Homélie du La Sainte Famille - 30 décembre 2012
fr. François Le Hégaret

Douze ans se sont passés depuis Noël. Jésus est dans le Temple de Dieu. À cet âge-là, les garçons juifs peuvent participer pleinement au culte. Ils quittent le parvis des femmes et des enfants pour entrer dans celui des hommes. Voici donc Jésus qui veut commencer sa mission: il reste dans le Temple pour enseigner. Lui, la Parole de Dieu, dialogue avec les docteurs de la loi. Pendant ce temps, Marie et Joseph le cherchent: cela dure trois jours. Certes, ils savaient, au moins partiellement, qui était leur enfant, mais n’est-ce pas un peu tôt pour commencer à prêcher? Alors, face à la volonté de ses parents, Jésus rappelle le projet que le Père a sur lui. «Ne le saviez-vous pas? C’est chez mon Père que je dois être.». Il pourrait dire cela: «La réalité qui importe est ma relation avec le Père, et la mission qu’il m’a donnée: faire entrer les hommes dans la communion avec Dieu.»

Noël! Dieu se donne aux hommes, non pas à quelques-uns seulement, non pas aux chrétiens seulement, mais à tous les hommes. Les chants des anges, l’appel des bergers, les mages venant adorer le Christ ou le dialogue avec les docteurs en sont les prémisses. Mais, pour être donné à tous, le Verbe de Dieu, Jésus, est né dans une famille humaine, il a été donné à Marie et à Joseph. Pour la venue de son Fils unique dans la chair, le Père a choisi une mère et un père adoptif.

Il a choisi une mère tout d’abord, et cela «avant même la création du monde», comme le rapporte saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens. Celle-ci a ainsi été préservée de l’antique faute d’Adam, pour donner à ce Fils une demeure digne de lui. Cette élection s’est manifestée à un moment particulier de l’histoire des hommes, il y a deux mille ans. Pour la réaliser, et parce que l’homme est toujours invité à collaborer librement au dessein de Dieu, il a fallu l’intervention d’un ange pour annoncer à Marie la venue de Dieu parmi les hommes. C’est ainsi que, pleinement et librement, Marie est devenue Mère de Dieu.

Le Père éternel a choisi également un père terrestre. En Joseph se résume toute l’histoire d’un peuple particulier, le peuple d’Israël, tel que cela apparaît dans la généalogie que nous avons entendu le soir de Noël. On sait peu de chose de Joseph, mais on sait qu’il était un homme juste: il est un digne fruit de la Loi donnée par Dieu à Moïse, un fruit digne du Peuple saint. Lui aussi a reçu la visite de l’ange pour pouvoir collaborer à l’œuvre de Dieu: il assume alors pleinement et librement la paternité de Jésus.

C’est donc à ces deux fiancés, tout d’abord, que Dieu a donné son Fils. Les Évangiles de saint Mathieu ou de saint Luc nous montrent bien que cela ne correspondait pas à leur désir premier. Marie voulait consacrer sa virginité à Dieu. Plusieurs Pères de l’Église ont en effet remarqué que Marie l’avait désirée dans son cœur: quoi de plus naturel que d’annoncer une naissance à quelqu’un qui va se marier, comme l’a fait l’ange? L’étonnement de Marie signifie son désir de garder sa virginité. Joseph, ensuite, qui, apprenant que Marie était enceinte, a voulu la répudier en secret, non qu’il crût Marie coupable d’une infidélité quelconque, mais pour laisser l’œuvre de Dieu s’accomplir sans y interférer. À chaque fois, Dieu a envoyé son ange pour manifester son dessein et pour conduire leurs désirs particuliers, si beaux soient-ils, vers le bien le plus grand: permettre au Messie d’Israël de venir et grandir en ce monde, permettre le salut du monde entier. En acceptant tous les deux d’accueillir Jésus, ils vont donc collaborer à cette mission reçue du Père; ils vont se mettre au service de cet enfant.

Ce qu’ils ont réalisé là illustre ce qui doit se passer pour tout enfant. Certes, pour fonder une famille, pour avoir des enfants, il faut un désir. Mais l’enfant n’est pas d’abord ou simplement le fruit du désir de ses parents, il dépasse toujours ce désir. Chaque enfant est un don qui vient de Dieu. Les parents sont au service de ce don. Chaque parent est invité à répondre du mieux possible à cette mission, pour que l’enfant puisse grandir «en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes». C’est ce que Jésus a trouvé en Marie et en Joseph.

Nous connaissons notre famille, et les autres familles qui nous entourent. Nous savons que, souvent, les parents ne sont pas à la hauteur de cette mission. Mais Jésus, en s’incarnant dans une famille, est venu sauver la famille, est venu lui permettre de répondre le mieux possible à sa mission à l’égard des enfants qui la composent. Ce n’est pas parce que l’homme est pécheur qu’il faut changer la nature de l’homme. Par sa venue dans le monde, le Christ ne l’a pas changée, il ne s’est accommodé de son état, mais il l’a sauvée, il l’a ouverte à la grâce de Dieu. À nous maintenant de vivre selon la dignité que nous avons reçu, et de permettre à tous de vivre selon cette dignité. De même, ce n’est pas parce que certaines familles, et même beaucoup de familles rencontrent des difficultés, qu’il faut supprimer la famille. La venue du Christ, petit enfant à Bethléem, nous en montre l’importance pour tout être humain. À nous de lui permettre de vivre selon sa vocation.