Homélie du Solennité de l'Épiphanie du Seigneur - 7 janvier 2018

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Cette année où César Auguste avait ordonné le recensement, les astronomes avaient calculé qu’à trois reprises Jupiter et Saturne se rapprocheraient jusqu’à se confondre. On pensait alors que les astres exprimaient quelque chose du monde divin. Ainsi la royauté était-elle assignée à Jupiter et le peuple juif à Saturne. Cette conjonction devait intéresser le peuple juif qui savait, par révélation, qu’un astre issu de Jacob deviendrait chef, qu’un sceptre alors se lèverait (cf. Nb 24, 17). Elle pouvait aussi concerner les Perses, qui espéraient également un Sauveur qui viendrait du Ciel. Bien que géographiquement éloignées, les deux cultures se connaissaient, elles avaient même eu des rapports forts au temps du roi Darius et du prophète Daniel (cf. Dn 7, 9-14). Manifestement les écrits bibliques avaient raison : c’est du peuple juif que venait le Sauveur tant attendu. Les mages partirent donc vers Jérusalem !

Cette dernière se présentait comme endormie : personne ne semblait y avoir vu l’étoile se lever. Sans doute, les préoccupations de la vie ordinaire avaient-elles pris le dessus, sans compter l’occupant romain et Hérode, ce roi sanguinaire. Certes, on avait la Révélation mais on voyait sans voir, on entendait sans entendre (cf. Is 6, 9-10)… Il avait donc fallu ces savants perses pour provoquer un petit émoi. Car en fait, il n’y eut vraiment qu’Hérode qui se réveilla, et ce fut pour déployer des trésors de duplicité. C’est finalement l’étoile, confirmée par la Parole de Dieu, qui mena les mages à la sainte Famille, l’Église naissante : Marie et Joseph accueillant les visiteurs chez eux et leur présentant Jésus. Les savants purent interroger et comprendre que cet enfant était bien le Fils du Très-Haut, l’Oint de Dieu, le Sauveur . Sans l’avoir vu, ils l’aimaient déjà et maintenant, tressaillant de joie (cf. 1 P 1, 8-9), ils voyaient, touchaient sur la terre (cf. 1 Jn 1, 1) ce qu’ils cherchaient dans le ciel. Alors, ils se prosternèrent et donnèrent à la mesure de la bénédiction que le Seigneur venait de leur accorder en se révélant à eux (cf. Dt 16, 16-17). Ils donnèrent ce qui était le plus précieux et qui les représentait.

Ils offrirent l’or, la richesse matérielle qui peut servir en particulier les pauvres ou être un obstacle redoutable sur le chemin de la vie éternelle (cf. Lc 16, 9-13 & 18, 18-27). Ils donnèrent l’or de la richesse spirituelle, cette connaissance qui procure le délice de l’âme (cf. Pr 2, 10) mais peut devenir stérile (cf. Jn 5, 39-40) ou mener à la mort lorsqu’elle est séparée de Dieu (cf. Gn 2, 17). L’enfant leur donna la foi vivante qui vaut plus que l’or (cf. 1 P 1, 7-9) et conduit à la vraie liberté, celle des enfants de Dieu (cf. Jn 8, 32 & Rm 8, 15). Ils offrirent aussi la myrrhe, ce parfum enivrant (cf. Ct) qui représente l’amour. Aimer est ce qu’il y a de plus grand, mais il nous arrive de dévoyer l’amour en séduction, convoitise ou jouissance égoïste (cf. 1 Jn 2, 16 & Ga 6, 17-21). L’enfant leur donna alors sa charité (cf. Ex 30, 22 s. ; Ps 44, 9), son amour qui surpasse toute connaissance (cf. Ep 3, 19). Il commanderait plus tard d’aimer comme il nous aime (cf. Jn 15, 12 & 1 Jn 3, 14-18) en portant les mêmes fruits de vie (cf. 1 Co 13, 4-8). Ils purent alors offrir l’encens de leurs actions. À l’origine, le Seigneur avait assigné une mission à l’homme (cf. Gn 1, 26-31), celle de conduire la création vers son accomplissement, de toujours agir selon le bien et la vérité. Mais il n’est pas facile de ne pas se construire des idoles, d’accepter de diminuer pour que Dieu grandisse (cf. Jn 3, 30). L’enfant leur donna alors l’espérance qui conduit à référer sa vie et sa personne à Dieu pour les lui offrir (cf. Rm 12, 1). Elles deviennent alors une prière qui monte en action de grâce (cf. Ps 140, 2) vers le Père, comme Jésus l’a fait de toute sa vie (cf. Ep 5, 2 & 2 Co 2, 14-16).

Les mages s’étaient prosternés et avait adoré en offrant leurs présents. Ils avaient découvert qu’il n’y a pas d’autre Nom que celui de Jésus pour être sauvé (cf. Ac 4, 12). Ils pouvaient repartir, riches de la foi, de l’espérance et de la charité, riches d’avoir découvert que Dieu voulait être leur ami, que leur vocation était d’être rendus participants de la vie divine (cf. 2 P 1, 4). Ils ne pouvaient garder la moindre attache avec l’esprit du mal, ils coupèrent donc tout contact avec lui. Ils ne retournèrent pas voir Hérode et prirent un autre chemin, celui qui est le Christ lui-même (cf. Jn 14, 6).
Et nous frères et sœurs ? Sommes-nous comme les Mages ou comme les habitants de Jérusalem ? Hier comme aujourd’hui, le Seigneur donne des signes au milieu de nos préoccupations. Hier, c’était l’étoile des mages, la mangeoire des bergers (cf. Lc 2, 12), le poisson des pécheurs (cf. Lc 5, 4-8 ; Jn 21, 6), le vin de la noce (cf. Jn 2), l’eau de la Samaritaine (cf. Jn 4). Et nous ? Quelles sont nos étoiles, les signes que Dieu nous donne ? Savons-nous les voir, les interpréter et les suivre ? Sommes-nous prêts à y mettre toutes nos forces, notre intelligence et notre personne sans rien retenir ? Sommes-nous prêts à rompre avec le mal ? Aujourd’hui, l’enfant de la crèche, ces mages qui adorent, ce pain et ce vin transformés, vont-ils changer notre vie pour qu’elle ne soit plus à nous même mais bien à lui qui est mort et ressuscité pour nous (cf. Prière eucharistique n° IV) ? C’est ce que je nous souhaite à chacun en ce début d’année, pour qu’elle soit sainte et irréprochable devant Dieu (cf. Ph 2, 15) !