Homélie du 9 février 2025 - 5e dimanche du T.O. (messe de 21h)

Avance en eau profonde (sur Is 6, 1-2.3-8 ; 1 Co 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11)

par

fr. Joël-Marie Boudaroua

Les trois lectures de ce dimanche nous mettent en face de trois figures bibliques qui, en présence de Dieu, ont été saisis par ce que Charles du Bos appelait « le sentiment de l’indignité personnelle ». Indigne, chacun a de bonnes raisons de l’être : Isaïe, le prophète : Malheur à moi, je suis un homme aux lèvres impures et j’habite un peuple aux lèvres impures ; Paul : Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre car j’ai persécuté l’Église de Dieu, et Pierre : Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur.

Or, à chacun de ces hommes « indignes », Dieu répond par la confiance, en leur faisant confiance et en ressuscitant la confiance qu’ils n’avaient plus, ni dans les hommes, ni en eux-mêmes, ni en Dieu. D’Isaïe, aux lèvres impures, Dieu fait le messager de l’Emmanuel ; de Paul, le persécuteur des chrétiens, il fait l’Apôtre des Nations ; et c’est sur Pierre qui le reniera trois fois, que Jésus bâtira son Église. À ces hommes pénétrés du sentiment de leur indignité, Dieu a fait confiance et ils ont fait confiance à Dieu. « Il faut faire confiance à Dieu, il nous a bien fait confiance à nous, écrira Charles Péguy dans Le porche de la deuxième vertu. Il faut faire espérance à Dieu, il nous a bien fait espérance à nous. Il faut faire crédit à Dieu, il nous a bien fait crédit à nous. Quel crédit. Tous les crédits. Il faut faire foi à Dieu, il nous a bien fait foi à nous. »

Alors pourquoi, devant l’appel de Dieu, reculons-nous, comme saisis d’effroi ? Pourquoi raidissons-nous l’échine ? Pourquoi déclinons-nous l’invitation ? Probablement parce que nous avons peur, parce que cela peut nous entraîner très loin, dans les eaux profondes où nous n’avons plus pied ; — Qu’est-ce que Dieu attend de moi, que va-t-il encore me demander ? Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, je ne suis pas digne d’être aimé, je ne suis pas digne de te recevoir ! C’est bien de le reconnaître mais il ne faudrait pas que ce sentiment d’indignité nous éloigne de Dieu alors que lui nous a jugé dignes de nous tenir devant lui pour le servir (P. E. II). Il ne faudrait pas nous priver nous-mêmes du droit de le connaître et de l’aimer, de le faire connaître et de le faire aimer. « Avance au large et jette les filets…, nous dit-il aujourd’hui, tu as peiné toute la nuit sans rien prendre, mais tu n’es pas allé en eau profonde, tu n’es pas allé au bout de ton désir, tu ignores ce qu’est le grand large. » — Alors Seigneur, sur ta parole, je vais lâcher les filets.

L’acte de foi est saut dans l’inconnu mais, l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons et leurs filets se rompaient… La foi, c’est lâcher les filets de sa vie dans l’Océan sans fond de la divinité sans savoir s’il y a de l’eau.

Nous sommes les moins bien placés pour juger de notre indignité. La confiance, dit-on, consiste à déléguer le jugement à plus grand que soi, à s’en remettre à un amour plus grand que notre cœur, plus fort que nos misères et qui s’offre à nous guérir. Nous sommes certes de pauvres pécheurs, comme on l’avoue humblement dans le Je vous salue, mais Dieu est riche en miséricorde et c’est sans contrepartie qu’il nous aime.

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