Homélie du 31 mars 2024 - Dimanche du Jour de Pâques

Une résurrection pas comme les autres

par

fr. Ghislain-Marie Grange

Une résurrection, qu’y a-t-il d’exceptionnel ?
Le prophète Élie avait ressuscité le fils de la veuve de Sarepta. Jésus a ressuscité plusieurs personnes, par exemple le fils de la veuve de Naïm et son ami Lazare.
À sa suite, les apôtres opèrent eux aussi des résurrections. Saint Paul a la gentillesse de ressusciter le garçon qui est tombé de la fenêtre parce qu’il s’était endormi pendant son enseignement. Comme quoi les prédicateurs sont parfois indulgents quand la nuit a été courte.
Et les saints tout au long de l’histoire de l’Église ont eux aussi ressuscité les morts. De nombreux tableaux montrent la résurrection du jeune Napoléon Orsini par saint Dominique.
Bref, les résurrections nous y sommes habitués. Fêter la résurrection du Christ, qu’est-ce que cela a d’exceptionnel ?

Mais cette résurrection n’est pas comme les autres.
D’abord parce que le Christ n’est pas ressuscité par quelqu’un ; il se ressuscite lui-même. Lazare avait attrapé la main qui lui était tendue alors qu’il était déjà plongé dans le gouffre de la mort. Mais le Christ sort lui-même du tombeau : il n’y a personne pour l’appeler dehors, personne pour rouler la pierre devant le tombeau. C’est la puissance de sa divinité qui brise les liens de la mort.
Et cette résurrection n’est pas provisoire, elle est définitive. Lazare est de nouveau mort après sa résurrection. Mais la résurrection de Jésus s’accomplira par son Ascension et l’envoi de l’Esprit saint à la Pentecôte. Le Christ est ressuscité une fois pour toutes. Il est le Ressuscité à jamais.
Il est entré dans une vie nouvelle, que manifeste son corps glorieux. Comment expliquer que Marie Madeleine ne le reconnaisse pas tout de suite ? Comment se fait-il que les apôtres se frottent les yeux devant Jésus ? Si c’était une résurrection comme les autres, ils seraient sans doute surpris mais pas désemparés. Ils en ont vu d’autres, des résurrections. Le Christ doit faire entrer ses disciples dans sa nouvelle vie en éduquant leurs yeux pour qu’ils le reconnaissent.

La résurrection du Christ est unique. Mais elle ne sera pas la seule.
Car « le Christ est ressuscité, prémices de ceux qui se sont endormis », dit saint Paul (1 Co 15, 20). Le Christ inaugure une vie nouvelle dans laquelle nous pouvons entrer. Et nous y entrons en nous laissant plonger dans les eaux du baptême comme l’ont fait nos quatre catéchumènes de cette nuit. C’est l’inauguration de la vie nouvelle qui s’achèvera par notre propre résurrection à la fin des temps.
Mais ce qu’il y a de tout à fait nouveau dans la résurrection du Christ c’est que la vie nouvelle n’est pas seulement pour la fin des temps. Elle fait irruption aujourd’hui dans notre temps. La fin des temps, la vie éternelle, est déjà là sous les yeux des apôtres et sous nos yeux. Il y a bien de quoi se frotter les yeux.

Alors la Résurrection nous met devant un exercice. Nous pouvons nous réjouir : celui qui était mort est vivant. Mais il y a plus que cela. Et le temps pascal va nous le montrer. L’histoire n’est pas finie. Pour vivre de la résurrection, il faut croire à la résurrection. Dès aujourd’hui, l’Évangile nous le montre par ce contraste entre Pierre et Jean : Pierre entre le premier et rien ne se passe. Il mettra du temps à croire. Jean entre à son tour et aussitôt il croit. Aussitôt. Pour d’autres disciples ce sera beaucoup plus long : pour les disciples d’Emmaüs qui auront besoin d’un cours de théologie ; pour Thomas qui devra mettre ses doigts dans les plaies de Jésus. Mais pour Jean c’est immédiat : « Il vit et il crut. »
Pour nous aussi, il y a un enjeu dès aujourd’hui. Nous nous sommes préparés à célébrer Pâques en faisant des efforts. Pas autant qu’on aurait voulu certes, mais sans doute un peu. Est-ce que tout va maintenant s’affaisser ? Allons-nous retourner à notre train-train habituel ? Non, le temps pascal sera là pour nous le rappeler. Il s’agit de faire passer dans notre vie cette espérance de la résurrection. Cette espérance n’est pas un vague espoir, ce n’est pas une promesse de campagne qui n’engage que ceux qui y croient. Cette espérance est sous nos yeux ; elle est sous les yeux des disciples qui contemplent le tombeau vide.
Le Christ est ressuscité, prémices de ceux qui se sont endormis. La vie de Dieu a fait irruption dans le monde. Tâchons de saisir quelques gouttes de cet élixir en mettant notre foi dans le Ressuscité.

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