Homélie du 8 décembre 2024 - 2e dimanche de l'Avent

Le Seigneur vient ; préparons ses chemins !

par

fr. François Le Hégaret

Voici un texte bien solennel pour un troisième chapitre de l’évangile selon saint Luc. L’empereur Tibère, Ponce Pilate, Hérode, et même les grands prêtres, bref les gouvernants de la terre, les autorités religieuses d’Israël, sont évoqués pour marquer l’événement. Même le récit de la Nativité que nous entendrons dans une quinzaine de jours est plus sobre, avec la seule mention du recensement de toute la terre par César Auguste. L’instant est donc important, capital même. Une parole surgit, celle de Dieu, et même plus fondamentalement « La » Parole de Dieu. Et cette Parole est adressée à une personne, à Jean, fils de Zacharie. Elle sera le point de départ de la vie publique de Jésus et de la diffusion de l’Évangile à toutes les nations. Pourtant, aucun des grands, cités plus haut, ne s’est rendu compte de l’événement. Bien plus, la plupart d’entre eux vont s’y opposer quand ils l’apprendront, et nous les retrouverons, lors de la Passion, unis dans leur décision de mettre à mort le Christ. Et même ceux qui, par leur activité, auraient dû s’y connaître en choses de Dieu, donc les prêtres, les scribes et les anciens, refuseront de reconnaître que Jean puisse avoir reçu une quelconque mission de la part de Dieu (cf. Lc 20, 5). Il faut dire que l’événement a eu lieu à l’écart, dans la solitude, au désert, loin de l’agitation du monde. Mais c’est la manière de faire de Dieu. Il transmet toujours son message dans une relation particulière, personnelle, dans un cœur à cœur. Et notre époque actuelle n’échappe pas à la règle. Ce n’est que dans la prière, dans l’amitié que nous avons pour Dieu, en ne nous laissant pas perturber par le brouhaha du monde, que nous pourrons reconnaître sa voix.

Mais penchons-nous sur le message reçu par Jean. Était-ce une parole nouvelle ? Une révélation grandiose ? Le seul message que nous transmet saint Luc, en accord avec les trois autres évangiles, est une parole donnée plus de cinq siècles auparavant, prononcée par le prophète Isaïe : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Isaïe annonçait alors le retour des Israélites de Babylone vers leur terre, vers Jérusalem. Cette route, que les hommes doivent déblayer, remblayer ou aplanir, n’est pas nivelée pour que Dieu vienne jusqu’à eux. C’est une chaussée que Dieu lui-même va emprunter avec les hommes, avec les exilés de Babylone. Dieu avec eux va, comme au temps de l’Exode, traverser le désert ; Dieu avec eux va rentrer au pays, et sa gloire se révèlera. Le salut n’est donc pas vu comme un but à atteindre, où Dieu nous attendrait sur la ligne d’arrivée, mais comme un chemin, dégagé petit à petit de ses obstacles, où Dieu marche à nos côtés. Jean le Baptiste a donc relu cette prophétie d’Isaïe, il l’a méditée, et il en a vu la réalisation pour son temps. Il s’est mis à l’écoute de l’Écriture, et il en a vu l’actualité : il annonce ainsi à son tour la venue de Dieu. Il ne dit pas : « Convertissez-vous afin de décider le Messie à venir » ; il proclame : « Convertissez-vous car il vient. C’est sûr, c’est imminent, et il faut se mettre en route avec lui. » Jean annonce ainsi l’accomplissement du salut par Dieu. Non plus pour un retour des fils d’Israël sur leur terre, mais pour le salut de toute l’humanité, pour le retour de tout homme vers Dieu. Le Christ vient à nos côtés pour nous conduire vers le Père.

Cette même parole nous est adressée aujourd’hui, en ce début d’Avent 2024. Mais il y a une différence avec l’annonce de Jean : le Christ l’a réalisée, il a déjà apporté le salut au monde. Certes, cela doit encore s’accomplir dans chaque individu, mais nous en avons déjà le commencement. Pourtant, nous pouvons être troublés par l’état actuel du monde. Conscient de cela, le pape va ouvrir, comme tous les 25 ans, un temps de jubilé pour l’Église et le monde. François a voulu faire de celui-ci un temps particulier pour renforcer notre espérance en Dieu. Je le cite dans sa bulle pour l’ouverture du jubilé intitulée L’espérance ne déçoit pas : « Nous rencontrons souvent des personnes découragées qui regardent l’avenir avec scepticisme et pessimisme, comme si rien ne pouvait leur apporter le bonheur » (§ 1). Et il poursuit plus loin : « En vertu de l’espérance dans laquelle nous avons été sauvés, en regardant le temps qui passe, nous avons la certitude que l’histoire de l’humanité, et celle de chacun, ne se dirige pas vers une impasse ou un abîme obscur, mais qu’elle s’oriente vers la rencontre avec le Seigneur de gloire » (§ 19).

La relecture des promesses que Dieu a adressées aux prophètes, leurs réalisations dans le Christ, et même leurs accomplissements partiels en nous, dans notre histoire personnelle, conduisent à renforcer notre espérance pour l’avenir. Chacune d’elles nous montrent que Dieu n’a jamais abandonné son peuple, qu’il a toujours été à ses côtés, et qu’il se manifeste comme le véritable maître des temps et de l’histoire. Ce qu’il a annoncé, il l’a réalisé, et ce qu’il réalise parvient toujours à son terme. Que notre espérance véritable, nourrie par ce temps de l’Avent, « nous porte au-delà des épreuves et nous pousse [ainsi] à marcher sans perdre de vue la grandeur du but auquel nous sommes appelés, le Ciel » (§ 25).

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