Homélie du 9 janvier 2005 - Baptême du Christ

Une rencontre promise

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

C’est une rencontre. Une rencontre promise, prévue, préparée. Jean-Baptiste attendait celui qu’il devait désigner. Il n’avait vécu que pour cela. Il savait déjà qu’il était là depuis ce jour où dans le ventre maternel il avait perçu la présence de Celui qui devait venir. Sa vie retirée dans le désert à l’écoute de la Parole de Dieu devait le préparer à cette rencontre. Il criait dans le désert de préparer les chemins du Seigneur. Il appelait les hommes à se convertir à regretter leur péché, à changer de vie, et ainsi frayer déjà une route au Seigneur dans leur cœur. Il baptisait dans l’eau du Jourdain. Tous venaient à lui de Jérusalem ou de la Galilée, pharisiens et publicains, scribes et prostituées… combien étaient passés dans le bain purificateur et préparateur à la rencontre? Il allait venir, il en était sûr, il était préparé. Alors prendrait fin sa mission: «il doit grandir et moi diminuer», il devait passer le relais que les prophètes lui avaient transmis. Une page se tournerait. L’ami de l’époux laisserait la place à l’époux.

Et Jésus vint. Lui aussi avait préparé cette rencontre depuis longtemps. C’est ainsi que devait commencer sa mission, par le passage du Jourdain comme pour entrer à nouveau sur la Terre Promise. Il avait aussi prévu ce passage par le chemin des pécheurs et de la conversion, lui qui n’avait jamais péché. Il devait se manifester pendant cette rencontre. Là il poserait une première pierre, il donnerait déjà les principaux traits de sa mission et de son être. Il allait surprendre celui qui s’était préparé.

Cette rencontre promise, prévue et préparée, prit pourtant pour Jean-Baptiste les traits de la surprise. Il devait rencontrer le Messie, celui qui baptise dans l’Esprit et dans le feu. Peut-être même le Messie le baptiserait. Or, il n’en est rien, l’Agneau sans tache se présente, et contre toute attente demande à recevoir le baptême des pécheurs. Le renversement de situation est complet. Voilà une rencontre prévue qui tourne à l’imprévu. Mais Jean-Baptiste obtempère et désigne Celui qui doit venir de la part de Dieu pour nous sauver du péché en lui donnant le baptême des pécheurs. Et il a bien fait, preuve que son cœur était vraiment bien préparé, il a bien fait car la Trinité ratifie ce geste et se manifeste, l’Esprit désigne le Fils comme Celui qui reçoit l’onction spirituelle pour annoncer et proclamer la venue du Royaume, le Père nous apprend que Jésus est son Fils éternel qui est son bien aimé, celui qui est envoyé dans le monde pour nous sauver. La mission de Jésus commence.

C’est une rencontre. Une rencontre promise, prévue et préparée. Elle est préparée depuis les premiers temps, le jour où l’humanité a tourné le dos à son Créateur. Ce Père aimant a préparé depuis lors le relèvement de sa créature. Il a pris le temps, le long temps de la préparation à cette rencontre. Les Alliances, le don de la Loi, les prophètes, n’ont eu pour but que de préparer cette rencontre. L’un dit voici que je l’aperçois, mais pas pour tout de suite, l’autre voici que la vierge concevra, un enfant nous est né, un fils nous est donné, son nom est Emmanuel, Dieu avec nous. Dieu prépare patiemment son peuple, et l’humanité tout entière à une rencontre. Voilà tout ce que Dieu a promis à son peuple.

Depuis le jour de rupture, l’humanité gémit «Ah! si tu déchirais les cieux, si tu descendais Seigneur», du peuple d’Israël ou de la multitude de peuples des nations. Tous cherchent leur Dieu, cherchent à le rencontrer, pressentent qu’il doit venir. On l’attend parfois avec une conscience très vive des desseins du Seigneur. On se prépare sous la notion de Dieu. On désire un signe du Ciel.

Et Jésus vint. Le Fils éternel a pris chair dans le sein de Marie, il est aussi le Fils de David et il est le roi. Il est aussi le prophète par excellence, le grand prêtre éternel. Il est venu celui que le peuple d’Israël attendait et que l’humanité entière désirait. Il est venu, il était attendu. Cette rencontre promise, prévue et préparée, fut pourtant une immense surprise: on attendait un roi glorieux, et c’est un serviteur qui est mis à mort avec les brigands, on attendait un demi-dieu ou un héros, c’est Dieu lui-même!

Aujourd’hui se présente à l’humanité entière le Christ. Il ne vient pas la rencontrer avec superbe, il entre dans les eaux de son péché, il entre dans le cours de l’histoire humaine pour en épouser les méandres, lui dont les voies ne sont que droiture et justice. Ne nous y trompons pas, ce baptême dans l’eau du Jourdain en appelle un autre: le baptême dont Jésus va être baptisé c’est celui de sa croix dans lequel il ôte nos péchés et nous sauve, c’est dans le bain de la mort qu’il va entrer. Et ce bain lui est donné par les hommes, ceux-là même qu’il est venu sauver. N’est-ce pas tragique? N’est-ce pas absurde? «Laisse, c’est ainsi qu’il convient d’accomplir toute justice». Jésus réalisant tout ce qui avait été promis, vient nous rencontrer pour nous sauver. Et ce baptême, il l’a voulu pour nous sauver et pour nous manifester la nature de Dieu: Père, Fils et Saint-Esprit. Là encore, l’inattendu survient par la Résurrection qui manifeste au monde la puissance de Dieu et l’accomplissement de la mission de Jésus. Sa Passion et sa Résurrection sont les nouvelles eaux du Jourdain, l’humanité est inondée de l’Esprit. La mission de l’Église commence.

C’est une rencontre. Une rencontre promise, prévue et préparée. Dieu veut nous rencontrer. Depuis le sein maternel il nous appelle. Il nous veut, il nous veut avec lui. L’Église ne cesse d’annoncer sa venue, et nous y prépare. Nous voulons le rencontrer nous aussi. Un désir profond nous y pousse. Mais même préparée, cette rencontre a toujours quelque chose de bouleversant, et de surprenant: nous attendons un Dieu, vient un serviteur.

Et Jésus vint. Et Jésus vient encore aujourd’hui. Il est venu nous rencontrer. Et si nous sommes baptisés, il est venu nous conformer à Lui, si nous ne le sommes pas, il vient pour nous y inviter avec empressement. Nous aussi, nous faisons cette rencontre dans le baptême où nous sommes plongés dans la mort et dans la vie nouvelle du Christ. Il nous dit de le laisser accomplir toute justice. Car, quand il descend dans le cours des eaux de notre vie, il nous donne d’être le Baptiste, de l’accueillir et de le reconnaître comme celui qui vient de Dieu et qui nous y conduit. Il prend alors sur lui nos péchés, pour que nous prenions sa place sous la colombe de l’Esprit et pour nous entendre dire «tu es mon fils bien-aimé». Et notre mission de Fils de Dieu commence.

Amen.