Homélie du 21 juillet 2013 - 16e DO

Marthe et Marie

par

fr. François Daguet

Il y a des situations, dans les Évangiles, où Jésus semble faire exprès de choquer. Peut-être n’est-ce pas son intention mais, en tout cas, il nous choque. C’est, en général, qu’il veut attirer notre attention sur quelque chose d’important. Ainsi, aujourd’hui, dans cette interpellation de Marthe, est-il au minimum injuste, voire mal élevé. Quand j’étais petit et que j’étais invité, ma mère me disait de ne pas oublier de remercier la maîtresse de maison. Ici, celle qui reçoit Jésus dans sa maison, Marthe, se fait corriger: elle s’inquiète et s’agite, elle laisse l’essentiel de côté. Comme si tout allait se faire tout seul.

Pour aggraver les choses, il faut aussi reconnaître que l’interprétation des Pères de l’Église, comme celle des grands théologiens médiévaux, n’est pas forcément la plus sympathique. Marthe et Marie apparaissent en effet comme les figures de deux types de vie chrétienne: la vie active et la vie contemplative. Et tous ces grands auteurs répètent inlassablement, sans surprise, que cet évangile manifeste bien la supériorité de la vie contemplative sur la vie active. Encore un petit pas, et l’on en déduira sans peine que la vie religieuse, présumée contemplative et toute spirituelle, est bien supérieure à la vie laïque, inévitablement active et matérielle. Pendant des siècles, la tradition ecclésiale a été porteuse de ce genre d’opinions, si dominante qu’on a pu croire qu’elle exprimait la doctrine catholique.

La vérité est plus fine que cela, mais c’est tout de même Jésus qui a raison. Il a raison parce qu’il est Dieu, et cet évangile nous rappelle que, quand on reçoit Dieu en personne, on doit lui accorder toute son attention. Soyons attentifs au texte: Jésus ne reproche pas à Marthe de s’occuper du service, il lui reproche de se laisser accaparer par celui-ci, de s’inquiéter et de s’agiter, au point de l’oublier, lui, Jésus. Voilà la leçon qu’il donne à tous les chrétiens: quand nous nous occupons des affaires de Dieu, c’est Lui que nous devons chercher sans cesse, et nous devons le chercher pour l’aimer, et aimer le prochain pour lui.

Saint Paul ne dit pas autre chose dans sa fameuse hymne à la charité: «Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien» (1 Co 13, 3). Avoir la charité, cela exige de se tenir aux pieds de Jésus, et ainsi cela montre qu’on le préfère à tout autre bien. Voilà l’unique critère de discrimination pour notre vie: il se prend de la charité, et non des habits, des grilles ou des clôtures, des activités ou des œuvres. Je connais bien des mères de famille qui sont d’authentiques contemplatives, et bien des moines ou des religieux qui se laissent accaparer par leurs activités.

Ainsi, Jésus ne prêche pas l’insouciance ou l’imprudence, voire la désinvolture. D’ailleurs, il y a bien des occasions où il invite à se mettre au service de ceux qui sont dans le besoin: à leur donner à manger, à les vêtir, à les visiter –  parce que c’est à Lui que nous le faisons. «Qui vous accueille m’accueille, dit-il à ses disciples, et il ajoute: qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé» (Mt 10, 40). Le devoir d’hospitalité est essentiel, et vous avez remarqué que la première lecture nous a rappelé cette hospitalité d’Abraham qui, lui le premier, a accueilli son Seigneur. Non, ce que le Christ nous dit, c’est qu’il ne faut jamais le perdre de vue, Lui, quel que soit notre état de vie chrétienne: laïc, prêtre, religieux?

Si bien que, qui que nous soyons, nous avons toujours à être à la fois Marthe et Marie, et c’est sans doute le sens caché de ce texte apparemment provoquant. Marthe, parce qu’aucun de nous n’est dispensé d’activité, et notamment de cet accueil hospitalier, et Marie, parce que chacun est invité à le vivre dans la lumière de Dieu. Soyons vigilants à l’égard de ceux qui, de façon parfois imprévue, nous rendent visite en traversant notre chemin. Car ce peut être le Christ lui-même déguisé pour être méconnaissable. Mère Teresa disait des pauvres qu’elle rencontrait: «c’est le Christ sous un déguisement désolant».

«Voici que je me tiens à la porte et je frappe, dit le Seigneur,

si quelqu’un entend ma voix, s’il m’ouvre, j’entrerai chez lui,

je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi» (Ap. 3, 20).

C’est ce repas que nous allons célébrer maintenant.

Et d’autres homélies…

Afin qu’ils aient la vie

Écouter l'homélie Le Christ place devant nos yeux aujourd’hui un tableau à la fois paisible et dramatique. Paisible car il s’agit d’une plantation, d’un lieu où règne la vie, de vignes qui vont pousser, fleurir et porter du fruit. Il s’agit d’une récolte à venir que...

Que votre oui soit oui pour que le monde ait la vie !

Le pape Léon, pèlerin aujourd’hui à Lourdes, invite l’Église à suivre le Christ pour « que le monde ait la vie ». Quelle vie, sinon la vraie vie dont le poète déclare « qu’elle est absente » sur la terre quand elle se ferme au ciel. Laissons la Parole de Dieu nous...

Un drôle de salaire

Écouter l'homélie Avouons que, à première vue, l’image de ce propriétaire qui ne compte pas les heures de ses ouvriers est un peu dérangeante ! Ne trouvons-nous pas la position des premiers venus, de ceux qui ont travaillé toute la journée et qui protestent à la fin,...