Homélie du 21 novembre 2021 - Solennité du Christ, roi de l'Univers

Vive le Roi de l’univers !

par

fr. Gilles Danroc

Couronnons de joie notre année liturgique qui s’achève dans l’espérance
d’une nouvelle année avec ce temps de l’Avent car voici qu’Il vient !
En cette fête, vive le Roi ! Vive notre Roi ! Vive le Roi de l’univers !

En cette fête du Roi de l’univers, la terre exulte. Nous sommes en fête avec tout le cosmos entier. L’humanité entière est appelée à cette joie du Roi de l’univers, par le Roi de l’univers ! « Dieu règne, exulte le terre » (Psaume 96/97).
Mais qui est-il ce Roi de l’univers ? « Il est celui qui compte les étoiles, qui appelle chacune par son nom et dans le même temps, il guérit les cœurs brisés » (Psaume 146/147).
Le grand écart royal du Roi de l’univers, infiniment grand, infiniment proche à l’intime de toute personne et spécialement de toute personne qui souffre et qui perd espérance.

Qui est-il donc tout de même ce Roi ? Qu’a-t-il fait ?
Eh bien, sache-le bien, l’Évangile nous dit que des enfants des Hébreux l’ont appelé Fils de David. Quand il montait à Jérusalem, on l’a acclamé alors qu’il était assis sur le petit d’une ânesse (Mc 11, 1-11).
« Hosanna au plus haut des cieux. » Le grand écart royal. Hosanna sur un âne !
Mais peux-tu me dire son nom ? Oui, c’est le Fils de David, mais quel est son nom ? Eh bien son nom, nous l’avons vu sur une affiche officielle, écrite en trois langues, pour que nul n’ignore (Mc 15, 26). Et, par les temps de la préparation de la Pâque, nous avons lu sur le bois d’une croix plantée sur une colline médiocre, face à Jérusalem, là où allaient tous les passants et les pèlerins, pour que nul n’ignore : son nom est Jésus de Nazareth.
Et il est Roi, roi des Juifs, officiellement, « ce qui est écrit est écrit ».

Mais alors qui donc est ce Roi ? Comment est-il sacré ? Dans la lente procession de la passion de Jésus notre Seigneur, à travers les rues populeuses de Jérusalem, lui qui a été dépouillé de ses vêtements et qui porte une croix et tombe sous son poids, c’est lui. Et sur la croix, cloué à la croix, il reçoit le sacre du Roi-serviteur souffrant (Isaïe 53). Sa couronne est d’épines et son trône est une croix.
Voilà notre roi !
Ce roi a régné officiellement à peine quelques instants. Cloué sur la croix, couronné d’épines, il exerce sa royauté le temps d’attirer le bon larron dans le paradis et de donner sa vie pour sauver son peuple (Lc 23, 39-45). Son peuple attiré par ses bras ouverts, pour qu’il puisse boire dans le cœur transpercé le salut du monde, l’eau et le sang qui lavent l’univers entier.
Notre Roi est mort. Il a été déposé dans un tombeau neuf.

« Il a souffert sous Ponce Pilate et a été enseveli. »
« Je suis venu, dit Jésus à Pilate, uniquement pour rendre témoignage à la vérité. » Voici le témoignage royal de Jésus de Nazareth. « Élevé de terre et cloué sur la croix, j’attirerai dans mes bras ouverts tous les hommes afin qu’ils puissent boire l’eau et le sang de mon côté transpercé, la source du salut. »
Et voilà l’action royale qui fait basculer le monde dans la vie : « Sur la croix, il a tué la haine » (Ep 2, 14-18).
C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné pouvoir sur tous les peuples en le ressuscitant d’entre les morts. Dans la nuit de Pâques, un cri s’est fait entendre, « voici l’époux qui vient » et encore « vive le Roi » car il était mort et le voici vainqueur de la mort.

Jésus de Nazareth, roi des Juifs, est devenu, par sa résurrection, le Roi de gloire qui vient se donner à nous aujourd’hui dans sa gloire. Et ce Roi de gloire est le même que le roi des Juifs attesté par Ponce Pilate. Il est inscrit aux archives de l’humanité car c’est le gouverneur de l’empire romain. Si nous regardons l’histoire de l’humanité du point de vue de Dieu, il a choisi d’envoyer son Fils non pour condamner le monde mais pour le sauver à ce moment précis de l’histoire ! Une quarantaine d’années avant Noël, César Auguste devient « Empereur ». Quarante ans à peu près après la Pâques, Titus va détruire le Temple de Jérusalem. Entre les deux, au milieu : la vie du Verbe fait chair, Jésus de Nazareth. Car il est venu, il est né. Et il n’est venu que pour rendre témoignage à la Vérité. Et sa venue est vérité. Parmi les religions du monde, toutes exaltent leurs divinités ou leur Dieu mais seul le Credo chrétien mentionne le nom d’un « officiel » pour attester que Dieu s’est fait homme et a souffert sa passion sous Ponce Pilate.

Voilà toute notre histoire : les temps sont accomplis. C’est le temps de la venue de Dieu dans notre monde. Voici le temps du salut ! Et voici en cette fête, un acte de foi en ce Dieu qui s’est livré pour nous, qui a donné sa vie pour nous sauver. Écart royal de notre roi crucifié qui règne par sa résurrection !
Que s’est-il passé ? Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, le Dieu unique et trois fois saint est l’origine de toute chose. Le Père a tout créé par son Fils, par lui tout a été fait et sans lui rien ne fut. Et sa sagesse et son esprit. Quand les temps furent accomplis, après la naissance du temps et du monde, après la naissance de la vie, Dieu le Père a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils bien-aimé non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé. C’est là que Dieu, dans sa glorieuse liberté, a décidé de venir dans notre monde, de devenir l’un de nous.
Il a récapitulé toute chose et, sur la croix, en donnant sa vie, il nous ouvre les quelques instants officiels de son royaume. Il donne sa vie pour que nous ayons la vie.
Et le temps maintenant, le temps d’après la Pâque, le nôtre, il est entre le Christ et le Royaume.

Pourquoi ce temps ? À qui appartient-il ? Eh bien, il appartient au Roi de l’univers. Et Jésus nous a dit qu’il y aurait vraiment une fin des temps, puisque ce qui commence doit se terminer, ne peut que se terminer. Mais le Fils ne connait même pas l’heure. C’est l’heure du Père. Le mystère de la patience de Dieu, car Dieu est Amour. « Bienheureux les pauvres de cœur », avait prêché Jésus « car le Royaume de Dieu est à eux ». « Bienheureux les artisans de paix, car ils obtiendront la paix » (Mt 5, 2-11).

Notre monde n’est pas en paix. Alors comment règne le Roi de l’univers ? Comment peut-il régner puisque son royaume n’est pas de ce monde ? Il règne par la charité. Il règne en nous attirant à lui. Élevé de terre sur la croix, il a ouvert les bras pour nous accueillir dans son cœur transpercé… Élevé de terre à l’Ascension, Roi de l’univers, il continue de nous attirer à lui par toute la force de son amour, car il n’est qu’Amour et il ne règne que par l’Amour. Et cet amour demande que sur terre nous en soyons témoin, nous en soyons acteur en son nom. Voilà pourquoi le jour de notre baptême nous avons été appelés à devenir prêtre, prophète et roi. Roi ! Vous et moi, chacun de nous, tous les chrétiens, tous les baptisés. Comment sommes-nous rois ? Dans l’espace de notre vie, de notre corps, de notre cœur, de notre esprit, dans l’espace de notre famille, de notre vie professionnelle, du milieu de vie dans lequel nous sommes, dans notre pays, dans cet espace-là faisons régner la charité qui vient du Roi de l’univers. Telle est notre mission, une mission de transformation du monde par la charité. Et, comme nous l’avons entendu de l’Évangile, l’Église a reçu le témoignage de la vérité du Christ. Cette vérité, l’Église ne doit pas la taire, ni face aux césars, ni face aux empires, car « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ce qui veut dire une chose formidable, que « César n’est pas Dieu et Dieu n’est pas César ! » et que Dieu règne autrement qu’un césar. Alors si vous voulez devenir un petit césar, un césar moyen, un grand césar en dominant le monde, et bien, excusez-moi, mais c’est loupé !
Parce que le règne de Dieu est celui qui advient par la charité depuis l’intérieur de notre être parce que c’est à l’intérieur que nous avons reçu l’Amour de Dieu et nous en sommes témoins.

L’Église recevant le témoignage de vérité de Jésus doit dire aux puissants de ce monde que chaque homme est à respecter dans sa dignité d’enfant de Dieu, dans sa dignité d’homme, de sa conception à la mort. Et que chaque société humaine doit être régie en vue du bien commun de tous, dans la justice sociale qui n’oublie personne et qui conduit chaque membre de notre humanité dans la dignité d’enfant de Dieu. Elle doit dire aussi que, au cœur des conflits et des drames de notre histoire, nous devons être des artisans de paix, vouloir la paix et au milieu des drames cosmiques que nous puissions sauvegarder notre maison commune.

La paix.
C’est en 1925 que le pape Pie XI a instauré la fête du Christ Roi, parce que pendant la Première Guerre mondiale qui sera suivie de la Seconde, contenue dans la première, les puissants de ce monde et de l’Europe se sont déchirés, quasiment suicidés dans une guerre qui était une boucherie qui a transformé notre société. C’est d’ailleurs pour cela que, en 1917, le pape Benoit XV avait fait la première et la seule médiation de paix au cœur de cette guerre. Son successeur va instaurer le royaume du Roi de l’univers, et en 1926 Rome a pu condamner tous les systèmes idéologiques et politiques qui voulaient récupérer la foi chrétienne. Non, nous n’avons qu’un seul roi, c’est le Roi de l’univers et il règne par la charité, il règne par vous et par moi et « que son règne arrive ».

Je vous demande un acte de charité, spécifique au moment que nous vivons. Dans l’Église et en nous-mêmes nous avons pris le temps pour comprendre que la charité c’est pour les autres. Mais aussi la charité nous n’en sommes pas la source ! Nous la recevons pour la donner. Donc pour les autres, avec les autres, mais mieux encore à partir des autres et spécialement à partir des plus pauvres et des plus petits et des plus vulnérables. Car c’est par leur regard que sera brisé l’orgueil du monde qui nous guette tous.

Et, dans ce temps précis, pour que l’Église du Christ en France soit purifiée par la charité de Dieu, apprenons dans un acte de charité que c’est pour les victimes, avec les victimes, à partir des victimes que nous pourrons purifier l’Église de l’amour bafoué et enfin un acte de charité n’est toujours qu’un acte d’espérance. Espérance ! Que ton règne vienne ! Prions intensément notre Père pour que son règne vienne. Et faisons un acte d’espérance en entrant dans cette démarche de synodalité : marcher ensemble vers le Royaume, pas toujours devant, mais aussi au milieu, parfois derrière, en nous tenant les mains en nous entraînant vers le Royaume, au nom du Seigneur. Ainsi nous pourrons marcher avec l’Église en synode, ensemble, dans la dynamique de cette espérance en train de se réaliser pour la joie de notre Roi, le roi de l’univers, Jésus de Nazareth.
Alors que cette fête nous fasse exulter avec toute la terre !
Amen ! Alléluia !

Frère Gilles Danroc, op

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