Homélie du 3 avril 2026 - Vendredi Saint
fr. Louis d'Hérouville

La passion selon saint Jean présente un Christ souverain, qui domine par son autorité divine. Vous le remarquerez par exemple quand Jésus dit « Je suis » : les soldats en entendant ce nom céleste sont pris dans un souffle puissant, reculent et tombent à terre. On constate aussi cette souveraineté du Christ dans la manière pleine d’assurance par laquelle il mène les dialogues. Alors que sa vie est en jeu, il ose rappeler à Pilate par exemple : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut. » On peut voir également la force de Jésus quand il dit « j’ai soif » car c’est consciemment nous dit saint Jean qu’il conduit, par cette parole, les Écritures à leur accomplissement.

Jésus est donc effectivement présenté comme revêtu de l’autorité divine, comme Dieu, mais il semble malgré cela vouloir réaliser en lui les prophéties les plus sombres, les plus humiliantes, les plus outrageantes de la Bible. On se saisit de lui, tel le bouc de l’Exode sur lequel on a mis les péchés du peuple et qu’on va sacrifier en dehors du camp. On le juge et le supprime comme le serviteur souffrant dont on vient d’entendre la prophétie. La référence au rameau d’hysope nous rappelle ce même bâton qu’on a utilisé pour prendre du sang d’agneau et le mettre sur les linteaux des maisons avant l’Exode.

Ainsi Jésus apparaît bien dans sa grandeur divine mais il accepte volontairement de souffrir dans son humanité. Pourquoi ? Pourquoi Jésus entre-t-il si délibérément dans cette Passion ? La lettre aux Hébreux nous donne la clef. Jésus prend sur lui une charge bien particulière qui est celle du prêtre : portant sur lui en notre nom les maux de l’humanité, il va en notre nom supplier Dieu de nous délivrer de la mort, il va intercéder pour nous, et offrir pour nous un sacrifice d’un prix infini : celui de sa vie. Dieu s’est fait homme pour pouvoir en notre nom obtenir ce qu’aucun autre n’aurait pu obtenir : le pardon et la vie éternelle.

Les ténèbres s’apprêtaient à emporter cet homme dans leur gouffre, comme elles l’ont fait pour toute la multitude de l’humanité, mais « les ténèbres ne l’ont pas saisi ».

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