Homélie du 5 décembre 2010 - 2e DA

Voici, je viens bientôt

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La liturgie de l’Église est la meilleure école de vie spirituelle qui soit. Parce qu’en elle, l’Esprit Saint rappelle tout ce que Jésus nous a dit. «L’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.» (Jn 14, 26). Parce que dans l’authentique liturgie de l’Église, non pas celles que nous voudrions parfois accommoder à nos goûts, mais celle que nous recevons, c’est encore l’Esprit Saint «qui vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables?» (Rom. 8, 26) En vérité, mieux que quiconque, l’Église, par et dans sa liturgie nous prépare à la venue et à la grande rencontre? et souvent de façon très sensible. Ainsi chaque temps liturgique par sa coloration propre et son ambiance prépare nos âmes à la révélation du mystère de la venue du Sauveur. Que ce soit dans le grand répertoire grégorien ou dans les compositions de notre frère André Gouzes, il est curieux de constater qu’en quelques notes aux premières vêpres du premier dimanche de l’Avent, c’est tout le paysage de ce temps d’attente qui est en quelque sorte dessiné, déployé devant nous.

Il en va un peu de même pour chaque messe dominicale où l’antienne d’entrée, celle du missel j’entends, l’introït comme on l’appelle, donne une coloration particulière, propre à chaque dimanche, dont nous ne devrions pas faire l’économie. Nous l’ignorons le plus souvent et c’est un dommage réel. Ainsi dimanche dernier l’antienne du missel reprenant le psaume 4ème nous invitait à lever notre regard, à réveiller notre attente: «Ad te levavi? Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme. Mon Dieu, je compte sur toi; je n’aurai pas à en rougir. De ceux qui t’attendent, aucun n’est déçu.» En ce deuxième dimanche, c’est Isaïe qui, soufflant sur les braises allumées dimanche dernier, prépare nos cœurs à la venue du Sauveur: «Populus Sion? Peuple de Sion, voici que le Seigneur va venir pour sauver tous les hommes. Le Seigneur fera retentir sa parole pour la joie de votre cœur.» Il annonce aussi cette joie à laquelle saint Paul nous conviera dimanche prochain: «Gaudete in Domino? Soyez dans la joie du Seigneur, je vous le redis, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche.»

Pourquoi vous partager cela ce matin, frères et sœurs? Peut-être tout simplement parce que l’Avent, qui ouvre une année nouvelle, est un temps de recommencement, et, d’année en année, de rajeunissement d’une vie qui, par la liturgie, plonge dans l’éternité par la foi. Pour l’instant, nous sommes dans le monde des ombres, dans l’attente. Mais l’Évangile prévient: «Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres? il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé.» Et soudain, ce monde se déchirera, disparaîtra, et notre Créateur surgira. Alors, s’établira un rapport nouveau entre le Créateur et chacune, chacun de nous, ses créatures. Il nous regardera et nous le regarderons?

Les gens se demandent «Pourquoi faut-il aller à l’église le dimanche, observer certains rites et certaines cérémonies? Tout simplement pour nous préparer à le regarder et surtout nous laisser regarder, c’est-à-dire aimer! Un commerce entre Dieu et nous, maintenant, par la prière liturgique de l’Église et d’autres voies semblables, est nécessaire à une rencontre supportable par nous dans l’au-delà. Tout sera neuf! Le commerce mystérieux, entre nous et Dieu, ce que nous appelons la communion sacramentelle, est ainsi nécessaire pour nous préparer à supporter la vue de Dieu. Il nous regardera et nous le regarderons. Songez donc!

C’est la raison pour laquelle nous venons à l’église. Nous sommes ici pour nous préparer à entrer dans cette radicale nouveauté pourtant déjà inaugurée. Notre culte religieux c’est finalement: «sortir à la rencontre de l’Époux». Grâce à l’authentique liturgie, non pas celles que nous nous serions parfois tentés de nous fabriquer mais celle que nous recevons de l’Église, grâce aux psaumes et aux chants sacrés, à la confession et à la louange, nous nous préparons. Voilà pourquoi il nous faut être très attentif notamment à ces chants du missel, même si nous ne les chantons pas ou si peu! Ils constituent avec les oraisons du missel une merveilleuse lectio divina au long de l’année et une authentique préparation. «Le Seigneur va venir pour sauver tous les hommes. Le Seigneur fera retentir sa parole pour la joie de votre cœur.» (Introït du 2ème dimanche de l’Avent) Ainsi, de mainte façon, celui qui est notre juge nous prépare aussi à être jugé, celui qui nous glorifiera nous prépare à la glorification, de sorte que nous ne soyons pas totalement surpris: ainsi lorsque la voix de l’archange retentira et que nous serons appelés par l’Époux, il fera toute chose nouvelle, mais nous serons prêts. «Ainsi, d’un seul cœur, d’une seule voix, écrit saint Paul, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.»

Pourquoi vous partager cela ce matin, frères et sœurs? Parce que ce temps de l’Avent est une grâce pour retourner à la totalité de la liturgie de l’Église, missel en main, si possible un missel stable et non un jetable? pratique sans doute, néanmoins une réelle maladie de notre temps. Dans la liturgie, nous entendons la voix de l’Époux qui s’adresse à nous dans les lectures et nous fortifie dans les épreuves, saint Paul vient de le dire: «Tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture.» (Rom. 14, 4) Mais la liturgie de l’Église ne se réduit pas aux seules lectures. Il s’en faut! Nous y entendons aussi la voix de l’Épouse, l’Église, qui, animée, transportée par l’Esprit de Dieu, répond et nous apprend à répondre à l’Époux qui vient. Si nous sommes attentifs à toutes les richesses de notre missel qu’il contient à ces chants d’entrée et de communion, tirés de l’Écriture, à ces oraisons, l’Église nous apprend à chanter, à vivre, à prier au souffle de l’Esprit.

Aujourd’hui, au travers des oraisons de cette messe, elle nous apprend d’abord à ne pas nous appuyer sur nos propres forces, mais à tout attendre du Sauveur. Dans quelques instants, à la fin du geste d’offrande, l’Église mettra en effet dans nos cœurs et sur nos lèvres cette prière humble: «Nous ne pouvons pas invoquer nos mérites, viens par ta grâce à notre secours.» Nous demanderons encore cette grâce à la fin de la prière eucharistique, le vénérable canon romain: «Et nous, pécheurs, qui mettons notre espérance en ta miséricorde inépuisable, admets-nous dans la communauté des bienheureux Apôtres et Martyrs? Accueille-nous dans leur compagnie, sans nous juger sur le mérite mais en accordant ton pardon, par Jésus Christ, notre Seigneur.» Dès l’ouverture de cette messe, nous avons supplié avec elle: «ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils.» et nous demanderons encore: «Apprends-nous, dans la communion à ce mystère, le vrai sens des choses de ce monde et l’amour des biens éternels.» L’Église nous fait demander une profonde conversion pratique, non seulement des cœurs, mais des intelligences. N’avons-nous pas entendu l’appel de Jean le Baptiste? «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est là!» Pour y répondre, avec notre Mère l’Église prions encore le Seigneur les uns pour les autres: «Éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à t’accueillir et nous fait entrer dans ta propre vie.» «Voici je viens bientôt?» Amen.