Homélie du 3 novembre 1996 - 31e DO

Et toi, que fais-tu de mon Évangile?

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 » Que faites vous de mon Alliance? A quoi vous sert ma Loi?  » Voici deux questions sous-jacentes aux paroles de Jésus. Le tout se conjuguant avec un brin de dénonciation et d’avertissement à l’égard de certains, d’encouragement et de promesse pour d’autres.

La dénonciation:  » Ils disent et ne font pas  »

L’encouragement:  » Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent, mais n’imitez pas leur pratique « .

Ces paroles laissent facilement entrevoir un certain nombre de visages qui illustrent pour nous la pensée du Seigneur. Nous avons vu celui du prêtre et celui du lévite de la parabole dite  » du bon samaritain « . Ils ont certainement préféré les lois rituelles, qui leur imposaient la pureté, l’abstention de tout contact avec la blessure, la souffrance. Ces visages assombris, ont-ils rencontré un jour, dans ses vêtements maculés de soins, le regard lumineux de l’impur – ce voyageur qui, une nuit, nous a véritablement montré ce que c’est qu’  » être le prochain « ?

Notre mémoire nous a aussi dépeint les masques des maîtres de la loi qui poussaient des cris de sentence, alors que le moment était venu du condamner celui qui ne respectait ni le Sabbat, ni la Loi; soutenant qu’il était aussi précieux, au jour consacré à Dieu, de rendre service, de guérir, de rester un instant auprès d’un lépreux, ou encore de glaner quelques épis pour apaiser sa faim.

Nos regards se sont peut-être tournés vers des chefs, vers des responsables, des meneurs, qui, en ces jours qui sont les nôtres, laissent parfois flamber l’injustice et se propager l’inadmissible, au nom de l’ordre, de la paix publique et des lois économiques.

Nous avons certainement vu des visages d’Église, des membres de son corps, de son clergé ou de ses fidèles, dont les paroles ont perdu toute leur saveur lorsque nous avons été déçus un jour par leurs fruits trompeurs ou par des choix surprenants et inattendus.

Peut-être y avons-nous aperçu notre propre visage, qui dans la succession des luttes et rencontres quotidiennes n’a pas toujours pu rompre avec cette catégorie  » de ceux qui disent et ne font pas « .

Jésus dénonce le  » dire  » qui n’est pas suivi du  » faire « , car c’est contrevenir à la Parole de Dieu.

Jésus lance alors aux uns un avertissement: Malheur à celui qui s’élève – qui au nom de ma loi, s’élève pour usurper la chaire de Moïse – se faisant passer pour le Père, le maître et le garant de la Loi, et s’en sert à ses propres intérêts.

A d’autres, il donne une promesse: Béatitudes aux affligés, Joie aux humbles; à ceux à qui la Loi coûte; à ceux pour qui la Loi n’est pas évidente, difficile à comprendre et à vivre, car mille principes viennent de toutes parts pour la contredire. Réjouissez-vous si ma Loi est pour vous un combat intérieur; et si dans l’épreuve et le doute, dans les contradictions de la Loi avec  » la vie « , vous gardez l’espérance.

En effet, la Loi, le commandement, fut-il le plus grand pour Jésus, n’est plus du registre des principes, des règles. Ce sont ses dires et ses faires qui forment l’Évangile. Ils ne forment pas un corpus de simples belles paroles; ni un recueil de belles interprétations, capable de mettre en cause un système religieux, ou une façon de vivre que viennent confirmer des miracles. Ses dires et ses faires sont l’accomplissement de l’Alliance entre Dieu et les hommes.

Une mise en garde à ceux qui disent et ne font pas ne donne pas lieu non plus à un devoir dire et devoir faire irréfléchis. Ce serait dénaturer l’Évangile lui-même. Jésus ne fait pas un rappel au devoir, il invite à accomplir.

Si bien que pour accomplir, il ne suffit pas de dire et de faire. Car dire consisterait à s’instituer détenteur d’une parole: ce serait faire du verbe une lettre morte, voire une idéologie et faire ferait de nous des exécutants, des asservis, des machines. Mais il faut un certain esprit, il nous faut l’Esprit.

Accomplir devient alors imitation du Christ lui-même. Ses paroles deviennent nos paroles, son agir devient notre agir. Accomplir c’est devenir avec Lui  » Évangile « . Accomplir nous place avec Lui dans une relation de communion, de coopérateur du Royaume.

Voici que le Seigneur nous pose aujourd’hui la question:  » Toi, que fais-tu de ma Parole, de mon Évangile?  »

N’en fais pas un code de loi, mais fais-en la nourriture de ta Foi.

La vigilance, pour passer de la peur à la joie.

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