Homélie du 11 avril 2004 - Jour de Pâques

«Voici le jour que fit le Seigneur: jour d’allégresse et jour de joie»

par

fr. Alain Quilici

Le Christ est ressuscité. Il n’y a plus de nuit. Le Christ est ressuscité, et la ténèbre autour de nous devient lumière. Nous n’avons pas beaucoup dormi cette nuit, car cette nuit était plus lumineuse que le jour. Le Christ est ressuscité, et c’est lui-même qui est le Jour. Il est la Résurrection et la vie (Jn 11,25). Oui, vraiment, «voici que les ténèbres s’en vont, et que la véritable lumière brille déjà» (I Jn 2,8); voici que «l’astre du matin se lève dans nos cœurs» ( 2P 1, 19).

Frères, nous célébrons la Résurrection du Christ. Mais, vous le sentez bien, si nous sommes si bouleversés, c’est que cet événement nous touche, nous concerne, nous implique. Il ne faut pas hésiter à l’affirmer: en célébrant la résurrection du Christ, c’est notre propre résurrection que nous fêtons. Par le baptême, chacun de nous a été illuminé. «Il nous a fait passer des ténèbres à son admirable lumière» (I P. 2,9). La Résurrection, ce n’est pas un concept. Ce n’est pas non plus une idée aussi belle soit-elle: c’est une réalité que nous pouvons, que nous devons expérimenter. Permettez-moi de méditer ce matin, avec vous, sur quelques conséquences, pour nous, de cet événement.

La première conséquence, la plus importante sans doute, c’est que la mort ne nous menace plus. Notre mort n’est plus devant nous, comme un vide sombre et angoissant, comme un gouffre où viendraient s’anéantir notre désir, notre volonté de vivre. Elle est bel et bien derrière nous. Par le baptême, chacun de nous a été plongé dans la mort du Christ (Rm 13,3), chacun de nous s’est relevé dans sa Résurrection. Certes, la mort biologique demeure. Mais, pour nous, elle n’est rien de plus qu’un passage: «celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra» (Jn 11,25). Nous qui sommes ressuscités, n’ayons donc plus peur de la mort. Comme le dit très clairement l’épître aux Hébreux: «Le Christ a participé à notre chair et à notre sang pour réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui avait la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable ; et pour libérer ceux qui leur vie entière étaient réduits en esclavage par l’angoisse de la Mort» (Hb. 2,14-15).

La deuxième conséquence découle de la première. Puisque la mort est derrière nous, et non plus devant, nous devons opérer une véritable conversion, un véritable « retournement », par rapport au temps. Ne restons pas frileusement obsédés par un lointain passé, par une enfance abolie, âge d’or ou paradis perdu, comme ceux qui ont peur de vieillir. Nous sommes résolument tendus vers l’avant, tournés vers l’avenir. Nous attendons la fin, car nous savons qu’elle est un commencement. Et nous allons vers elle de commencement en commencement. Ô miracle! Ô merveille! le temps qui passe ne nous vieillit pas; il nous rajeunit et nous renouvelle. Comme l’écrit saint Paul: «même si l’homme extérieur s’en va en ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour» (Il Co 4,16). D’année en année, de fête en fête, de saison en saison, nous nous simplifions, nous nous allégeons. Nous devenons de plus en plus semblables à ces petits-enfants dont Jésus nous dit que seuls ils pourront entrer dans le Royaume des Cieux.

Et puis, enfin, si nous sommes du Jour, nous devons vivre dans la lumière. Toute notre manière d’être en est transformée. Ici encore écoutons la Parole de Dieu: «dès lors, plus de mensonge, que chacun dise la vérité à son prochain» (Ep. 4,25); «puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir» (Gal. 5,25); «conduisez-vous en enfant de lumière» (Ep. 5,8); «Tous, vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour… Nous qui sommes du jour, soyons sobres» (1 Th. 5,5-8). Il ne s’agit pas ici d’abord de morale mais de transfiguration. La lumière de la Résurrection touche l’être tout entier, pour le guérir et le renouveler.

Frères, croyons en la Résurrection. Non pas seulement avec notre tête, mais avec le corps et le cœur, avec l’imagination et le désir, avec la force d’aimer et la joie de vivre. Passons des ténèbres à la lumière, du désespoir à l’enthousiasme, de la volonté de puissance à la volonté de service, de l’égoïsme au don de soi, bref de la solitude à la communion. Croyons en la Résurrection, mais surtout, vivons la Résurrection: en nous aimant les uns les autres, en construisant l’Église. Comme le dit admirablement saint Jean dans sa première épître, «Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères» (1 Jn 3,14).

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