête, sincère, travailleur, fiable, bon et compatissant. Pourquoi? Mais parce que le Christ qui habite en Lui est ainsi. Parce qu’il s’agit tout simplement des fruits de l’Esprit Saint qui a été répandu dans son cœur. A ce compte-là, une paroisse c’est un lieu où le Christ se donne en partage, c’est un lieu où l’on expérimente la présence de l’Esprit Saint. Quiconque entrera dans une telle paroisse pour la première fois sera forcé d’admettre qu’autre chose existe et il s’écrira: Vraiment, Dieu est au milieu de vous! (cf. 1 Co 14, 25).