Homélie du 15 décembre 1996 - 3e DA

Voici qu’il vient

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Voici le temps de l’Avent! Avent, c’est-à-dire, avènement ou encore venue, car il vient, celui que nous attendons, le Messie que Dieu nous donne! Nous l’attendons en vérité. Nous ne faisons pas comme si nous ne savions pas qu’était né, voici près de 2.000 ans, un enfant nommé Jésus, né à Bethléhem dans la famille de David. Cet enfant s’est révélé à la plénitude de l’âge comme l’authentique fils de David, l’héritier légitime de l’espérance de son peuple. Nous le savons parce qu’il l’a prouvé par ses actes et ses paroles. Il avait mis toute son énergie à instaurer le Règne de Dieu. Il a heurté de plein fouet les puissances du mal à l’œuvre dans le monde. Crucifié, enseveli, Dieu lui a rendu justice et l’a ressuscité d’entre les morts. Désormais et à jamais, Jésus est le ressuscité, le Fils de l’homme dans la gloire. Nous n’attendons pas le petit Jésus, mais le Fils de l’homme dans sa gloire.

 

1. Un grave contresens pèse sur le mot de résurrection, si nous l’entendons comme un départ définitif. Alors que Jésus n’a cessé de dire qu’il venait à tous grâce à sa résurrection. A la veille de sa mort, il a dit à ses disciples:  » Voici que je viens  » (Jn 16,22; Jn 20,19). Il nous le dit à nous aujourd’hui.  » Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.  » (Mt 18,20). Il vient, il ne cesse de venir puisque Dieu ne cesse de nous donner « celui qui, par sa résurrection d’entre les morts, a été établi Fils de Dieu avec puissance par l’Esprit de sainteté » (Rm 1,3-4).

Jésus ressuscité a donné à ses disciples son Esprit pour qu’ils poursuivent sa mission de faire advenir le Règne de Dieu. Jésus a confié à ses disciples la responsabilité de sa venue; il ne cesse de confier à son Église la responsabilité de faire advenir le Règne de Dieu. C’est ainsi que Jésus vient, par la mission confiée à tous les baptisés.

Il vient, le Ressuscité, le Fils de l’homme, chaque fois que des parents osent dire à leur enfant, qui les interroge sur le pourquoi de la vie, que tout vient de Dieu. Il vient chaque fois qu’un chrétien, à un moment essentiel où sa vie prend forme nouvelle, confirmer le baptême reçu dans son enfance. Il vient chaque fois que quelqu’un se convertit et entre dans la prière vraie. Il vient le Fils de l’homme, chaque fois que quelqu’un ose dire à ses compagnons de travail ou de loisir que la source de la vie et de la fraternité s’est manifestée en Jésus de Nazareth. Il vient chaque fois que l’amour est vécu dans la certitude que l’union de l’homme et de la femme sont le sacrement des noces de Dieu épousant l’humanité pour l’introduire dans la gloire. Il vient chaque fois qu’à l’aliénation religieuse, un baptisé oppose la clarté de la foi. Il vient chaque fois que devant la mort, un baptisé nomme la bienheureuse espérance. Il vient chaque fois que se brise le langage convenu des religions et des rites et qu’apparaît la liberté des enfants de Dieu, explicitement référée à l’action de l’Esprit Saint en qui nous avons l’audace de dire à Dieu « notre Père ».

Tel est le temps de l’Avent! Corrélativement à ce mystère d’Avènement, si les chrétiens ne proposent pas la foi, alors celle-ci disparaîtra. Tant de chrétientés sont mortes, enveloppées d’un grand linceul de silence et d’oubli!

2. Si les chrétiens ne disent pas clairement et intelligiblement la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus, celle-ci sera ignorée et Dieu sera méconnu. Si les chrétiens se taisent, alors Dieu sera en exil. Pour que le Règne de Dieu vienne en vérité, tout le peuple chrétien doit devenir davantage proposant de la foi. Si les chrétiens se taisent, le Règne de Dieu ne viendra pas. Pour cette raison, il importe de prendre connaissance et de travailler un texte que les évêques de France nous adressent, La Lettre aux catholiques de France. Cette lettre a pour objet et pour titre: Proposer la foi dans la société actuelle.

Proposer! Le titre de la Lettre de nos évêques est un verbe, puisqu’être chrétien, c’est être actif. Les évêques donnent quelques lignes d’action précises: 1. La célébration du salut, 2. le service de la vie des hommes, 3. l’annonce de l’Évangile.

Proposer la foi! Le verbe proposer n’est pas indifférent. Il s’agit d’une proposition, car la foi est une réponse libre à une invitation. La foi ne s’impose ni par la force des armes, ni par la contrainte psychologique, ni par la séduction… La foi naît en réponse à une proposition qui suscite et dilate la liberté.

Proposer la foi dans la société actuelle! L’expression société actuelle est importante, parce que la proposition de la foi ne saurait se contenter de la répétition des formules du passé. La proposition de la foi, ou l’annonce de l’Évangile, se doit de relever les défis de notre société, libérale et pluraliste, laïque et multiculturelle, désabusée et pleine de richesse, fracturée et éprise de liberté – car le temps que Dieu nous donne est un temps de grâce.

La Lettre que nos évêques nous adressent est un instrument de travail qu’il importe de mettre en œuvre; elle est donc confiée à votre responsabilité. Elle fait de nous tous d’autres Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes qui s’est placé en annonceur de plus grand que lui.

3. Notre responsabilité de baptisés fait de nous des voix qui, dans le désert de l’incroyance et de la mal-croyance, disent qu’il est quelqu’un, celui que Dieu le Père a établi comme principe du monde nouveau et qu’il importe de connaître pour avoir la vie.

Comme Jean-Baptiste jadis à l’aurore du salut, nous voici investis de la mission de dire à tous ceux que nous rencontrons et qui ne partagent pas notre foi:  » Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas  » (Jn 1,26). Mais aussi, en devenant d’autres Jean-Baptiste, nous aurons la joie de découvrir que même si nous pouvons réciter en vérité le credo et dire  » je crois « , ceux à qui nous le disons nous apprennent quelque chose de neuf. La parole de Jean-Baptiste nous concerne. Au milieu de nous se tient quelqu’un que nous ne connaissons pas encore vraiment, celui que Dieu le Père nous donne, le Fils de David, le Ressuscité.

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