Homélie du 4 janvier 2015 - Épiphanie

Venez, accourons : le Désiré des Nations est l’enfant de la crèche !

par

fr. Gilles Danroc

Dieu se manifeste Épiphanie Jésus est bien le Verbe fait Chair, l’enfant de la crèche : Épiphanie !

Mais en ce jour l’humanité organise une manifestation mondiale qui part des lointains de la terre et découvre Bethléem. Les rois mages prennent la tête d’une manifestation sans précédent. Épiphanie ! Quand Dieu se manifeste, l’humanité manifeste ! Épiphanie !

Le mystère du Verbe fait Chair, de Dieu fait homme, se déploie en deux temps :

À Noël Dieu se révèle : Il prend l’initiative de se donner, de devenir notre frère en Jésus le Christ. En cet enfant abandonné aux mains de Marie et Joseph, nous contemplons le Seigneur de l’Univers, Celui en qui tout a été fait et qui vient sauver le monde qui s’est détourné de Lui. Nous découvrons émerveillés que Dieu est amour, qu’Il vient à nous, en un mot qu’Il désire l’homme. Il vient nous connaître de l’intérieur, Il vient parler à notre cœur et l’habiter de sa présence.
À l’Épiphanie, c’est l’humanité qui vient vers ce Dieu qui désire habiter parmi nous.

À Noël Dieu s’atteste en s’incarnant, à l’Épiphanie l’humanité, en découvrant l’enfant de la crèche, atteste que Dieu est amour.

Durant tout ce temps de Noël-Épiphanie, avec Marie et Joseph, avec les bergers et les anges, avec Siméon et Anne et maintenant avec ces mystérieux Mages, païens venus du fin fond de nulle part, à la tête de toute l’humanité, avec ces témoins connus et inconnus nous nous émerveillons de découvrir que Dieu s’est fait homme pour que l’homme, par grâce, devienne Dieu.

Car devant les rois mages de l’Épiphanie, en cet enfant-Dieu nous contemplons le Désiré des Nations (cf Agée 2, 6-8 ; Col 2, 9 ; He, 12, 18-28 ; Rm 8, 19-22). Si Dieu désire l’homme, en réponse à Dieu l’homme devient lui-même. Dieu qui déborde d’Amour peut combler le désir de l’homme. Et toute notre vie devient une école d’amour, où l’Évangile nous apprend à aimer comme Jésus nous a aimés. Magnifique vocation chrétienne que nous révèle la fête de Noël-Épiphanie !

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Dans la province dominicaine de Toulouse nous avons mené une enquête minutieuse pour identifier les fameux Rois Mages et nous avons la très grande chance de les avoir tous les trois sur notre territoire.

Balthasar vient d’Haïti avec son sourire chaleureux. Il représente l’Ouest. Melchior vient de l’océan indien avec sa faconde orientale, il représente à la fois l’Est et le Sud. Reste Gaspard qui représente le Nord. Comme vous le savez il vient des montagnes. Des fouilles récentes ont retrouvé des piquets de tente et un trépied d’une antique lunette astronomique sur le sommet du Pic du Midi de Bigorre. Voilà notre Gaspard qui, dès l’étoile aperçue, invita ses collègues sur l’ancêtre du Facebook. Comme Isaïe l’avait annoncé ils ont convergé vers Jérusalem et Saint Matthieu a raconté la fin de leur pèlerinage à Bethléem.

Puisqu’ils ont pris la tête de l’humanité pour venir offrir à l’enfant de la crèche l’or de la divinité, l’encens de la prière et la myrrhe du passage de la mort à la vie, à nous de partir en pélerinage vers notre Sauveur Jésus-Christ.

Partir les mains vides car la marche serait alourdie de bagages, sauf les cadeaux que nous préparons pour les déposer aux pieds du Sauveur du monde. Préparez avec soin votre cadeau essentiel et entraînez-vous pour une longue marche.

Partir joyeusement vers le désiré des Nations et Gloire d’Israël son peuple, mais non pas naïvement. Car il faudra affronter avec la force du baptême le quatrième roi : le roi selon le monde, Hérode le Grand, qui figure ce roi qui prend la place de Dieu et ne peut régner que par la violence signe du mal et du péché. N’a t-il pas étranglé de ses propres mains trois de ses fils, au soupçon qu’ils convoitaient son pouvoir ? La fragilité de l’enfant de la crèche n’est pas là pour nous attendrir mais pour nous aguerrir, pour lutter pendant le pélerinage de notre vie contre les forces et la fascination du mal.

Après l’épreuve viendra l’émerveillement devant ce Dieu Très Haut qui s’abaisse jusqu’à devenir le Très Bas, devant ce Dieu tout puissant qui se donne dans la fragilité. Comme Jésus, nous rendons grâce à Dieu son Père et Notre Père et nous tressaillons de joie devant ce Dieu qui se révèle aux enfants et aux tout-petits !

Devant la menace d’Hérode et devant le massacre des Innocents, nous pressentons qu’à la suite de Jésus nous devons traverser la grande épreuve de la violence et de la mort celle que l’homme donne à l’homme pour être comblés par la Résurrection du Christ. La nuit de Noël annonce la nuit de Pâques où Dieu comble notre désir en venant faire toutes choses nouvelles (Ap 21, 1), en nous sauvant et nous recréant dans la mort et la résurrection de Jésus le Christ. Alors nous recevons grâce (de la création) pour grâce (du salut) dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu (Jn 1, 18 & Rm 8, 21). Épiphanie sur le monde dans la joie de l’Esprit Saint !