Homélie du 4 novembre 2012 - 31e DO

Vous avez dit « mariage pour tous » ?

par

fr. Arnaud Blunat

Quel est le premier de tous les commandements? Question étonnante de la part d’un scribe, un docteur de la Loi de Moïse, un spécialiste de la lecture de la Bible. Faudrait-il remettre en cause le fondement de la foi? Mais ce scribe n’a-t-il pas raison de poser cette question? N’est-il pas en effet étonné par les enseignements et les attitudes de Jésus, comme bon nombre de pharisiens et de docteurs? Qu’est-ce-que Jésus serait prêt à répondre, lui qui semble à bien des égards épouser les idées du monde? Face à ceux qui ne partagent pas la foi d’Israël, face aux incroyants, peut-on encore dire que Dieu est au fondement de la vie humaine? (…) Jésus répond au scribe en reprenant la plus belle profession de foi qui soit: «Écoute, Israël, le Seigneur est l’Unique Seigneur». Cette invitation à écouter est la condition pour entrer dans la foi. La foi naît de l’écoute attentive. C’est Dieu qui nous révèle son existence. Dieu qui préexiste à toute chose, Dieu qui donne la vie et propose à l’homme un chemin qui conduit au bonheur. Au lieu de cela, nous risquerions de penser que notre intelligence seule est suffisante pour penser notre destinée et construire notre vie. Dieu lui-même est au commencement, à l’origine de tout savoir. Mais il ne s’agit pas seulement de le connaître intellectuellement, il s’agit de s’attacher à lui, de demeurer en lui, de le respecter, de faire sienne sa parole murmurée au plus profond de notre conscience, et c’est cela que signifie Aimer Dieu. «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force». Mais Jésus poursuit en énonçant un 2ème commandement, car pour lui il est indissociable du premier. Ce 2ème commandement ne concerne pas Dieu mais le prochain, celui qui est semblable à moi et différent de moi. La source de l’amour du prochain, c’est Dieu. Le scribe saisit la force de la position de Jésus et comprend que rien en effet ne peut surpasser l’amour du prochain comme hommage suprême rendu à Dieu. Mais que veut dire: «aimer son prochain comme soi-même»? C’est, pour Jésus, lui venir en aide, le secourir, c’est lui vouloir du bien. Mais c’est aussi le respecter, ne pas chercher à le manipuler, l’utiliser pour son intérêt. Toute personne est unique et nous renvoie au Dieu unique. Toute personne est digne de respect et d’attention. L’amour est le chemin que Dieu propose à tout homme, mais tout amour comporte des limites. Car l’amour est fragile, blessé par le péché d’orgueil et de suffisance qui menace notre équilibre. Pour nous, croyants, il est indispensable de revenir aux sources de notre foi, aux première pages de l’Écriture où Dieu nous présente son projet de vie et d’amour. Dieu a tout créé et ordonné pour le bonheur de l’homme. C’est dans l’alliance du couple originel qu’il révèle son propre mystère: «Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa, homme et femme il les créa». Ce mystère d’Alliance constitue toute l’histoire de Dieu avec l’humanité. Il trouve son point culminant dans le don que le Christ fait de sa vie sur la croix pour détruire le péché et la mort et faire resplendir la vie.

Nous vivons actuellement une période troublée. Vous le savez, des projets de lois sont programmés visant la transformation de notre vie sociale. Il nous appartient de dire que nous ne sommes pas d’accord avec ces soi-disant évolutions de notre société. L’esprit du monde sème la division. Derrière le projet de mariage soit disant pour tous, il y a une volonté évidente de détruire les bases de notre société. Ce projet nécessitera la refonte de notre droit, entraînera la remise en cause des distinctions fondatrices de notre humanité, les distinctions homme / femme, époux / épouse, père / mère et bouleversera durablement nos modes de penser. Certes, il est essentiel de garantir le respect de toute personne, et de ne pas restreindre notre conception du prochain. Nous croyons à la valeur que représente une famille et nous voulons que la paix soit présente dans toutes les familles. On ne peut pas empêcher qui que ce soit de vivre comme il veut, mais on ne peut pourtant pas institutionnaliser n’importe quelle union, promouvoir n’importe quelle famille. Toute famille se doit d’être attentive au bien-être et à l’épanouissement des enfants. L’ouverture du mariage aux couples homosexuels n’affectera pas que les enfants, mais aussi toute personne raisonnable qui perçoit bien là, avec ce projet de loi, la participation à une vaste manipulation à l’échelle mondiale. Nous devons nous opposer à l’idéologie du genre qui s’est infiltrée dans toutes les couches de notre société, autant dans les entreprises que dans les établissements scolaires. Il n’est pas normal qu’une minorité prenne en otage l’ensemble du corps social. Des groupes de pression exercent une action nocive dans bien des milieux et veulent remettre en cause le modèle anthropologique culturel qui porte notre société et donne sens à notre humanité. Cette tentation, que dire, cette volonté de nuire ne date pas d’aujourd’hui. L’auteur de la Genèse avait été en contact avec l’univers culturel de Babylone, semblable en bien des aspects au monde d’aujourd’hui. Et c’est pourquoi il a été inspiré de présenter un Dieu créateur qui a voulu faire alliance avec l’humanité pour manifester son amour éternel. Quand on se passe de toute référence à Dieu, on ouvre dès lors une «boîte de Pandore» que nul ne peut refermer. Plus que jamais, nous savons que seule notre fidélité au Christ et à la Parole de Dieu nous permettra de nous garder des voies sans issue. C’est une lutte sans merci qui est en train de se jouer dans notre humanité. Nous n’avons que la force des mots que la foi nous inspire, l’énergie de l’espérance et la puissance de notre amour. Que le Seigneur qui est notre unique Sauveur nous aide à revenir à lui. Car sans sa grâce nous ne pourrons pas progresser vers les biens qu’il nous promet. C’est au nom de notre fidélité à Dieu et de notre amour pour tous que nous pourrons prétendre atteindre le Royaume pour tous.