Homélie du 32e DO - 11 novembre 2007
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La réponse du Christ aux sadducéens sur la résurrection est claire, simple, efficace. Il nous affirme: tous les hommes sont appelés à ressusciter. Mais qu’est-ce que ressusciter? En bon toulousain que vous êtes, vous qui habitez dans cette si belle région, vous n’allez pas me contredire si j’atteste que le magret de canard est un des produits du terroir réputé pour sa saveur et sa délicatesse. Ressusciter est comparable à la préparation, à la cuisson, à la dégustation d’un magret de canard grillé au barbecue.

Quand un gourmet décide de savourer un magret grillé au barbecue, il choisit, en premier lieu, un bon cuisinier. Une fois en place, le cuisinier prépare une bonne braise et le magret de canard. Pour ce faire, il allume son feu, attend qu’une bonne braise rouge se forme et recouvre la braise d’un peu de cendre. Pendant ce temps, le cordon bleu, prépare le magret. Il prend un couteau de cuisine, et entaille la graisse ce qui permet de bien disposer le magret à la cuisson.
Pour la résurrection, il en va de même, celui qui veut ressusciter choisit le Christ comme maître car il est le seul à être capable de nous assurer la vie éternelle. Comme le cuisinier prépare la braise et le magret de canard, le Christ a préparé le moyen par lequel il peut nous ressusciter, la grâce et ce qu’il doit sauver, nos âmes. La grâce, le Christ l’a obtenu par son incarnation et sa rédemption. Il a revêtu notre condition humaine pour l’assumer en tout point sauf le péché, il a vaincu la mort par sa mort et sa résurrection. De son côté transpercé, la grâce a été répandue.
De la même manière qu’il a fallu entailler la graisse du magret, le Christ entaille délicatement notre âme pour la disposer à être transformée par la grâce. L’entaille opérée par le Christ consiste à faire de nous des être humbles, à ouvrir notre cœur à son œuvre de salut, à s’abandonner en lui.

Une fois les préparatifs terminés, passons à la seconde étape: la cuisson du magret par la braise sous le regard attentif du bon cuisinier. Il pose, sur la grille, le magret côté graisse. Ainsi, la graisse fond en premier. Elle s’écoule petit à petit et tombe sur la cendre sans enflammer la braise. Le magret peut être saisi de l’intérieur, sans être carbonisé à l’extérieur. Une fois la graisse fondue, le cuisinier retourne le magret et la braise continue son œuvre.
Il en est de même pour l’âme. La grâce du Christ la saisit pour que l’âme se laisse saisir par lui. Au départ, comme la braise fait fondre la graisse du magret, la grâce purifie notre âme de toutes ses impuretés. Tout en purifiant notre cœur, la grâce nous saisit au plus profond de nous même. Comme la braise ne s’enflamme pas quand la graisse tombe sur la cendre, il en va de même de la grâce qui ne s’enflamme par à cause de nos péchés. Eux sont détruits par la grâce, notre âme devient plus accueillante. La grâce peut véritablement agir. Elle est la vérité révélée par le Christ qui comble notre intelligence. Elle nous permet de méditer les réalités éternelles et nous préparer à contempler la sagesse divine. Elle est amour du Christ qui dynamise et transforme notre volonté. Elle fait de nous des véritables Fils de Dieu. Le Christ donne à notre âme la force d’aimer Dieu et le prochain comme lui nous a aimés. Il nous retourne comme le cuisinier retourne le magret pour nous conduire au terme de notre vie, la vie en Dieu et s’unir à lui.

A la fin de la cuisson, le magret est saignant, tendre, savoureux. Il a déployé toutes ses facultés. En le voyant, nos papilles gustatives sont en émois. Nous n’avons qu’un seul désir, dévorer ce magret. Chaque bouchée devient délice du palais. Nous pouvons le savourer, le goûter. N’est-ce pas une participation au bonheur parfait?
Ainsi il en sera le jour où, au terme de notre vie, nous verrons face à face Dieu et le reconnaitrons pour ce qu’il est. Assis à la table du banquet du royaume, le temps n’existera plus et l’état dans lequel nous serons sera joie, allégresse car nous dévorerons avec délectation la joie d’être en Dieu. Le désir de le voir sera sans fin. A la différence de la dégustation du magret qui est éphémère, la dégustation d’être en Dieu ne cessera pas. Si par le magret, nous pouvons expérimenter une certaine joie, en Dieu, nous expérimenterons la plénitude de la joie, l’allégresse parfaite, le bonheur infini.

Telle est la promesse du Christ de la résurrection. Laissons-nous nous préparer par le Christ, seul cuisinier de notre âme. Laissons-nous saisir par sa grâce seule braise qui fait de nous des enfants de lumière. Et goûtons, en sa présence, la joie de notre résurrection dans le banquet qu’il a établi pour nous.