Homélie du 2 mai 1999 - 5e DP

« Vous êtes les pierres vivantes »

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Imaginez un peu, le soleil brille, vous êtes en vacance et vous avez envie d’aller visiter une église perdue dans la nature ou une ancienne ville fortifiée dont les remparts sont encore debout. Que faites-vous en premier si vous n’êtes pas sûr du lieu? Eh bien vous prenez une carte pour trouver votre chemin et puis, arrivés sur place, vous essayez de trouver la porte d’accès. Vous me direz, vous avez toujours la possibilité d’escalader un des murs pour pénétrer à l’intérieur mais le risque est toujours possible qu’une pierre se décèle et que vous fassiez une mauvaise chute. L’idéal cependant, si vous n’êtes pas sûr du lieu, reste toujours qu’un ami, connaissant les lieux pour y avoir déjà été, vous guide vers cet édifice, qu’il vous guide sur le bon chemin et vers le portail ouvert.

Et bien, frères et sœurs, pour notre vie de chrétien, il en va de même.

Ce guide, c’est le Christ.

Ce chemin, c’est le Christ «Je suis le chemin».

Cette porte, c’est le Christ «Je suis la porte des brebis».

Lui seul en effet peut nous conduire au Père et lui seul peut nous conduire vers ce bel édifice qu’est la maison du Père. Le soleil qui brille en ce jour de promenade? c’est le soleil du jour nouveau, le soleil de la résurrection. Car c’est en effet par la résurrection d’entre les morts que le Christ nous a rouvert le chemin de la vie, le chemin de la maison du Père. «Nul ne vient au Père que par moi». Le Christ est notre médiateur, notre unique et parfait médiateur. En se faisant notre guide, en se faisant pour nous le chemin et la porte, il accomplit la promesse qu’il avait faite au soir de la Pâque: «Quand je serai allé let que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi».

Mais poussons plus loin la réflexion. Si le Christ est le chemin, s’il est la porte, et bien il est aussi la Pierre de cette construction. «Approchez-vous du Christ Pierre vivante choisie, précieuse auprès du Père». Il est la Pierre d’angle de l’édifice saint, il est la pierre de faite du temple saint de son corps.

Détruisez ce temple et en trois jours je te rebâtirai, avait annoncé Jésus aux juifs. C’est ce qu’ils firent. La pierre d’angle fut rejetée, ils le crucifièrent. Le temple de son corps fut détruit, ses portes enfoncées, leurs cognées en plein bois abattant les vantaux, et par la hache et par la masse ils martelaient, ils profanèrent jusqu’à terre la demeure du Nom très saint puis l’ensevelirent.

Mais au matin du troisième jour, la voilà resplendissante de beauté, pierre vivante, ressuscitée. Le Christ jaillit du tombeau et le temple détruit est rebâti. Mais il est rebâti plus grand, plus large. Et voilà la grande et belle leçon: Ressuscité des morts, le Christ édifie son propre corps qui est l’Église, et ce corps ne cesse de grandir. Les actes des apôtres nous révèlent qu’en ces jours-là, le nombre des disciples augmentait. Pour cette raison, les apôtres durent établir les sept. Par cet acte, ils rajoutaient ainsi à l’édifice déjà existant du corps du Christ cette pierre énigmatique annoncée par le prophète Zacharie. «Sur cette pierre, il y a sept yeux», dit-il, «Ces sept là sont les yeux du Seigneur, ils sont envoyés en mission par toute la terre.» (Zach. 3, 9; 4, 10). De fait, par le choix des sept, les apôtres étendaient la construction du temple du corps du Christ aux nations païennes. Et toujours l’Église s’édifiait, et toujours le nombre des disciples augmentait considérablement.

De cette Église, frères et sœurs, vous êtes les pierres vivantes et la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même.

Voilà donc la beauté du mystère: Pierre rejetée des bâtisseurs, ensevelie, il ressuscite, pierre de faîte couronnant l’édifice entier de l’Église. Il est la tête du corps entier et nous, les pierres vivantes, nous sommes les membres d’un si bel édifice.

Mais attention, frères et sœurs, ne nous y trompons pas, ce bel édifice n’est pas constitué que de pierres parfaites. «Si l’Église était faite uniquement d’hommes parfaits, j’aurais l’impression que je n’y suis pas.» disait Bernanos. De fait, et c’est là la réalité, notre église est constituée de pierres de taille, superbe de perfection apparente, peut-être, mais qu’en est-il du côté non apparent? Il est caché mais il est là. Elle est aussi faite de pierres lourdes, massives, de pierres qu’on foule aux pieds, de pierres fragiles, et de tant de pierres si insignifiantes qu’on ne les regarde jamais.

Telle est l’Église, complexe mais profondément une. Et surtout ne l’idéalisez pas comme une belle architecture de carte postale, elle est là, elle subsiste en ses membres, elle est constituée des pierres que nous sommes tous. Et c’est l’unité de toutes ces pierres, conduites à la vie nouvelle par la résurrection, et étroitement liées à la pierre d’angle qu’est le Christ, qui forme l’Église visible aux yeux.

Quand on parle de l’édifice et de ses pierres, il est nécessaire aussi de regarder plus loin, d’agrandir un peu notre perception. L’Église n’est pas uniquement constituée par les pierres apparentes, il y en a beaucoup de cachées, il faut les chercher dans les soubassements, dans l’épaisseur des murs, loin de la lumière des vitraux, dans les cryptes les plus noires. D’accord, elles n’ont peut-être rien à voir avec les pierres les plus belles mais elles sont parfois beaucoup plus importantes qu’une jolie voussure bien ciselée. Enlevez-les et ce peut-être tout un pan de l’édifice qui s’effondre. Elles n’ont peut-être pas reçu le sceau du tailleur de pierre mais elles appartiennent tout de même à la construction.

Voilà l’Église du Christ, voilà son corps, voilà ses membres, et c’est dans cette église, que le Christ glorifié demeure sur terre. Cette Église, s’il en est la porte, s’il en est la Pierre d’angle, il en est aussi la Vie, il l’irrigue et la soutient par sa vie divine «de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et subordonné à ce qui est divin, ce qui est visible à ce qui est invisible» (Vatican Il). Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir (Hb 13, 14), cette Cité céleste dont l’édifice que nous formons dès maintenant reflète déjà les réalités invisibles. Par la vie de la grâce, ce corps reflète la cité sainte, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel, resplendissante de beauté telle une pierre précieuse.

Dans cette cité céleste, de temple il n’y en a point, car le Seigneur est son temple ainsi que l’agneau et vous tous unis à ce temple, vous en êtes les membres saints car le temple de Dieu est saint.

            Et ce temple, c’est vous.