Homélie du 5 janvier 2025 - Solennité de l'Épiphanie du Seigneur – Messe de 21h

Votre route change-t-elle grâce à Dieu ?

par

fr. Hugues-François Rovarino

Certains mots ne rendent-ils pas notre œil plus vif ? Quand notre oreille les capte, nous devenons plus attentifs ! Ainsi, en ces heures, deux mots : « Épiphanie » que l’on imagine rayonnant et chatoyant, et « Mage », plus mystérieux : un de ces mots dont on rêve de savoir ce qu’ils recèlent… Or, accompagnés d’images de prophéties, des mages se présentent aujourd’hui, alors que notre imaginaire couronna leur silhouette, les revêtit de brocarts, drapa leurs présents de tissus somptueux et multiplia leurs dromadaires et toute leur suite : ne devenaient-ils pas des rois ? Une cavalcade chamarrée ne devait-elle pas marquer leur arrivée à Bethléem ?
Pourtant, les mages sont davantage encore ! S’ils sont actifs aux premières heures de l’Évangile, s’ils arrivent de loin et fort mystérieusement, s’ils cherchent leur chemin à Jérusalem, s’ils parviennent à Bethléem dans la nuit, à la lumière d’une étoile et de la prophétie, ils sont aussi l’expression concrète d’une autre rencontre, plus secrète. Ces mages avec leurs cadeaux d’or, d’encens et de myrrhe scellent une rencontre, triple, elle aussi : celle de la sagesse, de la providence et de la soif religieuse de l’homme.
Et cette triple rencontre concrète, vraie, vivante, les amènera à modifier leur route ! Voilà que leur aventure est non seulement la préparation d’une Épiphanie du Seigneur, mais un apport pour notre vie. Les mages d’Orient ne sont pas des anti-bergers de Bethléem ; ou comme si l’on pensait : des adorateurs païens et savants font le pendant à des juifs peu attentifs au Messie qui vient. Il s’agit encore moins de comparer de riches mages et de pauvres bergers dans leurs démarches vers le Seigneur ; ni encore de supposer que ceux qui contemplent le ciel, complètent ceux qui écoutent les anges du Très-Haut ! Non, évidemment, ces païens marchent vers la clarté naissante. Et le Seigneur éclaire leur route ; ainsi il éclairera la nôtre — lui qui se présentera comme « le Chemin, la Vérité, la Vie ». Voyons cette correspondance.

L’Or pourra évoquer ce Chemin qui, ici, conduit à mieux découvrir Dieu. Il permet une rencontre inattendue ; après des déserts éveillés, des nuits difficiles et une espérance patiente, le sage atteint Dieu ! La sagesse humaine aura rendu possible la rencontre, et la voici comblée et dépassée. À l’or présenté répond le Créateur de l’or ! Toute la création est le cadre naturel d’une telle rencontre, sans violence devant l’éclat de cet or. Car aujourd’hui, le sage nous montre l’attitude juste : avant tout, il s’émerveille ! Il se réjouit car la grâce du Sauveur a prévenu ses pas. Qu’il soit conscient ou non de la présence de cette grâce, le sage est heureux de sa découverte ! La Sagesse n’est-elle pas comme de l’or qui guiderait notre chemin vers le Sauveur ? Le sage offre l’or et adore !
Mais cela n’est-il pas un geste de prière ? Les mages offrent l’encens, car à travers la Sagesse ils découvrent leur Roi, leur Auteur et leur Sauveur, en même temps que la Vérité ! Leur rencontre est concrète ; mais elle est d’abord un fruit de la Providence. Effet d’une sagesse, elle est pourtant divine ; et ce comportement se révèle normal. Notons-le ! Avec la majesté de l’attitude — à savoir : offrir de l’encens à Dieu — naît un comportement personnel : la prière. La rencontre de Dieu n’est pas un acte de violence, ni le viol d’une liberté… La Providence du Seigneur gouverne cette Épiphanie, dans la manifestation de sa Vérité qui va stimuler intelligences et volontés humaines. La prière d’adoration sera le lieu où cela s’unifie. Les mages vivent cette vérité. Leur attitude le montre : l’encens sera leur présent !
Alors nos mages prendront désormais une autre route : ils ont rencontré la Vie. Et leur vie a changé ! La myrrhe évoquera ce passage, cette Pâque ; mais elle annonce aussi notre transformation par la grâce venue du Sauveur. La rencontre des mages avec Jésus rejoint une réalité vitale pour tout homme. Comme nous, selon la grâce de Dieu et la liberté humaine, tout homme peut prendre conscience de ces « merveilles de Dieu », dans ce sanctuaire personnel où le Créateur rencontre chacun qu’il créa et vint racheter ; cet homme « capable de Dieu » !

L’or de leur sagesse avait conduit le cheminement des mages ; l’encens de leur prière avait rencontré la Vérité dans l’accomplissement des prophéties ; la myrrhe prophétisait la transformation de toute vie par la Pâque du Sauveur. Cette conversion a prophétisé la nôtre. Comment la route au départ de Bethléem ne figurerait-elle pas notre vie, après nos rencontres avec Jésus ! Ces heures de grâce ont leur place à tout âge, à l’instant que Dieu connaît. Que son Épiphanie éveille notre foi ! L’adoration nous y dispose pour notre Joie !

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