Homélie du 15 août 2003 - Assomption de la Vierge Marie

Victorieuse du dragon, BIENHEUREUSE,MARIE nous partage son Bonheur

par

fr. Bernard Autran

Au cœur de notre été, conséquence de la Pâque de son Fils, nous fêtons celle de Marie. Pour nous préparer à célébrer sa gloire, l’Église nous en a fait rappeler la prophétie en sa visite à Élisabeth. Si Le Trésor qu’elle porte alors en elle émerveille sa cousine et sanctifie le futur Jean Baptiste dès le sein de sa mère, c’est qu’elle a accueilli le message de l’Ange. En les évangiles des derniers dimanches, Jésus, après avoir multiplié les pains S’est présenté comme Le Pain de Vie, descendu du ciel. Il a affirmé qu’on ne pouvait travailler à l’œuvre de Joie de Dieu en le monde qu’en Le recevant par la Foi. Si Le Seigneur a pris l’initiative inouïe de nous donner Son Fils, Il l’a soumise à la libre réponse de Marie. A elle a été donné cet immense honneur, cette responsabilité de répondre par cet Acte de Foi qui a engagé tout l’avenir de l’humanité: « Je suis la Servante du Seigneur

Mère de Dieu! Avant l’Église qui mettra des siècles à le faire, la profondeur de cette réalité, elle n’en prendra conscience que plus tard. Mais la splendeur de ce qui lui est confié se mesure à l’ardeur de son engagement à servir. Elle anticipait ce qu’allait vivre Son Fils, pur reflet de l’Amour du Père. Et même Lui, Le Père met Sa Joie à Se faire Serviteur de celle de Son Fils, de Ses Enfants! Premier service, Marie se hâte d’apporter la nouvelle à la seule qu’elle pense alors capable de la recevoir, sa cousine Élisabeth. Bientôt elle sera chargée d’exprimer ce que son Enfant est venu accomplir dans le monde. Bébé inconscient Il ne sera pas encore en mesure de l’exprimer Lui-même: c’est elle qui Le présente au Temple, Lui qui vient pour faire la Volonté du Père.

Elle va longuement se consacrer à sa tâche de mère de famille, à l’éducation de son Enfant. Elle va Lui transmettre le patrimoine spirituel de son Peuple, puis communiera à Son Œuvre quand Il la quittera pour annoncer l’Évangile. Mais les épreuves ne vont pas manquer depuis la pauvreté de la Crèche, la fuite en Égypte jusqu’à la communion aux souffrances de Son Fils au pied de la Croix! Lui vient en réalité mener un grand Combat. Elle le pressent en son « Magnificat »: « Il disperse les superbes, renverse les puissants de leur trônes. »

L’Apocalypse nous invite à percevoir la grandeur cosmique de ce que le Seigneur l’appelle à vivre aux côtés de Son Fils. L’Arche de l’Alliance était pour les Israélites le signe de la Présence de Dieu au milieu d’eux. Celle qui est manifestée dans le Temple du Ciel est l’Humanité du Christ prolongée par Son Corps qui est l’Église, tous ceux qui vont vivre de Lui. La Femme qui a le Soleil pour manteau est l’Église, mais aussi Marie qui en est la première actrice après Son Fils. Mais Son Œuvre de Vie, de Joie, de rassemblement dans l’Amour qu’Il est venu engager dans le monde, excite la haine furieuse du mauvais, l’adversaire. Il est ici décrit sous les traits de ce dragon qui veut dévorer dès sa naissance l’Enfant qui vient sauver, faire vivre.

Le dragon sera vaincu. Mais la victoire réalisera ce qui avait été annoncé dès le Livre de la Genèse: La Femme devait écraser la tête du serpent, mais lui la mordrait au talon. C’est dire que Marie devrait être aux côtés de Son Fils tout au long de Sa Lutte. L’Esprit Saint lui donnerait de vivre avec Lui un amour de plus en plus grand en ce qu’elle aurait à souffrir avec Lui sans que les épreuves ne lui fassent perdre courage! le mauvais excitera les pécheurs à nuire jusqu’à l’extrême de la Croix, mais Dieu ne laissera pas la mort dominer Son Fils. Il Le ressuscitera! Toutes les épreuves de Marie en seront l’anticipation: Dans l’angoisse, elle a dû fuir en Égypte, mais Son Enfant sera indemne. Trois jours, elle Le cherchera mais Le retrouvera au Temple. Au sein de sa famille, elle sera déconcertée quand Il commencera Son Ministère. Surtout, elle communiera à l’immense Amour de Sa Croix, à Son Pardon quand Il dira : « Père, pardonne-leur! »

Sa Résurrection a été la première étape de Sa Victoire. Faite à Abraham et sa race à jamais, étendue à toute l’humanité, la Promesse se réalise. Le complot des puissants malfaisants échoue. Bien qu’ils aient encore à partager les épreuves de Leur Seigneur, aux humbles, aux affamés est ouverte l’Espérance de ressusciter pour goûter l’immense joie de Son Royaume. Aux Corinthiens, Paul suggère la Splendeur qui se prépare. Quand le grand chantier de l’Église aura abouti, tous revivront. Le Christ l’a fait le premier. Un jour, seront avec Lui tous ceux qui seront au Christ quand Il reviendra. Alors Lui remettra son Pouvoir Royal à Dieu Le Père après avoir détruit toutes les puissances du mal. Le dernier ennemi qu’Il détruira, c’est la Mort!

Ce n’est là qu’une évocation, infiniment déficiente, de la formidable Réalité qui comblera de joie tous ceux qui en bénéficieront. De tout notre travail, de la Foi en laquelle nous recevons L’Amour de Dieu manifesté en Son Fils, de tout ce nous aurons pu vivre en réponse à cet Amour, rien ne sera perdu, tout nous soudera au Seigneur et à nos frères en un bonheur sans limite! C’est la perspective qui anime notre courage quand, peut-être péniblement, il nous faut mener la lutte à la suite de Jésus et de sa Mère. Mais c’est à Elle que revient de soutenir le nôtre en nous montrant le bout du chemin. Elle a mené la première cette lutte aux côtés de Son Fils. Elle a été proclamée bienheureuse dès le début parce qu’elle a cru et s’est engagée totalement. Ce combat, elle l’a mené jusqu’au bout, et maintenant elle partage pleinement la Gloire de Son Fils. Si tous les âges la proclament bienheureuse, débarrassée des limites qui l’affectaient ici-bas, elle nous prend tous en charge dans sa tendresse. Réjouissons-nous> donc avec elle, sachant qu’elle n’a qu’un désir, nous partager sa joie en faisant triompher l’amour à la suite de Son Fils. Elle nous ouvre à l’Action de Grâces: « Le Puissant fit pour nous des Merveilles! »