Homélie du 11 juillet 2004 - 15e DO

Unique secret de Vie: Tu AIMERAS!Mais cela peut-il se commander?

par

fr. Bernard Autran

Cette rencontre sur le chemin de Jérusalem commence sur un ton plutôt inamical, le légiste voulait mettre Jésus dans l’embarras. Il Lui pose la question qui préoccupait tout juif: «Que dois-je faire pour obtenir la Vie Éternelle?» Dieu avait proposé Son Alliance, promis Sa Joie. La condition était l’obéissance à Sa Loi. C’est ce que le Deutéronome mettait dans la bouche de Moïse: «Écoute la Voix du Seigneur Ton Dieu, observe ses ordres et ses commandements … reviens à Lui de tout ton cœur!»

Tandis que Matthieu et Marc mettent la réponse dans la bouche de Jésus, selon Luc c’est Lui qui renvoie son interlocuteur à la Loi. Mais, à ce qui était fondamental en elle, les scribes avaient ajouté quantité de prescriptions et d’interdictions qui enserraient les pratiquants dans une sorte de carcan sensé les isoler et les protéger des influences païennes. Dans ce fatras, il était difficile de distinguer ce qui était essentiel pour s’y attacher d’abord. Certains étaient fiers de penser s’y conformer en tout et croyaient pouvoir se présenter devant Le Seigneur la tête haute avec un compte bien rempli qu’Il n’aurait plus qu’à honorer! Et ils méprisaient ceux qui n’avaient pas la possibilité de se mettre « en règle » comme eux! C’était, avant sa conversion, l’attitude de Saul, fier de ses prérogatives de Pharisien et ce qu’il croyait être ses avantages!

Renvoyé à la Loi qu’il connaît bien, le légiste la récite: « Tu aimeras Le Seigneur Ton Dieu de tout ton cœur … » mais il a aussi l’à propos d’y ajouter le second commandement qui était aussi dans la Bible, mais pas au même endroit: « et ton prochain comme toi-même. » Jésus le félicite, mais ne sentons-nous pas aussitôt qu’on est passé à un tout autre niveau? Aimer peut-il se commander? Si on agit pour obtenir un avantage, cela peut-il s’appeler « amour »? Au fond, la réponse contredit la question: ce n’est pas l’homme qui travaille pour comme acheter à Dieu, obtenir un avantage! Jésus renverse la perspective: Il avait dit: «Travailler à l’œuvre de Dieu, c’est croire en Celui qu’Il a envoyé.» L’initiative ne revient pas à l’homme, mais au Seigneur. Il aime Son Peuple et chacun de ses membres. On se rappelle l’appel d’Abraham, la libération de l’Égypte, la Royauté, le Temple, le retour d’exil… Les meilleurs s’en rendent compte, ce qui est primordial est de Lui répondre, de nouer une relation profonde avec Lui. On n’est juste que si, conscient d’être aimé, on lui répond de tout son cœur, son âme, sa force, son esprit. Le reste, se soumettre aux prescriptions, n’en est que la mise en pratique, et d’abord ce qui en découle, l’ouverture au frère à aimer « comme soi-même ».

Le légiste ne pouvait pas se douter qu’avec Jésus, l’Amour de Dieu se manifestait d’une manière toute nouvelle, puisque Il avait donné Son Fils Unique! Lui vient nous entraîner dans la Lumière de Son Royaume. Image du Dieu invisible, en Lui tout a été créé. Il est venu Se faire la Tête du Corps, Son Église. Il vient vivre dans une vie humaine ce qui est Sa Joie de toute éternité, Sa Réponse exultante à l’Amour du Père dont Il reçoit tout. Il montre ce qu’est aimer dans notre monde d’égoïsme et de haine. Il va laisser déferler sur Lui la férocité des méchants, mais les il aimera même auteurs de sa mort, Il les réconciliera par le Sang de Sa Croix!

La merveille est que, membres de Son Corps, Il nous appelle, par Sa Résurrection, à vivre la même joie que Lui en répondant à l’Amour inconcevable que nous porte Le Père dans sa tendresse. Nous ne devenons le vrai nous-mêmes d’Enfants de Dieu inondés du bonheur d’être aimés que si, ouvrant les yeux, nous y répondons de tout notre cœur, âme, esprit, nos forces! Pas question de marchander une récompense au Seigneur! On n’a pas à « gagner son ciel », mais à répondre le moins mal possible à l’Amour dont Il nous prévient. Dans ce domaine, nous n’avons rien à demander, sinon de devenir plus authentiquement ses Enfants!

Cela passe par le second commandement. Lui qui aime nos frères comme nous, comment pourrions-nous L’aimer sans les aimer eux aussi? On pourrait le faire par intérêt, par calcul. Ce serait sagesse humaine pour vivre en paix et harmonie. Mais dans la perspective de Jésus, cela va beaucoup plus loin. Dans la logique divine du Don de Son Amour ce n’est plus simple échange! «N’invite pas ceux qui peuvent te le rendre…». Mais là, souvenons-nous que si nous recevons de Lui, c’est, malgré leurs limites et leur péché, à travers eux! Il les a aimés en leur donnant l’honneur de nous transmettre les biens dont nous bénéficions. C’était toute la valeur de leur vie, leur réponse à l’Amour, d’avoir fait porter du fruit à ce qu’ils avaient reçu, se faisant les ministres de Son Amour! Les aimer est, comme pour Le Seigneur, aussi une réponse!

Bien sûr, commençons par ceux qui nous sont proches. N’imitons pas ceux qui aiment tous les chinois, mais sont insupportables à leur entourage! Mais la parabole du Bon Samaritain nous appelle à élargir notre regard. Esclaves de la Loi mal comprise, prêtre et lévite ont pris prétexte que légalement ils ne pourraient pas assumer leurs fonctions. Et c’est le « lointain », membre d’un peuple traditionnellement ennemi qui a reconnu un frère aimé de Dieu à secourir. Il n’a pas pensé à ce qu’il pouvait « gagner » ou « perdre », mais ému, il a aimé.

Aimés, nous aussi, que l’Esprit de nous ouvre à répondre de tout notre cœur. Le test est notre manière de nous préoccuper de nos frères proches ou lointains. Enfants de Dieu, déjà commence ainsi la Vie éternelle dont Il nous comble. Un jour, dans son immense générosité, Il nous ouvrira les yeux à sa réelle Splendeur!