Homélie du 28 novembre 2021 - 1er Dimanche de l'Avent

Veillez et priez !

par

fr. François Le Hégaret

Angoisse, persécution, détresse, guerre… Depuis que les disciples avaient exprimé leur admiration devant la partie restaurée du Temple de Jérusalem, le Christ détaillait, épreuves après épreuves, malheurs sur malheurs, ce qui allait advenir à Jérusalem tout d’abord et en particulier pour le Temple : « De ce que vous voyez, il n’en restera pas pierre sur pierre » (Lc 21, 6) ; à Israël ensuite : « Malheur à celles qui seront enceintes en ces jours-là » (v. 23) ; pour s’étendre en définitive à toute l’humanité. Et, telle une apothéose finale, les puissances célestes, la terre et les mers participeront à ce chaos ambiant, conduisant l’humanité à vivre dans l’angoisse et la frayeur. Il y a bien de quoi s’inquiéter, et Jésus est bien conscient que la vie qu’il décrit à ses disciples ne sera pas une partie de plaisir. Pourtant, il affirme : « Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche » (Lc 21, 28). Le Seigneur ne nous dit pas que nous serons préservés de toutes les épreuves qui ne manqueront pas d’arriver tout au long de l’histoire, et particulièrement dans les derniers temps. Mais il nous demande de redresser la tête, pour que notre regard porte plus loin que celui des autres, pour que nous ayons les yeux fixés sur le retour glorieux du Fils de l’homme. Notre espérance nous relie directement avec les Cieux, et le Seigneur ne manquera pas de nous sauver.

Vous conviendrez que la situation que le Christ nous invite à vivre n’est pas des plus simples, mais il va nous donner un chemin, l’unique manière de pouvoir vivre ces épreuves qui viendront, non seulement celles de la fin des temps d’ailleurs, mais aussi celles de la vie présente.

Mais il commence d’abord par nous pointer les mauvais chemins, et avec, nos tendances habituelles qu’il va falloir combattre : « Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent dans la débauche, l’ivrognerie, les soucis de la vie » (Lc 21, 34). Considérant porter une charge trop lourde pour nos épaules, nous sommes tentés de tout abandonner, de fuir nos préoccupations, de ne plus faire face aux difficultés. Pour échapper aux soucis de la vie (notre travail, nos tâches domestiques…), nous voulons les oublier par l’ivrognerie, que cela soit le fait de boire trop, ou celui de tout autre divertissement pour ne pas penser. Mais, en réalité, la conséquence est la « débauche », ou plutôt littéralement en grec : le combat de crâne (κραιπάλη), expression qui se traduit en français (cela ne fait pas traduction liturgique, j’en conviens) : gueule de bois. Le fait de vouloir échapper aux épreuves par l’oubli conduit l’homme à terre, malade, incapable d’agir et de penser correctement, trouvant tout pénible, ne pouvant plus rien faire (on n’en est pas très loin chez un nombre important de nos contemporains). On peut illustrer cette attitude en nous rappelant comment Blaise Pascal décrit cette fuite de l’homme dans la recherche inlassable du divertissement : « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement. Et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous et qui nous fait perdre insensiblement » (Pensées, Laf. 414, Sel. 33). Une autre image que prend le Christ pour décrire cette même situation est celle de « être assis » (quand il dit que le filet « s’abattra sur tous ceux qui habitent [litt. sont assis sur] la surface de toute la terre »). L’image renvoie à cette tentation de ne plus rien faire, de se condamner à l’inaction, au non-mouvement. Et alors la fin des choses, tel un filet, s’abattra inexorablement sur ces hommes assis, et ils ne réagiront même pas.

Mais le Christ nous montre ensuite la voie qu’il va falloir suivre : « Veillez donc et priez en tout temps » (Lc 21, 36). « Veillez », donc ne vous laissez pas prendre dans la situation décrite précédemment ; et pour cela « priez ». Le Christ ne nous invite pas d’abord à agir, mais à prier pour avoir la force d’agir. On sait qu’on ne peut pas tenir, que les épreuves dépassent ce que nous pouvons supporter. Alors le Seigneur nous demande d’implorer la force que Dieu communique, d’agir non pas en tenant compte de nos capacités, des rapports de force en présence, mais de l’amour de Dieu qui ne nous fait pas défaut. Les difficultés demeurent, mais elles ne se transforment pas en soucis, en préoccupations importantes qui détourneraient notre regard de Dieu. Le vrai actif, pour le Christ, est celui qui prie, non pour fuir les difficultés, mais pour agir dans les difficultés. Et là encore, le Christ prend une deuxième image, celle de « rester debout », comme il avait avant pris l’image d’« être assis ». Debout, donc rester en activité, comme celui qui sert se tient debout pour assurer son service. Étant en mouvement, sous-entendu par la force de Dieu, il pourra échapper sans aucune difficulté « à tout ce qui doit arriver ».

Voilà donc comment le Christ a conclu l’ensemble de son enseignement à ses disciples, qu’il leur a donné durant trois années. Juste après va commencer la passion du Christ et l’évangile selon saint Luc poursuit ce que nous venons d’entendre en rapportant la trahison de Judas. Tout ce que le Christ vient d’annoncer, toutes les difficultés que les disciples devront supporter, le Christ s’apprête à les vivre lui-même. Ainsi est illustré ce qu’il dira à ses disciples : « C’est un exemple que j’ai fait, pour que vous fassiez de même à votre tour » (Jn 13, 15).

Marchons donc à sa suite durant ce temps de l’Avent.

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