Homélie du 15 août 2026 - Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie

L’Assomption de la Vierge Marie

par

fr. Dominique-Marie Cabaret

Frères et sœurs, vous le savez sans doute pour ceux qui ont été en pèlerinage à Jérusalem, on peut vénérer dans le fond de la vallée du Cédron, pas loin de Gethsémani, le tombeau de la Vierge. Cela m’a toujours intéressé de voir la réaction étonnée, incrédule et même méfiante de certains pèlerins catholiques latins quand on leur disait qu’ils allaient entrer dans l’église byzantine au fond de laquelle se trouve ce que tous les chrétiens de Jérusalem, qu’ils soient grecs, arméniens, syriaques, éthiopiens ou catholiques, considèrent comme le tombeau de la Vierge. Oui, frères et sœurs, il s’agit bien là de la tradition antique des chrétiens de Jérusalem toutes confessions confondues, même acceptée par les franciscains, qui ont eu la garde de ce tombeau pendant très longtemps et qui aujourd’hui même feront une grande procession en fin d’après-midi avec leur supérieur, le Custode, pour vénérer ce tombeau (où moi-même j’aimais beaucoup aller prier quand il n’y avait pas trop de monde). C’est une très belle église, l’une des plus anciennes de Jérusalem dont il ne reste en fait que la crypte — le reste ayant été détruit par les musulmans. On y descend par un très grand escalier au pied duquel on découvre sur la droite un véritable tombeau en pierre dont on peut faire le tour puisqu’il a été isolé du reste de la paroi rocheuse qui fait la limite de l’église ! Du point de vue de l’archéologie, ce tombeau peut parfaitement dater du Ier siècle ap. J.-C., c’est-à-dire par exemple des années 50 ap. J.-C., environ vingt ans après la résurrection de Jésus, date à laquelle on peut supposer que la Vierge Marie a connu son Assomption ! Autrement dit, venant confirmer ce que dit la tradition chrétienne de Jérusalem, rien n’empêche sur le plan de la raison scientifique que cela soit le vrai tombeau de la Vierge Marie ! Et j’avoue qu’après avoir habité Jérusalem pendant plusieurs années, je suis prêt à défendre cette tradition de Jérusalem !

Très bien, me direz-vous, mais, à la manière des pèlerins catholiques latins méfiants dont je parlais tout à l’heure, il y a tout de même quelque chose qui pourrait être gênant puisque, selon le dogme énoncé par Pie XII, le 15 novembre 1950, c’est avec son âme et son corps que Marie a été « assomptée », c’est-à-dire « élevée au ciel », en entrant directement dans la gloire de Dieu.

Rassurez-vous frères et sœurs, même si vous commencez peut-être à avoir un doute, je reste catholique et j’adhère totalement au dogme de l’Assomption à propos duquel je n’ai aucun doute ! La Vierge Marie est au ciel avec son âme et son corps ! Je le crois d’autant plus volontiers que le tombeau de Jérusalem, que j’ai vénéré avec bonheur de multiples fois, est vide ! Comme celui de Jésus ! Il n’y a rien à voir sinon l’emplacement où selon la tradition de Jérusalem le corps sans vie de la Vierge Marie a été déposé ! Car, selon les chrétiens de Jérusalem, la Vierge Marie, comme son Fils, aurait connu une dormition, c’est-à-dire un endormissement dans la mort, une mort physique analogue à la nôtre dans la quiétude, avant de ressusciter quelques jours plus tard, sans que son corps ne connaisse la corruption ! Tout comme son Fils ! Pas plus, mais pas moins ! Avouez qu’il y a une certaine convenance à cela ! Notre Seigneur, le Fils Unique de Dieu, lui qui aimait particulièrement sa mère, aurait permis, par pure grâce, qu’elle le suive jusque-là !

Je vous rassure : on peut rester catholique en pensant cela, puisque le dogme énoncé par Pie XII ne se prononce pas sur ce point précis ! Il laisse la porte ouverte sur la manière dont la Vierge Marie a connu son passage vers le ciel, soit une montée directe vers le ciel — un peu mystérieuse —, soit une dormition comme le prétend la tradition de Jérusalem. Cette dernière qui remonte au IIe siècle, c’est-à-dire presque à l’époque apostolique, est fixée dans un texte apocryphe daté du Ve siècle, appelé le Transitus Sanctae Mariae (en français le Passage de la sainte Vierge Marie). Selon ce texte, la Vierge Marie aurait connu sa fin prochaine ; elle aurait obtenu de son Fils que tous les apôtres encore vivants puissent se rassembler une dernière fois autour d’elle ; elle serait morte au cénacle et aurait été mise dans un tombeau non loin de Gethsémani sans que son corps ne connaisse la corruption, avant d’être élevée au ciel au bout de trois jours. Je cite ce texte apocryphe qui est empreint de merveilleux : « Les apôtres portèrent et déposèrent le précieux et saint corps à Gethsémani, dans un tombeau neuf. Et voici qu’un parfum délicat se dégagea du saint tombeau de notre Maîtresse, la Mère de Dieu. Et, pendant trois jours, on entendit des voix d’anges invisibles qui glorifiaient le Christ, notre Dieu, né d’elle. Et, le troisième jour achevé, on n’entendit plus les voix. Dès lors, nous sûmes tous que son corps irréprochable et précieux avait été transféré au paradis. »

Au-delà du côté merveilleux de ce texte auquel, je vous rappelle, on n’est pas tenu de croire — puisque c’est un texte apocryphe —, il y a une vérité que la tradition n’a jamais démentie : si la Vierge Marie a bien connu une dormition, il est certain qu’aucune relique de son corps n’a jamais circulé. Il suffit de poser une question pour le mettre en évidence : avez-vous déjà vénéré dans une quelconque église des reliques du corps de la Vierge ? Cela accrédite son Assomption : son corps a vraiment été élevé au ciel ! C’est en fait une croyance constante de l’Église qui remonte aux premiers siècles ! On en veut pour signe par exemple la manière dont l’évêque Juvenal de Jérusalem a répondu à l’impératrice Pulchérie qui, lors du concile de Chalcédoine en 451, demandait que, pour la sauvegarde de Constantinople, le corps de la Vierge Marie soit transféré dans la capitale de l’Empire. L’évêque Juvenal lui rétorqua que cela n’était pas possible parce que, d’après une « antique tradition », le corps avait été ravi au tombeau et élevé au ciel. Certes, les plus sceptiques diront que répondre ainsi était une manière astucieuse pour Juvénal de garder les reliques de la Vierge à Jérusalem. Mais c’est sous-estimer le pouvoir de l’Impératrice, à laquelle il était difficile de résister, ce d’autant plus que Juvénal avait d’autres choses à obtenir d’elle, ce qui nécessitait de ne pas se la mettre à dos ! Quoi qu’il en soit, faute de pouvoir avoir le corps de la Vierge, Pulchérie obtint en compensation ses vêtements et les déposa à Constantinople dans l’église qu’elle avait faite édifier en l’honneur de la Théotokos, la mère de Dieu.

Et cette croyance ne s’est jamais éteinte ! À preuve encore la manière dont, au tournant du VIIe siècle et du VIIIe siècle, saint Jean de Damas, un père de l’Église qui est aussi docteur de l’Église, résume la situation dans une homélie. Je précise qu’il habitait à proximité de Jérusalem, à environ 20 km de la ville sainte au monastère de Mar Saba dans le désert de Judée. Il était donc très bien placé pour connaître la tradition de Jérusalem. Il donne la précision suivante, qui contredit quelque peu le merveilleux du Transitus Mariae : « Marie est morte entourée de tous les apôtres, sauf Thomas, qui était en retard. À son arrivée, quelques jours plus tard, il demande à voir la tombe, mais celle-ci s’avère vide ; les apôtres en déduisent alors qu’elle a été emportée au ciel. »

J’arrête ici ce parcours historique car, quoi qu’il en soit de la manière dont a pu être constatée l’Assomption de la Vierge Marie (à supposer qu’elle le fut), à travers ce que nous dit la tradition de l’Église confortée par la définition dogmatique de Pie XII, nous sommes certains qu’elle bénéficie de ce privilège inouï de connaître, depuis la fin de sa vie terrestre, la plénitude de la gloire du ciel avec son âme et son corps ! À la manière de son Fils ! Pas tout à fait comme son Fils car elle reste une créature ! C’est là un grand motif d’actions de grâces pour elle mais aussi pour nous car, selon la promesse du Christ, nous sommes appelés à connaître la même destinée lors de l’Avènement glorieux du Christ à la fin des temps ! N’oubliez pas que Jésus est allé nous préparer une demeure (Jn 14, 1-3) ! Alors, lors de cet Avènement qu’il nous faut désirer — « Que ton règne vienne ! » —, nous pourrons à la manière dont la Vierge Marie le fait déjà actuellement, crier pour l’éternité dans l’Esprit d’adoption : « Abba, Père » (Rm 8, 15) dans notre corps ressuscité ! Tout sera alors achevé ! Dieu soit béni !

Et d’autres homélies…

N’ayez pas peur

Les épisodes de la vie du Christ que nous rapportent les évangiles ne sont pas seulement destinés à entretenir une mémoire historique : ils sont valables pour tout le temps que dure la vie chrétienne, donc pour notre temps. Aujourd’hui, avec ce passage célèbre, il ne...

Tous mangèrent et furent rassasiés

Jésus fait toujours mieux. Le prophète Élie, dans l’Ancien Testament, avait nourri cent personnes avec vingt pains d’orge (2 R 4, 42-44). Jésus, lui, nourrit 5 000 hommes avec cinq pains et deux poissons. Je vous laisse faire le calcul : Jésus est beaucoup plus...

« Tout vendre »

Écouter l'homélie Les deux petites paraboles du trésor dans le champ et de la perle rare peuvent sembler petites et l’on peut en passer vite la lecture. Or elles expriment quelque chose de vraiment central, de décisif, pour tout homme. Les chrétiens doivent être les...