Homélie du 20 septembre 2015 - 25e DO

Une religion de l’Esprit

par

fr. Jean-Michel Maldamé

L’automne vient d’arriver. La rentrée scolaire a eu lieu. Parents et éducateurs ont scruté les programmes. J’ai jeté un regard sur ce qui est prévu pour l’enseignement du « fait religieux ». Dans leur présentation, j’ai trouvé un classement lié à des considérations habituelles en sciences des religions. L’islam, le judaïsme et le christianisme sont mis dans le même ensemble comme « religion du livre ». Il y a bien dans le christianisme un livre, la Bible, le livre par excellence. La Bible est au centre de la vie chrétienne. En communauté, nous la lisons ici matin, midi et soir. Nous venons d’en lire trois extraits. Mais cela ne signifie pas que l’on puisse réduire le christianisme à être une « religion du livre ». Le christianisme est une religion de l’Esprit.

Comme nous l’avons entendu à l’instant, après les lectures tirées de la Bible, il a été dit : « Parole de Dieu ». Pas un texte, mais une parole ! Qu’est-ce que la parole ? La parole est le propre de l’humanité, plus encore, elle est source d’humanité quand elle est parole vivante. Dans l’acte de parole, son énonciation et son écoute quelque chose passe qui est bien plus qu’une information. La valeur de la parole est dans la présence. Par les sons, les mots, le ton de la voix, les gestes quelqu’un se livre et se donne : ainsi les amoureux, les petits enfants avec leur mère, les pères avec leur famille, les maîtres qui savent être des éveilleurs… Quelque chose passe : une parole de vie. La Bible n’est pas un « texte », mais la trace de la « Parole de Dieu », parce qu’avec elle passe comme un infini. Dieu se donne. Ce n’est pas une spéculation ou une considération distante, mais une communication de son être : Dieu donne part à l’intime de son être. Pour dire l’intime, en français, on emploie le mot « esprit ». Aussi nous reconnaissons que dans la parole qu’il nous adresse Dieu donne part à son Esprit, l’Esprit Saint. Trois choses en découlent : d’abord une révélation, puis un éveil, enfin une espérance.

Une révélation ! Si Dieu se donne, alors il est possible de percevoir quelque chose de son être et avec le langage qui advient pouvoir lui répondre. Tout à l’heure dans notre célébration, le Notre Père sera introduit par : « comme nous l’avons appris du sauveur et dans l’Esprit qu’il nous a donné nous avons l’audace de dire : « Notre Père » ». Avec saint Paul reconnaissons que « nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit vient à notre esprit et en lui nous lui disons : « abba, Père » (Rm 8, 16 ; Ga 4, 6) et aussi que « nul ne peut dire Amen au Seigneur Jésus sinon dans l’Esprit Saint » (1 Co 12, 3).

Un éveil ! Recevoir une parole, c’est pouvoir interpréter sa vie par la mémoire d’un passé assumé et le dévoilement d’un nouvel horizon. Une voie s’ouvre. Par l’Esprit, il est possible d’entendre, de voir, de se lever et de marcher, comme le firent ceux que Jésus rencontra quand il montait à Jérusalem. Ou encore, à Jérusalem, Nicodème advint à sa propre pensée pour prendre une voie nouvelle de sagesse et de bonté. Nous l’apprenons aujourd’hui, dans le geste de Jésus plaçant un petit enfant au milieu des disciples qui se querellent pour le pouvoir. Sa parole nous fait reconnaître que le plus grand n’est pas le plus fort ou le plus riche, mais celui qui, comme un enfant, a le cœur pur en sa vulnérabilité.

Une espérance ! Selon l’image du livre de la Genèse, nous sommes façonnés de la poussière du sol, et donc voués à la mort. Par le don de l’Esprit, il nous arrive quelque chose d’inouï : la parole de vie nous donne part a la source d’où tout provient, l’abondance de l’amour, l’Esprit Saint. C’est dans cet Esprit que Jésus parle de sa mort à ses disciples. Dans cet Esprit, il avance vers un accomplissement : sa vie est donnée, sa mort acceptée et la puissance de l’Esprit sera plus forte que la mort.

Révélation, éveil, espérance… Nous ne sommes pas d’une religion du livre, mais d’une religion de l’Esprit. La question se pose : Pouvons-nous les vivre ? Elles ne le seraient pas, si nous n’avions pas reçu le moyen de le vivre. Nous voici rassemblés pour l’eucharistie. Soyons attentifs à la grande prière eucharistique qui nous rassemble et tout spécialement à la manière dont elle mentionne (sept fois) l’action de l’Esprit Saint. Nous demandons à Dieu le Père d’envoyer son Esprit. Cet Esprit vient sur les offrandes que nous présentons et il les sanctifie. Le pain et le vin qui signifient notre vie, notre travail et notre peine deviennent sacrement de la présence du ressuscité. Ce même Esprit vient nous transformer ; il nous fait passer à la suite de Jésus de la mort à la vie.

Oui, nous sommes d’une religion de l’Esprit. Le Souffle de Dieu nous est donné. Il est amour, force dans notre faiblesse, présence dans notre détresse, espérance dans notre nuit, lumière sur notre route. Que ce soit donc pour toute l’année qui vient de commencer avec cette rentrée !

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