Homélie du 19 juin 2022 - Fête du Saint-Sacrement

Premières communions

par

fr. Éric Pohlé

Tu as entendu, Dominique ? Et toi, Estelle ? Jésus, notre Jésus, leur parle du Royaume de Dieu, ce grand et glorieux Royaume, où Jésus est le Bon Roi, Doux, et très Humble, Bon Roi parce que son commandement est celui de l’Amour sans limite et sans frontière, Royaume du Ciel le plus élevé, et de la terre la plus basse, et voici, Abygaelle, que le jour commence à baisser ! Vous ne trouvez pas cela bizarre, le Roi de l’Univers parle et la lumière du jour diminue !

Pire encore : ses amis les plus proches, ceux que Jésus aime de tout cœur, commencent, lorsque ce jour baisse, à avoir peur : que faire de tous ces gens, cette foule, qui est sortie de chez elle, qui est là avec eux ? Tous ces inconnus, vont-ils rester encore ce soir avec eux ? Ils vont commencer à avoir faim, et puis, quand on a faim, on se plaint, on se lamente, on perd patience, on rechigne. Alors oui, on les comprend, Charles, on a envie, comme les apôtres de dire à Jésus :

« Renvoie la foule », « qu’ils aillent dans leurs villages et dans leurs fermes, pour y trouver logis et provisions ».

Comme ils disent vrai, ces bons amis : il faut être prudent, il faut surveiller l’heure, ne pas parler comme cela sans limite ; le jour baisse, le soir commence d’arriver ! Ce n’est pas sérieux de parler comme cela sans s’arrêter !

Oui, mais, celui qui parle, Baptiste, tu le connais, tu as entendu : non seulement il parle de son Royaume mais en même temps il est bon Médecin, il guérit et rend la santé à ceux qui ont besoin de guérison ! Alors les gens sentent qu’il faut rester et que l’on ne peut pas partir !

Cela s’est passé dans l’histoire réelle de notre vie sur terre et depuis, cela ne s’est pas arrêté : tous nous sommes ici, comme eux, à écouter parler du Royaume de Dieu, à demander que Jésus nous guérisse, et nous le faisons, au moins une fois par semaine, le jour du Dimanche, parce que c’est ce jour où Jésus, un peu plus tard dans l’histoire, est ressuscité des morts, est sorti vivant de l’épreuve de la mort.

Depuis votre baptême, les enfants, grâce aux soins de vos parents, grâce à leur amour, vous vous réunissez comme les foules, pour écouter Jésus. Car c’est Jésus qui parle par ces témoins, lorsque l’on est à l’église ou que l’on forme l’Église lorsque l’on prie à la maison. Mais jusqu’à présent, chère Marie-Thaïs, c’est comme si Jésus avait suivi le conseil des disciples : on vous a renvoyés chez vous, la tête pleine de mots parfois trop compliqués, le ventre vide ! On ne vous a pas invités à vous réunir en groupes pour recevoir ensemble la Source de vie, la Nourriture céleste, que distribue l’Église.

Les disciples veulent renvoyer la foule : Jésus au contraire leur demande de les nourrir, et pour cela il leur dit : « Faites-les s’étendre par groupes d’une cinquantaine. » Après cette parole, de Jésus Roi qui ordonne à ses disciples une manière d’agir, Jésus, Bon Roi lui-même agit : « Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. »

Ce verset, les enfants, est le cœur de cet Évangile. Si certains parmi vous ont la mémoire facile, ils pourraient l’apprendre par cœur !
Jésus multiplie par miracle une pauvre petite nourriture que les disciples avaient avec eux.

Dans nos préparations, le mercredi, à ce Jour très saint, nous avons surtout parlé d’un autre repas, celui qui est collé si fort à une autre action du Christ, l’Action principale de son Amour pour les hommes : lorsqu’il meurt sur la croix et qu’ensuite il ressuscite. Ce repas, c’est la grande Cène du Jeudi saint. Ce repas, la Pâque du Seigneur, est la source de toutes les Messes, l’origine de toutes les Eucharisties : parce qu’il y a côte à côte la fraction du pain, le pain qui s’ouvre entre les mains de Jésus, et l’ouverture du Cœur de Jésus, sur la croix le vendredi !

C’est le rappel de ce repas que nous fêtons en particulier aujourd’hui, fête du Corps et du Sang du Christ. Nous fêtons ce que nous appelons, Melchior, tu le sais bien, l’Institution de l’Eucharistie. Et c’est la deuxième lecture, extraite des écrits de Paul, qui nous en a ravivé le souvenir.

Pourtant aujourd’hui, Raphaël, l’Évangile rappelle un autre repas présidé par Jésus : le miracle de la multiplication des pains. Ce repas, Marion, annonce chacune de nos messes : ces messes qui depuis le retour de Jésus au ciel — il est assis à la droite du Père — ces messes qui se multiplient dans le monde entier jusqu’à la fin du temps.

Cette multiplication des pains éclaire ce que nous faisons dans l’Eucharistie : Jésus demande à ses disciples de réunir la foule en petits groupes, que les personnes s’étendent sur l’herbe, et que les disciples leur donnent de quoi manger : Jésus, tu vois, Sandra, ne veut pas que les disciples croient qu’après la parole, c’est fini et qu’il faut rentrer chez soi !

Tout à l’heure, Yara, tu vas monter à l’autel avec ce petit groupe de ceux et celles qui se sont préparés pour aller vivre ensemble une première communion, tout à côté du lieu où Jésus la réalise par la parole et les gestes des prêtres. Vous ne vous étendrez pas comme à l’époque, d’ailleurs il n’y a pas d’herbe, mais votre corps se mettra à genoux pour vous préparer à recevoir dans les mains et directement sur la langue (les deux manières ont la même noblesse) une nourriture qui à la fois passe par la bouche comme une nourriture ordinaire, mais qui pourtant n’est pas une nourriture ordinaire : elle nourrit votre cœur et le transforme en l’amour même de Jésus.

Je ne veux pas vous faire attendre plus longtemps. Il y a encore quelques prières avant d’entrer dans le mémorial et l’action de l’Eucharistie, mais lorsque nous, les prêtres et les diacres, nous serons à l’autel et que vous verrez la sainte Hostie être élevée, puis la Coupe de son Sang, regardez fort et reconnaissez déjà pleinement Dieu qui se révèle, non pas un Dieu invisible, encore moins absent, mais un Dieu caché dans le pain et le vin. En même temps, vous verrez la croix, où vous voyez le corps de Jésus homme crucifié, là aussi Dieu tout-puissant s’était caché : ne pensez pas que la croix vous empêche de bien voir l’Hostie, ne cherchez pas selon l’endroit où vous êtes dans l’église à voir l’Hostie seule — nous l’adorerons tout à l’heure, à découvert, dans l’Ostensoir — mais au moment de la Prière eucharistique c’est Jésus qui se donne à vous dans la sainte Hostie comme il s’est donné sur la Croix.

En se donnant à vous, il fait entrer dans votre vie l’éternité d’une Joie sans limite, d’un Jour qui n’a pas de soir — il ne recommencera plus à faire tard et il n’y aura plus besoin de renvoyer les foules —, l’éternité d’une paix qui n’a plus aucune trace de violence ou d’exclusion. Vous serez avec Lui, en Lui et pour Lui pour être heureux comme sont heureux les saints et les anges, comme sont heureux les amis qui vivent avec leur premier Ami.
Amen