Homélie du (4 octobre 2014)

La grâce de Dominique

par

fr. Jean-Michel Maldamé

«Tu m’as appris le chemin de vie.
_ Devant ta face je serai empli de joie.
_ En ta droite, délices éternels.
»
_ (Psaume 16,11)

Chers frères et sœurs,

Merveilleuse grâce de saint Dominique! Comme elle paraît souvent inaperçue au fil des jours, il est heureux de pouvoir la nommer aujourd’hui. Le passage du temps nous en donne l’occasion puisque nous sommes rassemblés autour du Frère Benoît Montagnes à qui je m’adresse avec grande émotion en ce jour anniversaire.

Cher frère,

Je laisserai à d’autres, historiens érudits comme vous, de retracer les étapes de votre vie, d’autant que je n’ai connu ni les années de Saint-Maximin, ni celles du Saulchoir d’Étiolles, ces lieux de formation qui marquent la mémoire dominicaine. Je ne relèverai qu’un point qui m’est apparu en écoutant les frères de la génération qui me précédait. Il y eut en France dans les années de la fin de la guerre, au moment où vous êtes entré dans l’Ordre de saint Dominique, une grande générosité la démographie en témoigne. Cette générosité habitait l’Église de France, son élan était missionnaire missions dans le renouveau des paroisses, mission ouvrière, renouveau biblique, catéchétique; elle était présente dans la théologie. Dans ce contexte, nombreux furent ceux qui comme vous ont été attirés par la personnalité de Dominique. Cet élan de générosité a porté du fruit le concile Vatican II mais il s’est heurté à la dure réalité. D’abord, la force des réseaux de l’incroyance en des temps où le communisme était dominant et où perçait la culture hédoniste corruptrice actuelle. Ensuite, ce qui est plus triste, il y eut l’abandon de tant et tant de nos compagnons de route. Il y eut aussi hélas l’opposition des conservateurs, alors au pouvoir dans l’Église. Des frères parmi les plus généreux furent suspectés, réduits au silence, écartés des responsabilités… Votre générosité ne s’est pas figée dans la peur et vous avez avancé dans votre travail de philosophe et de théologien, écrivant à Louvain la thèse devenue l’ouvrage de référence sur le langage de la théologie. Cette thèse courageuse et novatrice vous valut d’être éloigné de notre chère vieille Province dominicaine de Toulouse. La grâce de Dominique était pourtant là dans le sérieux de votre recherche et l’audace de rompre avec les propos paresseux.

J’ai dit «générosité». Le mot serait mal compris s’il n’était relié à sa source, celle que fit fructifier Dominique: renouer avec la vie des apôtres, en l’occurrence avec l’attitude de Paul à Athènes parmi les philosophes (Ac 17). Pour la décrire, saint Luc emploie un verbe que la traduction française se contente de transcrire: «dialoguer» – Dialoguer à l’exemple de saint Paul, et, selon la grâce de Dominique, le maître mot de votre apostolat. Un frère prêcheur pourrait-il annoncer l’Évangile s’il ne commençait pas par reconnaître la valeur de la quête de la vérité en tout lieu et en tout temps? Cette grâce de Dominique, vous l’avez explicitée dans vos études du Père Marie-Joseph Lagrange. Ce frère si admiré a su voir dans la quête moderne d’intelligence des textes de la Bible un chemin pour aller plus avant dans l’intelligence de la parole de Dieu. Les exigences de la méthode historique et de la critique comme des découvertes scientifiques modernes ne sont pas un obstacle à la foi. Bien au contraire, elles sont un chemin pour une intelligence plus profonde du message de Dieu qui conduit à mieux vivre la vie contemplative. Vos travaux sur le Père Lagrange ont été reconnus, loués en divers lieux de l’Académie française au Bulletin du Rosaire. Hélas, le processus de béatification du Père Lagrange est bloqué. Tristesse donc elle participe à la grâce de saint Dominique.

Dans la grâce de Dominique, un autre fruit paraît dans votre parcours de Frère Prêcheur. J’ose la nommer: la magnanimité. Oui, magnanimité;! C’est-à-dire noblesse intérieure, rigueur de la pensée et souci de la communication claire. C’est cette magnanimité qui vous a permis de commencer une nouvelle étape de votre vie. Vous avez repris le chemin de l’Université pour devenir historien, reconnu à la qualité de votre thèse. Vous avez mis cette compétence au service de l’Ordre, à Rome et ensuite à Toulouse et bien au-delà, au-dedans et au dehors, dans bien des sociétés savantes où vous dialoguez avec les meilleurs esprits. Sans relâche, parce que la grâce de Dominique est d’être toujours en mouvement.

Générosité et magnanimité n’auraient pas de sens si elles ne s’inscrivaient pas dans le dynamisme de la grâce de Dominique dont il me plait à dire qu’elle est une forme de vie contemplative. Ainsi votre vie s’inscrit dans le mouvement de la prière du psaume apprise au noviciat: « Notas mihi fecisti vias vitae. Adimplebis me laetitia cum vultu tuo».

Oui, frères et sœurs, la grâce de saint Dominique est dans le psaume souvent cité quand on parle de vocation que nous reprenons en ce jour: «Tu m’as appris le chemin de vie. Devant ta face je serai empli de joie. En ta droite,délices pour l’éternité.» (Ps 15).

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