Homélie du 2e Dimanche du T.O. (et Baptême du Christ) - 20 janvier 2019

Invités aux noces

par

fr. Ludvik Grundman

« Il y eut une noce à Cana… » : c’est là l’unique mariage concret, historique, dont parle le Nouveau Testament. Il devait être bien important pour que, de longues années après, les disciples s’en souviennent et le mentionnent. Mais ce n’est pas si étonnant, car il fut le cadre du commencement de leur foi : « les disciples crurent en lui. » Il est important de se rappeler les commencements et de les commémorer, tout comme d’ailleurs on se rappelle les anniversaires de mariage. Les époux de Cana sont morts depuis longtemps, et pourtant nous rappelons leurs noces. Car elles nous apprennent bien davantage qu’un fait banal : elles nous signalent que le mariage est important et qu’il est fortement souhaitable d’en fêter l’anniversaire !

Jésus *vient* à ce mariage. Une vérité fondamentale de notre foi est que Dieu vient d’abord vers nous afin que nous puissions ensuite aller vers lui. La grâce nous manque, et Jésus nous dit sans ambages: « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
Nous voudrions offrir quelque chose à Dieu, mais nous ne pouvons pas, car le vin nous manque. Mais ce n’est pas bien grave. Dieu n’a besoin ni de vin ni de nos offrandes. Et quand Jésus dira à la Samaritaine : « Donne-moi à boire » (Jn 4, 7), c’est parce que lui-même voudra étancher sa soif (Jn 4, 10).
Nous n’avons pas de vin à offrir à Jésus, et cependant nous ne sommes pas condamnés à ne rien faire. L’Évangile nous donne des exemples. D’abord celui de Marie. Elle est *attentive*. Être attentif, c’est déjà beaucoup. Aujourd’hui ce sont peut-être surtout les couples en difficultés qui méritent notre attention. Toutefois, nous ne sommes pas obligés d’attendre les difficultés pour être attentif. C’est même mieux d’être attentif avant que les difficultés ne surgissent, et tout particulièrement vis-à-vis des jeunes couples qui ont davantage besoin de notre aide, comme le souligne le pape François dans son exhortation Amoris laetitia.

Marie n’a pas de vin non plus. Elle est pleine de grâce, mais elle n’est pas la source de la grâce. Première sauvée, elle ne peut sauver, à elle seule, ni la situation embarrassante à Cana, ni le monde. C’est pourquoi elle se tourne vers celui qui est Sauveur du monde. Elle présente la situation à Jésus. Voyez bien, frères et sœurs, la simplicité de sa prière. Marie n’ordonne pas à Jésus ce qu’il doit faire. De même, notre prière ne peut jamais être un « ordre » qu’on voudrait imposer à Dieu. C’est bien plutôt la confiante oblation d’une situation difficile. Saint Paul le dit : « En tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu » (Ph 4, 6).
Pourtant, Marie ordonne. Elle n’ordonne pas à Jésus, mais à des serviteurs. Ses paroles sont on ne peut plus exactes et justes : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Certes, cela s’applique à tout chrétien, mais plus particulièrement à ceux qui sont appelés à être servants de Jésus. Marie ordonne aux serviteurs de Jésus — à des papes, des évêques ou des prêtres. Nous avons bien besoin d’entendre la voix de Marie, frères et sœurs ! N’hésitez pas à répéter ses paroles. Marie n’impose pas une solution face à une situation difficile, mais elle rappelle avec force la présence de celui de qui cette solution doit venir.

Nous autres, ministres ordonnés, nous n’avons pas de vin non plus ! Ce que nous distribuons n’est pas notre œuvre, le fruit de nos efforts, mais un don du Seigneur. Et si c’est du grand cru, c’est parce que cela vient du Seigneur, non de nous. Il importe donc de suivre fidèlement l’ordre de Marie et d’obéir à Jésus. Faire ce qu’il nous dit, tout ce qu’il nous dit, rien que ce qu’il nous dit.
De fait, la tentation est grande pour les serviteurs de l’Église de s’ériger en maître du repas — celui qui est responsable du manque du vin, qui ignore tout et ne fait rien, et qui, quand tout se termine bien, tient encore de grands discours.
Cana n’est que le début. Sur cette terre, même la plus belle fête se termine inévitablement, même les dix-huit mesures de vin — soit quelques centaines de litres — finissent par être épuisées. Que pouvons-nous retenir ? Que certes le vin de Jésus, tant physique que spirituel, réjouit le cœur de l’homme (Ps 103/104, 15), mais tel n’est pas sa fin ultime. À Cana Jésus a fait bien plus que remédier à une situation embarrassante. Il a fait un signe. Le premier, mais pas le dernier : « Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre, dira l’évangéliste ; ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20, 30-31).

Si, au début, Dieu vient chez nous à un mariage terrestre, c’est pour que nous puissions venir vers lui, c’est pour nous inviter à un mariage céleste, à des noces éternelles : « Heureux les invités au festin de noce de l’Agneau » (Ap 19, 9).